13 juin 2013

Les Lofoten

Avec un jour d’avance sur nos prévisions, nous avons débarqué sur les Lofoten, noyées dans la brume.  Les dents de scie se laissent deviner parmi les écharpes de nuages qui en cachent le sommet.
Beaucoup de Bobils, s’échappent du grand ferry et viennent s’agglutiner à la horde déjà présente. Nous en faisons malheureusement partie et suivons docilement le troupeau jusqu’à la pointe sud de l’île, le petit village de Å. Il est au bout de l’île, une sorte de bout du monde, où les montagnes viennent se jeter dans la mer, juste un petit village de quelques dizaines de maisons rouges, niché dans un creux.
 Un grand, un très grand parking accueille les Bobils qui viennent sagement s’agglutiner, décidés coûte que coûte à s’endormir ensemble, côte à côte, après avoir communié dans une ferveur commune à la beauté du lieu. Les effluves des séchoirs à morue qui bordent le parking doivent aider à l’assoupissement général, voire à l’asphyxie collective. Secouant la torpeur qui nous gagne, nous décidons de faire bande à part et de chercher un coin plus conforme à notre exigence d’individualité. Nous le trouvons quelques kilomètres  plus loin, sous la forme d’un petit parking, quasi désert et face à la mer…
Dans le jour qui ne cesse plus, nous nous endormons pour la première nuit aux Lofoten.
 Lofoten, un nom à faire rêver, qui rappelle Loti, la vie rude des pêcheurs qui affrontaient la mer froide, les morutiers secoués par les flots en quête de la précieuse manne… La morue se fait rare, ce sont maintenant des bancs de touristes qui sont ramenés dans les chaluts, vont-ils aussi nous fumer? Nous faire sécher ? Un filet de touriste fumé, la technique est risquée, mais mettre un touriste à sec, je crois qu’ils s’y entendent déjà !

Et puis, le lendemain, on est conquis par les Lofoten, on quitte la grand route, l’épine dorsale de ce chapelet d’îles, pour explorer des chemins plus étroits, qui nous emmènent dans des paysages hors du commun.
 Des villages minuscules, quelques maisons, égarées au bout du monde, la mer qui joue avec la côte, une côte essaimée dans la mer, des montagnes, aux formes acérées, portant encore des traces de neige, qui viennent s’effondrer dans la mer, et, parfois, étrangement des petites plages de sable qui viennent déchirer le gris des roches d’un trait de blanc inattendu. Là, l’eau devient aussi verte que celle des lagons du Pacifique… 
  Bien sûr, ici, la température ambiante ne laisse pas le cocotier s’épanouir !  Il y a un point de la côte où l’horizon est libre et où l’on peut admirer le soleil de minuit frôler l’horizon avant de remonter.  Ce premier jour, il y a eu quelques rares éclaircies, mais le soir le ciel est gris, le soleil indigné qu’on l’observe ainsi, se drape dans un voile de nuages qui le cache aux yeux des curieux.  Le deuxième jour, aujourd’hui mardi, le miracle des paysages continue. On visite au passage LE musée viking de l’île : On en sait un peu plus sur la culture viking… Mais c’est un musée de plein air et la balade entre la maison reconstituée, le drakkar reconstitué et le petit musée qui présente les objets retrouvés dans des fouilles est vivifiante et permet de se dégourdir les jambes ! Il a fait beau, oui, beau, avec du soleil et du ciel bleu, la majeure partie de la journée, aussi on décide de se poster à un autre endroit de la côte pour voir le soleil de minuit. Là il est 23h 30, il baisse lentement dans le ciel encore dégagé…Attendons !
Hier a été décidé un petit changement de programme pour le voyage : Après le Cap Nord, au lieu d’aller à Kirkenes, à la frontière russe, on va descendre à travers le pays sami, en Norvège puis en Finlande. Histoire de faire connaissance avec la culture sami ! (sami pour anciennement lapons, comme on dit maintenant inuit, pour les anciens esquimaux, blacks pour les anciens noirs, et… je pourrais en trouver d’autres mais je risquerais de dépasser le politiquement correct donc je m’abstiendrai ! Cependant, si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi ces changements d’appellation, j’apprécierais !)
Demain, on sort des Lofoten par le nord, on sera à deux jours du Cap Nord. On va chercher un camping pour
-Prendre des douches
- Faire la lessive

- Et, surtout, publier sur le blog ! Les photos et les articles s’accumulent sans que je puisse jamais me connecter !

