11 février 2018

de Hué à Hoïan


Le col des nuages passage de Hué à Hoïan


Notre circuit Vietnam touche à sa fin, déjà ! Nous avons beaucoup aimé ce pays, surtout la partie nord, il faut bien le dire, malgré le froid qui nous a un peu surpris. Depuis cinq ou six jours nous sommes dans le centre et avons retrouvé un peu de chaleur et même du ciel bleu ce qui nous a fait beaucoup plaisir ! Voyage en train de nuit depuis Ninh Binh jusqu’à la gare de Dong Hoi où une nouvelle équipe, chauffeur et guide, nous réceptionne à cinq heures du matin pour partir visiter des grottes. Nous n’étions ni très frais, ni très chauds, mais j’avais entériné, signé le programme, alors pas question d’improviser et de faire des courts-circuits ! Si Françoise avait réussi à dormir dans la cabine quatre couchettes du train, j’en avais été bien incapable ! Trop de bruit : D’abord des américains qui discutent dans le couloir, à leur habitude c'est-à-dire sans se soucier le moins du monde des autres, puis les contrôleurs du train, pourtant vietnamiens eux, qui avaient une longue  discussion animée devant les lavabos rendus inaccessibles, puis enfin, quand tout le monde s’est tu, le train lui-même s’est mis à donner de la voix !  Les gens du pays l’appellent le TGV, train à grandes Vibrations… Malgré sa vitesse réduite, il ne dépasse pas le 80 km/h dans ses plus grands excès, Il souffle, ahane, peine dans les montées, gémit, grince, vibre. Il faut dire qu’il est un des derniers vestiges du colonialisme, car ce sont les français qui l’ont construit, alors il date un peu !


Finalement la grotte était bien digne d’être visitée ! Nichée dans les montagnes à la frontière du Laos c’est une grande et belle grotte aux magnifiques stalag (mites et tites). Elle n’a été découverte qu’en 2005 et ouverte au public dès 2010 ! Quelle hâte ! Mais elle est bien aménagée, les parkings sont loin de l’entrée, des petites navettes électriques peuvent approcher les flemmards, il ne leur reste plus que l’escalier à avaler qui grimpe dans l’épaisse végétation.


Ensuite Hué, une grande ville où nous arrivons en fin d’après midi. Le plan prévoit deux jours pleins à Hué, c’est un peu trop, car la ville ne présente en elle-même que peu d’intérêt. Son attrait en tant qu’ancienne capitale, c’est la cité impériale  et les tombeaux royaux. Ces tombeaux étaient construits du vivant des rois qui y séjournaient parfois. Leur site était choisi avec soin et ils devaient refléter la grandeur du roi. Le premier visité date du 17ème siècle et est placé dans un endroit magnifique.

C’est vraiment un lieu de repos, qui peut s’éterniser… Le deuxième,  beaucoup plus récent,  date du début du XXème. Moins harmonieux, il marque par ses choix architecturaux et surtout décoratifs, car il est couvert de céramique en relief.







Quant à la cité impériale, immense, avec ses trois enceintes et ses innombrables bâtiments elle se visite finalement assez vite et sans beaucoup d’intérêt car elle a été en grande partie détruite par les bombardements américains de 1968. Le lendemain fut un peu vide, une balade en bateau « dragon » sur la rivière des parfums, puis visite d’un petit village et balade en vélo…

Le bateau « dragon » est un vulgaire sampan affublé d’une décoration  tête de dragon en fer blanc, et la rivière des parfums ne se contente plus que d’un seul, celui, ineffable  et subtil, des vapeurs d’essence…


Le pont japonais à Hoïan qui relie le quartier chinois au quartier japonais


Déçu par Hué, j’attendais davantage de Hoïan.


Encore une ville classée au Patrimoine de l’Humanité ! Et bien Hoïan, bien plus petite est bien plus jolie ! Son centre possède de belles maisons de bois et un magnifique pont japonais. Par contre elle n’est plus du tout authentique car les touristes l’ont investie. Ils sont devenus la seule ressource locale, et de grands consommateurs des artisanats.

Nous avons d’ailleurs cédé aux sollicitations en nous faisant faire des vêtements sur mesure à des prix et à une rapidité défiant toute concurrence !

