Boukhara, un nom qui fait rêver, le cœur battant de la
route de la soie, capitale immémoriale de royaumes et de khannat oubliés,
rasée, pillée, reconstruite… Boukhara, grande cité marchande, avec ses magnifiques mosquées aux dômes bleus, ses
medersas, son grand minaret phare, ses innombrables caravansérails, qui
accueillaient des caravanes venues de tout le monde connu, un centre
d’échanges, de commerce, de troc…
Hé bien, Boukhara n’a pas changé ! C’est un magnifique
centre commercial, rénové, qui propose aux nouveaux nomades, les touristes,
d’échanger leur argent contre des produits artisanaux de toute beauté, et
fabriqués en majorité sur place !
Je plaisante… Bien sûr l’exploitation commerciale de la
plupart des medersas gêne un peu, mais il faut se dire qu’ici, c’est une
continuation de l’histoire. La ville, la partie ancienne est magnifique. Ses
nombreux monuments se regroupent en un grand quartier piéton, avec des parcs
qui procurent un peu d’ombre et des bassins un zeste de fraicheur. Nous y
sommes à la bonne saison, la chaleur agréable y est supportable. Nous y avons
passé une journée accompagnés d’un guide francophone qui nous a conté l’histoire
de cette ville au passé glorieux, l’histoire de ses principaux monuments
souvent classés à l’Unesco et même de certains de ses personnages historiques
comme Nasruddin Khodja, un mollah grand auteur de sentences humoristiques. Ses
contes et histoires ont traversé les siècles et il reste un personnage connu et
respecté, un peu comme notre La Fontaine et ses fables ! Il y a une très
belle statue de lui dans le parc Liab-I-Khaouz.
De la citadelle presque rasée en 1920, il ne reste pas
grand-chose, si ce n’est un joli panorama sur la ville. Le dernier émir a
refusé de se soumettre à la jeune Russie soviétique qui a bombardé sa résidence
et un peu autour, les bombes n’étaient pas aussi précises à cette époque que
maintenant… Ils se sont un peu rattrapés plus tard en rénovant à peu près correctement
la plupart des monuments de la ville !
Nous avons eu une journée complète pour flâner à notre
guise dans la ville. Si nous avons retrouvé nos traces de la veille et revu les
principaux sites nous en avons profité aussi pour nous écarter un peu des
circuits trop bien balisés : Hé bien, il n’y a RIEN à voir ! En
dehors du quartier bien léché aux beaux monuments, les rues deviennent d’une
banalité affligeante, sans aucune vie… Il faudrait aller plus loin, dans la
ville moderne, suivre les grandes avenues…Mais à notre portée, rien !
Alors nous avons consacré une bonne partie de la journée à faire du
lèche-étalage, du shopping. Il faut dire que ce pays présente un artisanat de
très haut niveau, très beau, relativement accessible pour la qualité, fait main
devant nos yeux. Des miniaturistes au trait de pinceau d’une finesse
inégalable, des brodeuses, des ciseleurs sur métal et sur bois, des tapis
tissés ou noués… Il y a de quoi s’émerveiller de tant d’habileté et c’est vrai
que l’on a envie d’acheter … Bon, au bout de quelques heures à contempler
encore une fois les mêmes motifs brodés, les mêmes couteaux spéciaux
« Boukhara », les gilets, pantalons, et blouses diverses, on finit
par se lasser… Alors on va siroter une bière ou un jus d’orange au bord du
grand bassin, dans un cadre à faire rêver…
Malgré son caractère outrageusement commercial, nous avons beaucoup aimé Boukhara, pour la richesse et la beauté de ses monuments et aussi, finalement, pour l’attrait des marchandises proposées.
Ensuite, il y a eu la longue route pour Khiva…
Si longue et
si droite, si soporifique que la police oblige les conducteurs à faire une
pause tous les cinquante kilomètres ! Un long crochet pour aller voir
quelques citadelles du désert de Khorezm. Elles sont anciennes, un peu avant
notre ère, faites de briques de terre crue et s’effritent lentement. Je les
pensais, un peu comme les ksars d’Algérie, en train de s’engloutir lentement
dans le désert, de s’y dissoudre… Erreur ! Pour les trois premières
d’entre elle, le désert s’est fait verdoyant, s’est empli de baraques, de
maisons disgracieuses, bref, il n’est pas désert mais carrés irrigués déjà
avant J.C .! Les ruines sont dans leur contexte et gardent leur charme et
leur authenticité. La quatrième, la plus grande, était plantée dans le cadre
que l’on avait imaginé c’est-à-dire le désert., ouf !
La visite terminée, il reste encore deux bonnes heures de
route pour atteindre Khiva, notre dernière ville sur la route de la soie. La
dernière aussi de notre périple !
On en profite pour inaugurer la première autoroute payante du pays,
toute neuve, elle est ouverte depuis quinze jours ! Elle permet d’éviter
deux heures de bouchons dans Ourgentch ! Adopté !
Khiva, une petite perle, nous a réservé un de ses rares jours de pluie de l’année ! Dommage, car on a passé du temps dans les rues à éviter les profondes flaques d’eau plutôt qu’à vaquer le nez en l’air pour admirer les dômes, les faïences bleues et l’harmonieux ensemble de bâtiments.
Les intérieurs ressemblent beaucoup à ce que l’on a déjà vu, les musées et
leurs héros nationaux en costume et quelques pièces ou photos sont assez
pauvres et ne peuvent intéresser que les passionnés ou la première fois. De façon
totalement inespérée, Françoise a quand même déniché ce qu’elle cherchait
depuis quelques jours : Une cuillère en bois avec bec verseur
perpendiculaire au manche ! Elle avait vu cet objet tant convoité dans un
petit musée à G’elon et depuis, en rêvait…A chacun son rêve, n’est-ce
pas ? Elle a eu la chance de l’exaucer ! Donc, de Khiva qui a
enchanté plus d’un visiteur, nous ne ramènerons que des souvenirs mouillés, de
bons rhumes pour les dames et des cuillères parfaites pour verser le
potage !
Demain, on quitte l’Ouzbekistan tôt le matin pour un retour en France après un voyage plein de contrastes et de découvertes. Je vous ferai bien un petit blog de retour, mais oui, pour mes fidèles lecteurs.