Bribes

CPA, pour Cercle Polaire Arctique, c’est un bel acronyme qui fait résonner des harmoniques étranges… Les terres deviennent plus sauvages, plus vierges, les eaux se chargent de gris, l’homme se raréfie, il y a comme une Cessation Progressive de son Activité (Compréhension Possible par les Actifs français !). Les forêts de résineux emplissent l’espace et toujours des eaux vivent qui dévalent de montagnes cachées dans les nuages. De lentes processions de Bobils  s’acheminent vers le Nord, inévitablement attirés, comme l’aiguille de la boussole, vers ce point mythique où la terre finit…
CPA, cercle symbolique,  cercle de glace et de vent, le dernier cercle… dont le centre s’inscrit à jamais dans les profondeurs insaisissables d’un océan gelé.

Comité de Publication Anonyme
Le Cercle Polaire Arctique - Monument

Il pleut sur les villes…



Il pleut sur les villes, Bergen, puis Alesund, 
 il pleut sur les villes de bois, pour ne pas qu’elles s’enflamment une nouvelle fois, qu’elles se figent pour l’éternité dans leur robe de gris.

 La dernière s’est faite belle il y a à peine plus d’un siècle, érigée sur les cendres de son incendie. Elle s’est parée des attributs de l’art naissant, celui que l’on disait Nouveau et ses maisons en portent fièrement les symboles les plus marquants. Bâtie et rebâtie, la ville aux sept îles, n’est pas aussi illustre que celle aux sept collines, elle s’est nourrie de la mer et du vent, de la rudesse du temps, de la rigueur des hommes.
Il pleut sur les villes et les bois,
Il pleut sur la terre, là où elle s’égrène dans la mer en une myriade d’îles, îlots, rochers caressés par les vagues. 
 La route s’insinue entre terre et mer, entre terre et brume, elle joue la virtuose pour passer d’une île à l’autre par des ponts excentriques, des ponts tordus, puis lasse de se contorsionner ainsi, elle finit par s’enfoncer dans la mer en un long tunnel blanc.

De Kristiansund à Trondheim la route flirte encore avec la mer, de tunnels en corniches, et puis après la grande ville elle s’enfonce aux creux des terres cultivées, champs de céréales aux belles promesses qui sitôt la neige fondue se teignent de vert, elle creuse son sillon dans les forêts, contourne encore quelques monts ceints de blanc et fonce vers le nord.

Nous sommes là, à quelques pas du cercle polaire, dardés nous aussi vers le nord, avec juste l’esquisse d’un crochet vers les Lofoten que nous espérons atteindre dans deux jours.


Il pleut, il pleut sur les bois et les hommes, mais parfois, comme échappé de l’infini, pointe un doigt de lumière qui illumine un coin de fjord, un pan de forêt, sous un lambeau de ciel bleu.
 

12 juin 2013

Bribes...

Pensées.
Nous sommes loin, loin dans le nord, mais néanmoins proches par la pensée… et le cœur. Alors petites pensées, un peu en vrac.
D’abord à nos proches, nos enfants, à qui nous avons bien involontairement transmis un fardeau à gérer pendant notre absence, merci pour leur courage…
Ensuite une pensée pour nos amis de l’Autre Atelier. Nous avons bien pensé à vous pendant votre concert on a su qu’il s’était bien passé. Bravo ! Et bonnes vacances, à la rentrée !

Une petite pensée particulière pour Martine de la chorale, qui nous a prêté un chouette bouquin sur les Samis, « Le dernier lapon ».  Ce livre nous a rendus curieux  de voir cette culture d’un peu plus près et nous a incités à modifier un peu notre voyage.

06 juin 2013

Geirangerfjord

Un fjord de plus ? Oui, mais… Pour y arriver nous avons quitté Sogndal, la région du Sognefjord par une très belle route de montagne, encore une qui nous a fait longer des glaciers,

des torrents bouillonnants, aux eaux neigeuses avant de plonger sur le Nordfjord, un petit fjord moins connu et néanmoins magnifique auprès duquel nous avons passé la nuit.
 Ensuite on a attaqué l’étape mythique, les deux routes touristiques peut-être les plus célèbres du pays. La route des Aigles d’abord qui part de Geiranger, s’élève, s’élève… On atteint les nuages, le vent souffle, glacial, autour de nous de la neige, épaisse, de la glace.