Nos sacs se remplissent un peu vite, la place vide pour d’éventuels achats au Laos se restreint de jour en jour !
En quittant Hoïan, pour retourner à Hué, on fait un gros crochet pour visiter un site archéologique, My Son.  Ce sont des temples, vestiges de l’empire Cham. On avait visité le musée cham à Da Nang et cette culture d’inspiration indienne  nous avait plu par ses grandes sculptures variées, ses représentations des divinités indoues. 

au musée Cham à Danang


Le site lui-même est encore une fois magnifique, au cœur des forêts, au pied des montagnes et les monuments, malgré les ravages des bombes américaines laissent présumer de leur grandeur passée. Les temples de briques, mais non de broc, ouvragés, ornés, s’élèvent dans la forêt. Ils rappellent un peu certains ouvrages mayas, en moins grandiose cependant. A la sortie du site, dans une salle de spectacle un court spectacle est offert aux nombreux touristes.



D’habitude on fuit généralement ce genre de chose, mais là programme oblige on est resté. Et bien nous en a pris, car c’était très beau, danses et chants cham parfaitement interprétés, exécutés, en particulier la dernière danse, en l’honneur d’une déesse indoue dont je n’ai pas retenu le nom exact… Rapsala ?? ( J’offre un tour de lecture gratuit ainsi que toute mon estime au lecteur avisé qui saura trouver le nom exact de cette déesse méconnue !)





Retour à Hué, à l’hôtel Rosaleen que l’on a quitté il y a deux jours, pour une ultime nuit au Vietnam, puis demain, lundi, tôt le matin, on prend le bus pour Savannakhet…




Ce  circuit nous a permis de découvrir un nouveau pays et même un nouveau continent, car c’est la première fois que nous nous frottons à l’Asie. C’est un peu pour cela que nous avions choisi aussi ce nouveau mode de voyage, en faisant appel à une agence et en organisant un circuit qui nous convienne. Bien plus coûteux  que notre façon habituelle de voyager, ce type de voyage est aussi bien plus confortable, facile et nous a permis, en plus de connaitre des hôtels d’une catégorie jusqu’alors inconnue, d’accéder à des sites peu connus, de visiter des villages  perdus et de loger « chez l’habitant », ce qui nous aurait été très difficile par nous-mêmes. Le voyage est plus dense et plus riche, par contre il est aussi plus contraignant et on y perd en liberté. Au Laos, on va retrouver nos vieilles habitudes, les petits hôtels et les gargotes,  les galères des bus et des gares routières, les explications impossibles en sabir anglo-gestuel et le plaisir enivrant d’être libres et autonomes. On vous racontera… Promis ! A condition que  les connexions soient aussi  bonnes qu’au Vietnam, ce que nous ne savons pas du tout… A vérifier !

09 février 2018

Bribes...


Le Tet...
Le Vietnam est en effervescence, en ébullition. Tout le monde s’agite, cogite, tout le monde court et s’affaire. Mais qu’arrive-t-il donc ? Non, ce n’est pas la finale de foot de la coupe d’Asie perdue  devant le Kirghizistan, pas plus que le début des JO d’hiver en Corée, ni même cet hiver qui  restera dans les annales et que nous avons eu la malchance de partager avec eux, non, c’est un évènement tout à fait courant, normal, habituel, puisqu’il est annuel, c’est la fête du Tet. La fête du Tet, nouvel an selon le calendrier lunaire, nouvel an chinois pour faire simple, c’est LA fête du Vietnam. Le pays s’y prépare longtemps à l’avance. Tout doit être nettoyé, récuré, astiqué, absolument tout ! Dans les temples on sort les dorures, les statues, on les brosse, les nettoie, on les revivifie, les trottoirs, les rues, vont enfin recevoir un coup de jet d’eau qui va les rendre présentables un temps, un tout petit temps, et même, si, si, nous l’avons vu, l’immense grotte du Paradis était en train d’être soigneusement balayée pendant que nous la visitions !