 On dépasse à peine les 1000 mètres et pourtant, on se croirait à plus de 3000 dans les Alpes.
 Enfin, une descente en lacets sur le fjord que l’on traverse une fois de plus en ferry, pour attaquer LA plus connue des routes, la fameuse route des Trolls.
 A vrai dire, on appréhendait un peu cette route, réputée difficile, étroite, encombrée…et que l’on faisait dans le sens inverse de celui préconisé. Là encore une magnifique route de montagne qui monte jusqu’à un plateau élevé. Sur le rebord de ce plateau, l’état a installé des belvédères,  pour admirer la plongée de la route en lacets serrés jusque dans la vallée d’Andalsnes. Vu de là, la route est vertigineuse !

Finalement la descente se passe très bien, très facilement. La route n’a qu’une voie, c’est vrai, mais vient d’être refaite et présente de nombreux renfoncements pour croiser. Pas trop de monde en face non plus, je craignais un afflux de bus, mais non… Surtout des Bobils (Cette fois je l’écris ainsi, car  « Beau Bill » est unique, il est notre maison ambulante, notre cocon le soir, il est lieu de vie, centre de loisirs, maison de la culture, restaurant, tripot parfois…), surtout des bobils, quelques voitures et un énorme camion transportant une non moins énorme pelleteuse. Qu’allait-il faire la haut ? Pelleter glaces, brumes et nuages, les repousser et dans un ultime rugissement de moteur faire le ciel tout bleu ? Je ne sais, en tout cas, on l’a croisé, Beau Bill sagement rangé dans un renfoncement pour ne pas que le monstre l’écorche au passage, et, vous ne me croirez pas, mais un peu plus tard, le ciel s’est dégagé, est devenu tout bleu, plein de lumière et de soleil. On a vite quitté les doudounes, remis les T-shirts. Si cela continue ainsi, au Cap Nord on va s’acheter des tongs et des débardeurs !
On a atteint Alesund, une petite ville côtière, on s’est logé royalement dans un camping,
 pour se laver, enfin, je veux dire se laver mieux, se doucher quoi, faire un peu de lessive et surtout se connecter pour que vous puissiez enfin vous délecter à la lecture de ce blog, qu’il ne faut pas hésiter à recommander ! En effet, et ça c’est une surprise, il y a peu d’endroits où l’on puisse se connecter, même  en cherchant. Ici, le camping est connecté à internet, mais n’a pas de wifi. Il faut aller dans une salle, à côté du bureau, se brancher avec un câble et pffuuuit ! Les messages courent, lettre par lettre, mot par mot le long des câbles, ils se mettent en ordre, s’alignent, forment des phrases sans fin et finalement ce blog. Pour les images, je ne sais pas, peut-être qu’elles s’enroulent serrées, serrées pour passer dans le tuyau ?
Alesund, on la visite demain et lorsque vous lirez ce blog, on aura commencé la montée vers les Lofoten. A quand la prochaine connexion ?

05 juin 2013

Sognefjord

On a quitté Bergen sous la pluie, par de grandes routes, les liaisons rapides d’ici, pour rallier la région du Sognefjord. C’est le plus grand et le plus profond des fjords, l’un des plus beaux aussi, les guides le louent, les prospectus aussi, alors on y va ! La route qui y mène est magnifique, une route de montagne où, de tous côtés dévalent des cascades impressionnantes,

en haut, les lacs  commencent à peine leur dégel et laissent entrevoir, sous les rayons du soleil revenu, une eau bleue opalescente.




Au passage, à Vik, on découvre notre première église en bois debout. 
Elle sera suivie de deux autres dans la même région. Ce sont des constructions étranges, très typiques de la Norvège. Et puis, la descente sur le Sognefjord : Magnifique !
On avait prévu de s’offrir une excursion sur un fjord. Mardi matin, par grand beau temps, on embarque avec Beau Bill qui nous accompagne, sur le petit ferry qui va nous emmener au bout du bout du Sognefjord, dans un de ses plus étroits tentacules, jusqu’à Gudvangen. C’est, évidemment, beau, très beau, surtout la fin, quand les parois du fjord se resserrent un peu et que l’on voit apparaître, après un dernier méandre le petit port de Gudvangen.
Des bus attendent les nombreux asiatiques qui ont embarqué avec nous et qui n’ont dû voir la balade qu’à travers écrans et objectifs interposés. A leur décharge nous aussi avons pris pas mal de photos, qui finalement se ressemblent toutes plus ou moins !  L’après-midi, histoire de se dérouiller les jambes, on est allé voir de près de belles cascades, puis une autre église de bois debout, très belle. Jo a appris, à ses dépens qu’elle venait d’être regoudronnée de frais !
Et puis, et puis, d’autres doigts du fjord qui enserrent les montagnes, d’autres églises blotties au milieu de leur petit cimetière si paisible, d’autres aperçus fantastiques sur des eaux bleues, vertes, et des tunnels, énormément de tunnels…