Et puis, il faut que tous les symboles soient là pour que la fête soit réussie : Une branche, au moins une branche de pêcher en fleurs, un vrai petit pêcher c’est encore mieux et puis un mandarinier en fruits, fleurs et bourgeons, et puis des fleurs jaunes et encore les présents pour l’autel des ancêtres… Heureusement tout le pays se mobilise, il faut au moins ça ! Les pêchers sont coupés, arrachés, descendus de la montagne à moto, puis des camions les regroupent,  les mandariniers mis en pots plus ou moins grands. Aux abords des villes des forêts de mandariniers sont ainsi transplantées en quelques jours, des milliers de pots de chrysanthèmes jaunes hantent les bords des avenues et des rues, qui se pavoisent et s’illuminent.  C’est un peu la même fièvre que les sapins et les fêtes de Noël chez nous, mais qui concerne encore plus de monde car personne n’y échappe !

Et puis les offrandes, ah ! Les offrandes : Il faut d’abord brûler celles de l’an dernier, purifier l’autel pour qu’il soit prêt à recevoir les nouvelles. Dans la rue, dans la bassine à tout faire,  d’innombrables petits foyers s’allument et leur fumée de carton s’ajoute à celle des échappements. Les motos, une fois encore s’en donnent à cœur joie, elles transportent, plantés à l’arrière comme de grands étendards les malheureuses branches parsemées de fleurs roses, elles s’empanachent des mandariniers véhiculés avec précaution, elles arborent les échafaudages dorés des paquets d’offrandes tout prêts, vendus dans tous les marchés, les kiosques, les petits commerces. Il en faut des offrandes, il en faut : Pour l’autel familial, pour les temples, les pagodes si l’on est bouddhiste. Il faut que les ancêtres soient rassasiés, que les génies des autels domestiques soient satisfaits pour que la chance sourie, que le bonheur et la prospérité arrivent.

Alors devant tant à faire, tout le monde s’affaire, s’active, s’enivre d’achats divers, prépare encore et encore. Le jour du Tet, le 15 février cette année, la tension va tomber brutalement. Tout doit être prêt, ou il sera trop tard et les augures seront néfastes. La famille va se rendre visite, et fêter dignement ce nouvel an qui commence. Tout le monde est en vacances, le pays est paralysé, plus rien ne fonctionne ; les jours qui suivent on rend visite à ceux qui sont plus loin, on se déplace, on retourne à la campagne qui se repeuple d’un coup de tous ses exilés citadins, chaque village organise sa fête, ses fêtes…

Nous, on ne fait pas la tête, non, mais on fuit le Tet en quittant le Vietnam le douze. Il paraît qu’au Laos, la vie s’entête à continuer malgré le Tet…

07 février 2018

Ninh Binh




Ninh Binh, ce nom ne vous dit rien ? Cherchez bien ! Non, vraiment ? Ce n’est pas étonnant, n’ayez crainte, avant d’avoir visité, je l’ignorais totalement !
Ninh Binh est une ville moyenne qui n’offre aucun intérêt si ce n’est la proximité avec LE site du même nom, plus connu d’ailleurs sous le vocable « Baie d’Ha Long terrestre », c’est dire , et d’être aussi l’ancienne capitale du pays avant que celui-ci ne porte ce nom!

Donc après la visite de la Baie, la vraie, la magnifique, mais qui nous avait laissé un peu sur notre faim de rêverie, de navigation parmi ces étrangetés naturelles, nous avons mis le cap sur Ninh Binh plus au sud.  A proximité de la ville on entre dans le parc et on commence par visiter les vestiges de la vieille ville. Il n’en reste plus grand-chose à vrai dire, seulement les temples consacrés aux fondateurs des dynasties qui s’y sont succédé. De beaux temples en bois rares et quelques vestiges de fouilles, c’était intéressant. (Notre guide pensait que seuls les touristes français s’intéressent à l’histoire dans les voyages…) Mais ce peu d’histoire est édifiant : Des dynasties très courtes pour les deux premières à cause d’assassinats, de petits meurtres en famille, de disparitions prématurées… C’était au Xème siècle on retrouve les mêmes principes ailleurs dans le monde, curieux, non ? Une forme d’universalité historique, peut-être, des fondamentaux du genre humain… Mais passons, passons, le voyage avant tout !
Toute la région, petite région est donc recouverte des mêmes excroissances rocheuses que la baie, des poussées minérales, recouvertes d’une dense végétation tropicale, exubérante, foisonnante. Et, au milieu, coule une rivière… qui serpente dans sa petite plaine alluviale. C’est en barque que nous allons nous engager dans cette vallée. La balade est très agréable. Il fait presque beau, très peu de monde, (Il paraît qu’en pleine saison les barques se touchent presque car il y en a des milliers !) on avance tranquillement sous les efforts du rameur qui pousse les rames avec les pieds, les ramène d’une élégante torsion de la cheville.

Ils procèdent  tous ainsi, je pense que c’est bien moins fatigant. Dans les rizières qui bordent la rivière, les paysans s’activent. Ils labourent, préparent le terrain et sèment.

Ils traitent aussi, comme quoi, même dans une réserve classée Patrimoine Mondial de l’Unesco la culture bio n’est pas encore de rigueur. (Certains me diront avec raison que ça n’a strictement rien à voir !

Le classement ne protège que ce qui est classé, le site en l’occurrence, pas les cultures qui s’y pratiquent !) Les plus avancés commencent à repiquer. Ils viennent en barque, c’est le seul moyen d’accès, s’occuper des petites rizières coincées entre monts et rivière. Tout se fait à la main, ni buffle, ni motoculteur !
La rivière passe sous trois arches basses qu’elle s’est creusé au fil du temps. C’est assez impressionnant. 
Avant d’apercevoir la bouche noire de la grotte, on se demande où passe la rivière qui semble s’arrêter devant la montagne, et puis se découvre l’ouverture. On s’y engage. D’abord obscure elle s’éclaircit 
après une légère courbe pour laisser admirer un nouveau paysage … qui ressemble de très près au précédent ! La troisième arche recèle une surprise : C’est un temple qui occupe le coin de plaine planté entre les montagnes. C’est aussi le moment du demi-tour…
Ninh Binh est devenu concret,  des images, des souvenirs, une jolie promenade en barque dans ce monde magique et bucolique. Maintenant si l’on vous dit Ninh Binh, vous saurez !

06 février 2018

Circulation


 
Un petit article pour compléter ma « bribe », car comme me le faisait remarquer Françoise, les Reines de la route méritent quelques photos. Et puis s’il y a les reines, il y a aussi les autres, le reste de la circulation ! Les vélos sont rares, absents en montagne, on le comprend, et peu fréquents en ville. La moto domine partout. Les bus, impérieux, pressés, se faufilent, klaxon bloqué, doublent à gauche, à droite, partout où ils le peuvent. Les voitures, elles, sont soumises au reste de la circulation : Elles avancent sur leurs gardes, évitant les motos qui surgissent de n’importe où, laissant la place au bus, s’arrêtant pour croiser les camions dans les routes en lacets de montagne. De manière générale, la circulation est lente, très lente, chaotique et complètement dérégulée.
Moto équipée de réservoirs aquarium et d'une pompe

Il faut dire que l’infrastructure routière n’est pas toujours très claire : Certains carrefours sont complètement incompréhensibles, donc il faut s’y engager et voir comment en sortir ! Surtout ne pas imaginer qu’une règle quelconque va gérer le flot incessant, non, c’est chacun pour soi, sans se soucier le moins du monde des autres. La conduite des motos frise souvent l’inconscience pour des européens, mais ici, c’est normal et ça passe. Remonter une « deux fois deux voies » en sens inverse, couper la route pour tourner à gauche, émerger de chez soi ou d’une ruelle, rouler à deux ou trois de front alors qu’il arrive des véhicules en face, tout cela est normal et ne génère aucune remarque particulière, aucune colère ou agacement. Simplement des coups de klaxon des uns et des autres pour se signaler, demander le passage, s’éviter. Le principe est simple : Faire comme si l’on était seul, les autres se débrouilleront ! Et ça marche ! Il y a peu d’accrochages finalement et les accidents sont rares et sans gravité, grâce à la vitesse réduite.