Il semble, que l’on ait choisi le bon moment pour effectuer ce voyage : A part l’épisode pluvieux de Bergen, le ciel bleu nous accompagne, il fait assez  chaud pour rester en T-shirt une partie de la journée. Bien sûr le temps change vite, parfois un petit coup de vent ramène des nuages, de la fraîcheur et une possibilité d’ondée n’est jamais à exclure ! Les vêtements de pluie sont toujours prêts ! Mais dans l’ensemble c’est mieux, beaucoup mieux que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et puis, il n’y a pas trop de monde, pas de queue aux ferries, des routes tranquilles, pas de difficulté pour trouver des coins pour passer la nuit… C’est chouette !

Bribes: Les sous

Le coût des choses est une notion relative… Ici, on respecte les gens, le coût du travail y est élevé, et par conséquent, tout ce qui est issu d’un travail à un prix élevé. Pour les norvégiens, qui sont bien rémunérés pour ce qu’ils font, le coût de la vie en Norvège est normal, et leur pays offre tant d’avantages… Pour nous c’est différent, évidemment ! On trouve tout cher, non, pas cher, hors de prix ! Alors c’est dit, on n’y reviendra pas,  ici, la ruine nous guette. Les ferries sont très chers et inévitables, le carburant aussi, il y a plein de péages, pour entrer dans les villes, pour prendre certaines routes, certains tunnels, la nourriture, même le saumon, coûte beaucoup plus cher qu’en France, (mais il est meilleur !). On le savait, on le vérifie.

Ce constat lui-même me coûte beaucoup, alors je n’y ferai plus allusion !

Bribes: Les tunnels

La Norvège, c’est le pays des fjords aux eaux pures, des glaciers qui viennent s’y baigner, c’est le pays des trolls et du pétrole, c’est aussi celui des tunnels. Pour les fans de tunnel, les agoraphobes, mais pas clostro du tout, des tunnels, il y en a, encore et encore, pour tous les goûts.  Des longs et des courts, de larges tunnels tout droit, d’autres qui montent, (ou descendent, c’est selon), d’autres qui montent et qui descendent, en général avec un radar en bas de la descente, d’autres qui tournent et même qui font des intersections, il y en a d’anciens  à la voute de roc  mal façonnée,  sombres et humides, d’autres tout récents en béton lisse à la signalétique flambant neuve, certains sont gratuits, d’autres payant. On en a même vu un, en rampe hélicoïdale, à une seule voie mais long de 4 km, qui desservait une ferme perdue en haut d’un fjord, habitée depuis 40 ans par une dame. (Elle était jeune il y a 40 ans, mais plus maintenant !) Un si long tunnel pour une vieille dame, cela nous a quand même interloqués ! On savait l’état norvégien pointilleux sur l’égalité des droits de ses citoyens (d’autres feraient bien d’en prendre de la graine !), mais de là à engager des travaux colossaux pour permettre à une seule personne d’aller chercher son pain au village, il y a une marge que nous n’avons pas franchie. Renseignements pris, c’est une compagnie électrique qui a construit le tunnel pour  desservir certaines de ses installations et la ferme en a profité, ainsi que les touristes qui montent et qui descendent  à horaires précis pour ne pas se rencontrer !
Plein de tunnels, vous dis-je ! Au point que sur certaines portions de route les vues sur les fjords ou sur la montagne sont presque subliminales, un flash entre deux tunnels, un éclair de liberté, un court espace de lumière et l’on replonge dans le tube, restrictif, coercitif. On se réjouit les yeux et le cœur et l’instant d’après l’obscurité est là. On attend la sortie, pour reprendre la contemplation éperdue de ces paysages magnifiques, on guette sa lueur, on s’y prépare, on regarde à gauche parce que le fjord était à gauche à l’entrée, mais maintenant, raté, c’était à droite qu’il fallait regarder ! On tourne la tête, trop tard, le tunnel suivant nous a déjà engloutis. (Je sens le sarcasme poindre chez certains qui pensent que les têtes sont bien lentes à se tourner, c’est un peu vrai, mais même une tête arthritique ne met pas si longtemps que ça à faire un 180° en craquant, les tunnels se succèdent vraiment !) Sur la E16, que nous avons empruntée un court moment on a compté 40km de tunnels pour environ 60 effectués ! C’est un record, il y a même le plus long tunnel du monde, 24km, c’est long et monotone.