Un marchand ambulant
Une autre particularité intéressante est la façon de doubler. Les routes sont sinueuses, pas très larges et très fréquentées. Dans ces conditions, doubler paraît mission impossible, du moins aux yeux d’un français respectueux d’une code de la route réducteur, mais pas du tout ! C’est même très facile ! Quand on le décide, on met son clignotant et on double ! Plus on est gros, plus c’est facile, à ce jeu les camions sont les grands gagnants. Ils doublent un concurrent plus lent absolument sans se soucier de ce qui peut venir en face, alors on se débrouille, on se serre, on s’arrête, et l’on s’aperçoit que sur cette route qui paraissait si étroite on peut passer à trois, en se serrant beaucoup ! Mais les voitures font de même, ignorant la notion de visibilité, en plein virage,  on double sans trop accélérer pour pouvoir se ranger éventuellement s’il arrive quelqu’un en face  qui s’obstine. Les premières fois, on se crispe un peu, puis on s’aperçoit que tout se passe bien, alors…



 transport de cannes à sucre
Six cochons bien emballés sur la moto



Transport de mandarinier pour la fête du Têt

Alors, les motos restent les Reines de la route. Elles doublent où elles veulent pour les plus rapides, vont à leur train de sénateur pour les plus lentes, ne s’occupent de rien sinon d’elles-mêmes. Irremplaçables, indétrônables, ces reines là sont admises par le régime, sinon, je crois que ce serait une révolution ! Un comble !
Transport de pêchers pour la fête du Têt

05 février 2018

Bribes...


 La reine de la route

 La reine incontestée de la route au Vietnam, c’est la moto ! Petites motos ou scooters de tous genres envahissent les rues, les routes, chaque parcelle carrossable, bitumée ou non, autorisée ou non, elles sont partout, dominent outrageusement la circulation, sont souvent impérieuses, se frayant le passage au klaxon, parfois nonchalantes, jeunes filles quittant l’école et bavardant gaiement à trois ou quatre de front. Elles ne respectent rien et surtout pas les règles de circulation, s’infiltrent, s’insinuent, roulent comme ça les arrange, où ça les arrange. Elles sont protéiformes, se modifient, se bricolent, redeviennent sages pour l’usage familial ou personnel. Une famille jeune y prend place, les deux enfants en sandwich quand ils sont petits (C’est là qu’ils sont le meilleur en sandwich, plus tard ils deviennent durs et secs !) ou intercalés. Elles deviennent fourgonnettes, voire petits camions : La capacité de chargement est impressionnante et la diversité des marchandises transportées l’est tout autant : En fait tout ce qui doit être transporté l’est. On a vu : Six beaux cochons bien emballés dans des sortes de filets, des caisses, cartons en nombre et volume énormes, des meubles, des sacs aux contenus divers, grain, sable, ciment, et bien entendu, à la campagne, tout ce qui se récolte, coupe. Des monceaux d’oranges, d’ananas entassés dans de grandes caisses latérales, des poulets, volailles diverses dans de jolies cages d’osier, des poissons vivants dans des sortes de caisses aquarium avec pompe de remplissage et de vidage ! Des bambous énormes ou des grands paquets de canne à sucre, mis simplement en travers d’une moto qui acquiert alors la largeur d’un convoi exceptionnel, des troncs, poutres, ferrailles de chantier tout simplement trainés, et bien sûr, au moment de la fête du Têt, les pêchers en fleurs et les mandariniers obligatoires dans chaque foyer pour porter chance, bonheur et réussite l’année qui vient.

Le moindre sentier en montagne, des morceaux de pistes qui ne semblent aller nulle part, ne desservir qu’un hameau minuscule et isolé, se perdre dans des vallées oubliées sont victimes d’une circulation incompréhensible. Mais où vont-ils donc ? Notre guide qui est parfois mauvaise langue et qui ne boit pas, prétendait qu’ils allaient chercher de la bière. Ce type de circulation étant essentiellement masculine et jeune, ce n’est pas impossible !



La moto n’est plus simplement un moyen de transport ; elle est devenue au même titre que le Smartphone une prolongation de l’être humain, un exosquelette indispensable qui lui permet de se dépasser : Aller plus vite, plus loin, ensemble, porter davantage… Les zones réservées aux piétons, à notre sens, ne le sont plus guère : Ainsi, au marché couvert, les dames et quelques messieurs font leur marché à moto. Téléphone d’une main, moto entre les jambes, elles demandent, commandent, paient et vont deux étals plus loin compléter leurs courses et klaxonnent si jamais un homo turisticus prétend occuper l’espace. Eux, pratiquent le « drive indoor » sans le savoir !

04 février 2018

La baie d'Ha Long



LA baie d’Ha Long ! Voilà un site qui peuple les rêves, qui  nourrit les fantasmes et les espoirs de nombreux voyageurs. On imagine beaucoup sur  Ha Long, on voit les rochers percer la mer et se planter comme des crocs dans le ciel bleu, on les imagine aussi  enveloppés  d’un voile léger de brume se dévoiler au gré des souffles de vent, se parer ainsi d’irréalité, et bien sûr, on n’échappe pas à la carte postale des levers ou couchers de soleil sur la baie.
La baie d’Ha Long ne dément pas  ces rêves, c’est vraiment un endroit grandiose et magnifique, que les mots peinent à décrire. C’est un paysage immense, qui se renouvelle sans cesse, sans jamais changer vraiment. Ces îles, îlots qui se dressent comme pour hisser la tête hors de l’eau, faits de vert et de roche, entaillés, fissurés, couverts de trous et de bosses se ressemblent en étant tous différents. Nous n’en avons vu qu’une petite partie, c’est sûr, mais sillonner longuement cet univers n’apporterait sans doute pas beaucoup de surprises… Quelques points de vue différents, des rochers plus particuliers, peut-être….


Bon, je vous raconte. Après deux derniers jours sans grand intérêt dans notre boucle nordique, on plonge sur la baie. On garde, malgré le temps maussade et froid qui ne nous quitte pas, le secret espoir de voir la baie sous le soleil et … c’est gagné ! Il fait beau, le ciel est bleu, même si le pull est toujours de rigueur.
On embarque vers midi sur notre jonque, un modèle moyen de douze cabines. La « croisière » de deux jours une nuit s’avère en fait durer vingt quatre heures seulement, et encore, puisque l’on débarque le lendemain sur le coup des onze heures. Le temps de navigation lui aussi nous laisse un peu sur notre faim. Trois heures le premier jour, à peu près autant le lendemain pour rentrer au port. Pas tout à fait par le même chemin c’est déjà ça !
La baie d’Ha Long est une grosse entreprise touristique gérée au plus serré. On libère les cabines à neuf heures trente du matin pour que l’équipage ait le temps de les préparer pour le tour suivant qui démarre à midi ! Et tous les bateaux, les plus grands, les plus petits semblent suivre le même modèle puisque l’on se retrouve tous au port en même temps quelle que soit la compagnie !

Mais cela, ce sont les petits tiraillements qui nous agacent lors de la visite de très grands sites, où tout est organisé, planifié, codifié :

On gère la foule, on l’exploite au mieux, afin qu’elle soit globalement satisfaite et qu’elle génère des bénéfices durables… Dans un pays communiste, un des quatre derniers, les compagnies privées qui gèrent les bateaux ne peuvent rêver mieux !

Mais la baie était magnifique, le premier jour sous le soleil, le lendemain les nuages ne se sont dégagés que petit à petit, la jonque de bois était belle bien que vieillissante, l’équipage aux petits soins, et les repas de premier ordre.  Vingt quatre passagers, de sept nationalités différentes représentant presque tous les continents avec lesquels nous avons pu échanger de façon fort sympathique. Parmi les « animations » proposées, Françoise a réussi à pêcher le plus gros calmar du jour, et presque l’un des seuls, mais nous avons renoncé à la baignade,
comme tout le monde d’ailleurs et au kayak, devenu un peu trop inconfortable à nos jambes fatiguées, et un des cuisiniers nous a fait une magnifique démonstration de présentation de légumes en bouquet de fleurs…

Tout cela reste anecdotique. Je suis resté longtemps sur le pont, les yeux éperdus devant toute cette beauté, fixant avec mon appareil des images qui se ressembleront toutes et ne seront pourtant jamais vraiment les mêmes. Le rêve perdurera….