Alors parfois, pour éviter un trop long tunnel, on prend la petite route, celle d’avant, avant les foreuses géantes, les vers de montagne,  et on se balade, lentement, suspendus au dessus des eaux par un fin ruban d’asphalte usé….

02 juin 2013

Bergen

Bergen,  on y est ! Ou plutôt on se trouve à une quinzaine de km de Bergen, dans un petit camping, à Bratland !  Je vous raconte…
Vendredi on quitte notre aire personnelle au bord du fjord.  Le temps a changé, le soleil nous a quittés,
 ( peut-être vous a-t-il rejoints, vous en France  qui en manquez ?) et on prend la route sous la pluie. Comme on manquait quand même d’eau on s’est arrêté pour aller voir une grande, une puissante cascade derrière laquelle passe un petit chemin.
 Equipés, façon pêcheur de gros en mer du nord, nous avons  gaillardement franchi les quelques dizaines de mètres qui nous ont permis d’atteindre le fameux rideau d’eau…
 (Ridodo, c’est rigolo, non ?)
 La pluie avait presque cessé, la cascade ne nous a même pas mouillés ! Le chemin est suffisamment  large derrière ridodo pour que des cars entiers de touristes débarquent et y prennent place ! D’ailleurs une horde montante chassée de leurs trois bus par l’attrait d’une douche éventuelle, nous a fait prendre promptement le chemin de la descente.  En route, vite ! Bergen nous attend ! La deuxième ville de Norvège, la plus belle paraît-il…
On cherche, sur les indications de nos guides, un parking équipé, avec douches et wifi, pour les bobils. Notre GPS, dûment programmé, nous entraîne au bord des quais, dans un quartier en complète reconstruction, alternant des sites industriels désaffectés en démolition, des chantiers de construction de bâtiments, de restructuration de la chaussée, jusqu’à une improbable friche urbaine, qui fut, sans doute, ce campement espéré. Il est jonché de  carcasses de voitures calcinées parmi lesquelles errent quelques junkies. Des planches pourries délimitent on ne sait quelle zone protégée et un baraquement délabré et définitivement fermé ressemble à ce qui a dû être un bureau, des sanitaires… Au-dessus, un double pont courbe déroule ses quatre voies saturées d’automobiles qui filent indifférentes vers un ailleurs meilleur.
Cet univers post-apocalyptique ne nous semblant pas convenir à nos desseins touristiques paisibles, nous mettons rapidement le cap vers le petit camping de Bratland qui nous accueille depuis hier. Là, tout est vert, propre, la douche est chaude (Heureusement car à un prix exorbitant !) et la wifi présente mais d’une lenteur qui m’a rappelé une époque révolue. (Heureusement elle est gratuite, la responsable nous l’a bien fait remarquer !)
Depuis cette base reculée, nous avons visité Bergen aujourd’hui.
 Bus, tramway nous ont amené à pied d’œuvre. Il tombait une petite bruine glaciale poussée par un vent frais, qui ne nous laissait, n’étant pas bretons,  qu’une envie : Faire comme l’escargot, se recroqueviller dans sa coquille ! C’est ce que nous avons fait dans nos cirés… (Que nos amis bretons nous pardonnent cette comparaison. Mais si en Bretagne la pluie ne tombe que sur les cons, il parait qu’à Bergen il ne pleut pas, il n’y a  que des vêtements mal adaptés !)

Bergen est belle, même sous la pluie, son cœur, le vieux quartier, est un cœur de bois, un  cœur poli par les ans, par l’histoire, un cœur qui bat, qui a battu, au rythme du port, des pêches, du commerce du poisson depuis le moyen-âge.
 Une belle ville où l’on aurait pu prendre plaisir à musarder davantage, mais le temps nous a découragés, après avoir visité le cœur de bois,
 s’être réchauffés dans le musée de la ligue Hanséatique, après un petit tour dans la ville plus moderne, nous avons fait nos emplettes au marché au poisson et sommes revenus au camping nous mettre à l’abri. Demain nous partons un peu plus au Nord visiter le Sognefjord, pendant deux ou trois jours.

01 juin 2013

Hardanger 2

Nous nous dirigeons lentement vers Bergen, au gré des sinuosités du Hardangerfjord. Nous nous arrêtons pour nous balader dans des petits villages aux vergers en fleurs, avec parfois de vieilles églises minuscules  entourée de paisibles cimetières qui dominent les eaux du fjord. Elles sont malheureusement toutes fermées. On évite un trop long tunnel en prenant une superbe petite route qui nous éloigne un moment du fjord, mais bien sûr il n’est jamais très loin et on le rejoint bien vite.

On pose Beau Bill sur un parking et on lui fait notre première infidélité : On prend un ferry sans lui ! C’est juste un petit aller-retour pour Utne, un petit village posé sur l’autre rive. Là-bas, il y a un musée  des  arts populaires que l’on a décidé de visiter…  On a remercié les guides qui nous avaient invités à cette découverte !  Une superbe expo temporaire nous a fait découvrir les œuvres de Britt Boutros Ghali, une peintre égypto-norvégienne (Ou peut-être norvégo-égyptienne, on ne sait pas trop !) En tout cas ce qu’elle fait est très chouette et mérite d’être connu !
Le musée par lui-même nous a présenté des costumes traditionnels, des instruments de musique (Le fameux violon à huit ou neuf cordes norvégien) et surtout une partie en plein air avec différents types d’habitats. L’enthousiasme d’une jeune employée du musée pour nous commenter les différents costumes,  les traditions,  nous a beaucoup aidé à apprécier cet étrange petit musée, planté au milieu de nulle part, dans son beau bâtiment tout neuf !
On retrouve Beau Bill fièrement campé dans le parking vide du ferry qui va nous emmener passer une nuit tranquille toujours au bord du fjord.


Demain, on part pour Bergen, on pourra enfin poster nos messages et prendre une vraie douche. Enfin j’espère ! (La «salle » de bain de Beau Bill est d’une telle exiguïté qu’on ne peut se laver qu’un côté à la fois, il faut en sortir pour faire demi-tour ! Et la réserve d’eau ne nous offre pas une grande autonomie. J’exagère un peu, bien sûr, mais c’est vrai que l’on y pratique plus une toilette de chat que la grande ablution printanière !)






Le Hardangerfjord

Je vous l'avais dit! La Norvège n'est pas, loin de là, le pays où la connexion est la plus facile! Il nous a fallu arriver à Bergen, la grande ville que nous visiterons demain pour pouvoir poster tous les messages déjà écrits. Vous aurez de la lecture pour le week-end!

Donc, le Hardangerfjord première partie...



C’est notre premier grand fjord, le Hardanger, le verger de la Norvège. Sur les coteaux de ses rives sinueuses depuis des siècles fleurissent des pommiers, des cerisiers et poussent fraises et myrtilles. La route qui nous fait découvrir le fjord est magnifique. Elle longe des lacs, des forêts, escalade de ses lacets un flanc de montagne et nous amène assez haut pour que l’eau gèle, avant de replonger sur un autre bras du fjord, de longer un moment sa rive et de nous offrir une éblouissante succession de vues toutes plus magnifiques les unes que les autres.
Il ne faudrait pas que j’use tous mes superlatifs trop vite. J’en ai certes amené une bonne provision mais nous sommes loin d’être au bout de nos émerveillements ! Alors je vais faire preuve de plus de retenue : Les paysages sont très, très beaux !
La route 13 que l’on suit est lente, on n’avance guère, elle est étroite, très étroite par endroit.
A la sortie d’Odda, un bourg d’au moins, allez, mille habitants, la route se rétrécit une fois de plus. Jacky sert à droite pour laisser passer le camion qui vient en face, il sert un peu trop. Un choc, un crissement sinistre, Beau Bill est blessé ! On s’arrête un peu plus loin pour évaluer les dégâts… Étrange, rien d’apparent, pourtant on n’a pas rêvé, malheureusement ! En y regardant de plus près c’est le coffre de la tendue, tout en haut du côté droit qui a frotté contre le mur de roches saillantes. Cabossé, déchiré sur une bonne longueur, nous n’ouvrirons pas la tendue… On n’en aurait guère eu l’occasion de toute façon. On repart soulagés en essayant de ne pas penser à la caution !