01 février 2018

Ba Be




La mousson se prolonge, elle nous a apporté un temps plus gris que pluvieux et surtout un froid qui surprend beaucoup les autochtones qui n’y sont pas habitués. Tout le monde grelotte et les soirées sont vite écourtées pour se glisser dans les lits heureusement pourvus en couettes et couvertures efficaces. Les paysages y perdent un peu en éclat et parfois même se noient dans la brume, mais heureusement, pendant notre court séjour à Ba Be, nous n’avons eu ni pluie, ni brouillard.
Ba Be, c’est un parc national, un endroit où la forêt est protégée, où l’on peut voir encore de grands arbres, de vieux arbres qui se mirent dans un lac aux eaux limpides. Car c’est un lac aussi, un joli lac de montagne, le plus grand lac naturel du Vietnam nous annonce avec une pointe de fierté notre guide, ce qui ne signifie pas grand-chose ! Alors, presque piqué, il nous dit qu’il figure parmi les cent plus grands lacs du monde. Je veux bien l’admettre, mais alors dans les tous derniers rangs ! Mais pour nous, qu’importe le classement et cette manie contemporaine de chiffrer, de mettre en concurrence des sites, puisqu’il est BEAU !
Pour moi, et je le dis en catimini car Hiêù lit notre blog, pour moi c’est un bijou de petit lac ! Enchâssé dans ses montagnes vertes il s’étire langoureusement, se parsème d’ilots, se fait rizières au pied des villages.

Notre accueil était la dernière maison du village, juste séparée du lac par un cordon de rizières. C’était une belle maison Tay, avec des terrasses et une grande salle commune à l’étage. On y a pris notre repas avec la famille qui nous a accueillis vraiment gentiment. Trois générations assises par terre sur les nattes pour manier les baguettes avec dextérité autour d’une table basse, très, très basse ! Notre incapacité à nous asseoir en tailleur nous a valu d’obtenir des chaises basses sur lesquelles nous avons pu monter tout notre talent à manier les baguettes.
Nous croyions avoir fait de réels progrès en la matière, mais la dame très gentiment, nous a amené des fourchettes ! C’est quand elle nous a observé en train d’essayer d’enlever l’arête centrale des délicieux petits poissons grillés qu’elle a compris nos difficultés… Mais pour le reste, on progresse, si, si !

Donc le lendemain, après une soirée raccourcie et une nuit plongés sous les couvertures, on va prendre une barque au petit embarcadère en bas des rizières. Le temps est gris et frais. On traverse l’immense lac dans toute sa longueur (8km) en admirant le paysage.
C’est vraiment très beau, cette forêt tropicale encore intacte qui se penche sur l’eau, qui escalade des pentes abruptes et couronne les sommets de ces drôles de collines pointues. La barque fend l’eau dans le halètement rythmé de son vieux moteur, suit le rivage pour nous montrer le fond des criques soigneusement cultivé, s’écarte un peu pour éviter un tronc si penché sur l’eau qu’il va devenir pont s’il continue à croître. Au bout du lac, un peu dissimulée, s’amorce une rivière que l’on va remonter jusqu’à une arche de pierre qu’elle traverse. Les barques peuvent l’emprunter mais nous, nous nous arrêterons là.

C’est à pied que l’on va aller voir la sortie de l’arche, en traversant la grotte hantée par des nuées de chauve-souris. 
Puis on redescend la rivière et on poursuit son cours en aval du lac où elle s’abîme dans un autre lac, artificiel cette fois, en une succession de rapides et de cascades. Après la balade jusqu’aux cascades, on mange dans le petit restau du bout du monde où est amarrée la barque, un excellent poisson juste péché dans le vivier. Et l’on retraverse le lac, toujours aussi beau, même dans l’autre sens. On récupère nos bagages, on prend congé de la famille, en l’occurrence il ne reste plus que les aînés et on prend la route qui va, forcément, être longue !


J’ai vraiment beaucoup aimé cette étape, cette douce harmonie entre l’accueil chaleureux dans une authentique maison et une vraie famille, et ce paysage préservé dans un site magnifique. C’est un lieu touristique, paraît-il, mais nous y étions presque seuls, en tout cas nous nous y sentions seuls.

Pourtant d’autres maisons d’accueil, plus haut dans le village recevait des touristes. L’une un groupe de motards namibiens que nous avions déjà croisés quelques jours avant… Des motards namibiens, blancs, barbus, buvant ferme de la vodka et parlant un anglais incompréhensible ! Plutôt le genre bikers texans sur le retour ! Il y avait aussi un couple de roannais que nous avions aussi croisé plusieurs fois dans notre circuit.
Hé bien, sur le lac nous étions seuls… Quelques barques passaient, transportant un passager avec son scooter, vers un endroit où commençait une route. C’est un endroit encore tranquille, paisible, qui nous ramène à des moments perdus, à ce qu’a dû être le Vietnam avant.