Ce soir là, on se pose tout au bord du fjord, la nuit est claire et douce…Beau Bill panse ses plaies au clair de lune et se repose à peine caressé par une brise du large. Il y a encore une longue route devant nous !

Bribes: Les ferries...

On le savait : Voyager en Norvège implique de prendre des ferries. On le savait, mais difficile d’évaluer combien, sur des trajets prévisionnels. Les cartes achetées en France sont trop peu précises. L’atlas routier acheté en Norvège donne déjà beaucoup plus de précisions sur leur nombre. Quant à leur coût sur un voyage…
Alors voilà ! Des ferries il y en a partout, des ferries en veux- tu en voilà. Les innombrables fjords, bras de fjords, fjordinets et fjordinettes,  qu’il faut bien franchir pour aller de l’avant, donnent lieu au rituel du ferry. Un rituel rapide, d’une efficacité remarquable : On arrive avec Beau Bill, on se range sur une file plus ou moins longue avec d’autres véhicules volontaires pour la même opération. Le monstre arrive, ouvre haut sa gueule de requin, dégurgite ses proies précédentes et avale autos, camions, motos et Beau Bill à une vitesse prodigieuse. Pour pouvoir être dégurgité de l’autre côté de l’eau, il faut payer son écot, sa dîme, sa rançon. Les cartes bleues se lamentent, évoquent une surchauffe douloureuse, les porte-monnaie se ferment, se fripent d’effroi mais il faut en passer par là !
Alors on quitte Beau Bill un instant et on monte, on monte tout en haut sur les ponts pour oublier ces viles contingences. Le spectacle est magique, les eaux profondes des fjords serpentent entre les montagnes, certaines encore blanches, d’autres toujours vertes, des vallons couverts de vergers en fleurs, des cascades qui coulent de partout, des torrents aux eaux impétueuses, pressés de rejoindre l’eau salée pour s’y perdre corps et biens…

Et puis, vite la gueule va s’ouvrir, on regagne Beau Bill qui patientait au fond du ferry et dans un fracas de tôles on émerge pour découvrir un petit port dans un minuscule village aux maisons rouges et blanches tout pareil à celui que l’on venait de quitter.

Preikestolen...




Pour le norvégien moyen, c’est une petite balade en famille, une mise en forme que de monter sur cette plate-forme vertigineuse qui domine le Lysefjord.


 Le Beau Bill dûment garé sur le parking adéquat, nous nous sommes lancés d’un pas gaillard, sur le coup des 11 heures dans cette petite aventure. Les premiers panneaux signalétiques, très explicites, nous montraient longueur du parcours, dénivelés et courbes de pente, tout cela, bien qu’en norvégien, nous a paru aussi accessible que le montage d’un meuble Ikéa, armé de la notice hieroglyphique qui l’accompagne.  Une première côte, raide, fièrement avalée, on continue bravement, sur un chemin de gros cailloux casse-chevilles, qui s’arrangent parfois en escalier pour trolls.  On passe des landes humides, le sentier sinue à flanc de montagne offrant une vue magnifique sur le sud de Stavanger, l’escalier devient celui de géant, le sentier se fait parfois escalade, on atteint un nouveau replat. Des petits lacs se nichent  dans chaque creux. Jo est perdue de vue, on hésite sur le chemin à prendre, on se décide. Le fameux rocher semble approcher, on le pressent au relief qui change, on le devine au fjord qui se dessine devant nous.
Le temps change, le vent se lève, les nuages arrivent. On ressort les polaires.  Bientôt le tracé suit la falaise et domine le fjord : c’est magnifique ! Encore un effort et voilà le fameux rocher… Pas trop de monde, on se précipite précautionneusement pour faire les photos habituelles. C’est vraiment vertigineux !

 Six cent mètres à pic au dessus des eaux bleues du fjord !  On a mis un peu plus de deux heures pour monter et la distance indiquée par les instruments high- tech de la panoplie de Jack ne correspondent pas plus aux indications de départ, que le résultat final à celui de la notice Ikéa ! Jo arrive, par une autre voie, un peu pantelante, fatiguée… Quelques gouttes tombent, on sort les cirés. Descente précautionneuse sur les roches glissantes. Les pantalons de marche conserveront quelques traces postérieures de la terre du Preikestolen !
Le fameux rocher du Preikestolen