
Ca y est !
Nous sommes dans le Maroc, le vrai, comme je l’imaginais. Presque, car,
heureusement pour lui, il s’est modernisé depuis mes représentations
imaginaires. Ainsi, nous sillonnons le Maroc, le Maroc profond, depuis le Haut
Atlas, que nous avons quitté, jusqu’à l’Anti Atlas, dans la région de Tafraout où se situe cet article. Des routes, nous en avalons, peu de grandes, des
moyennes, surtout des petites et des pistes, à mon grand plaisir. Moins de
pistes que prévu, car le Maroc dépense un excédent de goudron, Sa Majesté le
roi goudronne à tout va et ce n’est pas irrévérencieux de ma part ! Donc,
beaucoup de petites routes très récentes, qui suivent le tracé des pistes qui
les ont précédées, qui elles-mêmes suivaient les pas des ânes et des troupeaux.
Des routes qui serpentent, qui sinuent, qui montent et descendent sans cesse,
qui virevoltent autour des montagnes, elles s’enroulent autour d’un douar pour
mieux le desservir, se précipitent dans le bleu du ciel pour franchir un col et
s’enfoncent abruptement dans le lit sec d’un oued oublié. Des routes
magnifiques, somptueuses, des routes sans voiture, ou si peu que l’on entame
une discussion quand d’aventure on en rencontre une, des routes qui n’en
finissent pas…
La route d’Anezal à Aoulouz.
En quittant
Aït Benhaddou, une variante de la N10 pour gagner Taroudant. (Une explication pour
les rares lecteurs disposant d’une carte détaillée et susceptibles de suivre
notre trajet en détail ! Mais on ne sait jamais !) Sur la carte, c’est
à moitié route à moitié piste. A Anezal, avant de s’engager sur la route, un
contrôle de police veut nous dissuader d’aller plus loin. Ils craignent que l’on
apporte de « l’aide » aux villages sinistrés. Ils ne veulent pas d’aide
dispersée et préfèrent centraliser les apports et les distribuer ensuite
eux-mêmes. Donc on discute, on n’a que nos affaires et l’on ne veut que passer.
Ils ne comprennent pas nos motivations, pourquoi se compliquer la vie alors qu’il
y a une belle nationale toute nouvellement regoudronnée, mais nous laissent
passer. Les explications embrouillées de Mohamed notre logeur à Aït Benhaddou
ne nous aident guère, les cartes pas du tout, quant à Madame Waze elle se sent
complètement perdue…

On suit le goudron, jusqu’au bout à travers un paysage
magnifique, ponctué de villages lourdement touchés par le séisme. Au bout du
goudron, une piste commence, rocailleuse, assez délicate. Elle ne correspond
pas du tout aux explications que l’on avait, et sa direction me semble bizarre.
Un petit point GPS nous confirme l’impression. On est parti bien trop au nord.
Demi-tour, et là, après peut-être un km, le flap flap caractéristique… Nous
avons crevé ! Changement de roue, stupeur, le pneu est déchiqueté à l’intérieur,
la crevaison n’est qu’une conséquence d’un défaut dans la voiture. Bon, on
continue. Une vingtaine de km plus bas, on voit la bonne piste, il ne fallait
pas rester sur le goudron, que l’on va suivre sur environ 70 km.

Une piste plus roulante, qui elle aussi
traverse de beaux paysages et quelques villages moins atteints que plus au
nord. La variante nous a pris quelques heures, mais nous arrivons quand même à
Tiout, où Ahmed nous affirme que demain dimanche, on réparera la voiture !
La route d’Igherm à Tafraout
Ce n’est pas
une nationale mais quand même une route à deux voies, belle, roulante sauf
quelques gués à sec qui secouent un peu, au relief peu accidenté. Sur les 95
km, nous avons vu 2 motos, un petit camion citerne que nous avons rattrapé dans une légère côte, et un âne …
La route des gorges d’Aït Mansour
Dans la région
de Tafraoute, nous avons effectué deux boucles, dont celle des gorges d’Aït
Mansour. La région est magnifique, alternant les montagnes aux tons rouges et
ocres aux vallées peuplées de palmiers, d’arganiers, citronniers, amandiers … On quitte Tafraoute et on s’élève dans les
montagnes qui l’entourent. Des paysages magnifiques. La route sinue, prend son
temps et nous aussi. Après un col,

on attaque la descente vers les gorges. Très
vite, les falaises rouges s’élèvent, se rapprochent et forment un écrin de
rubis au joyau d’émeraude qu’elles enserrent. Un sillon de verdure encore
nourri d’une eau parcimonieuse qui s’écoule en canalets, eau précieuse,
canalisée, distribuée. La route semble se perdre dans les gorges.
Elle s’égare
d’une rive à l’autre, hésite entre deux haies de palmiers, serpente entre
quelques belles maisons, car le lieu est prisé, et finit par émerger, encore
toute ébouriffée de vert, dans le désert montagneux qui l’entoure.
Les Haltes:
L’oasis de Tiout.
Une halte que
nous imaginions pleine de fraîcheur, mais ces deux jours là il faisait plus de
40° et même le jardin intérieur transpirait de toutes ses feuilles. Ce fut
quand même une bonne halte, car avec l’aide d’Ahmed, on a pu réparer la voiture
et trouver un pneu de rechange, le tout à un prix raisonnable.
La visite de
Taroudant, écrasé de chaleur, fut assez brève. La ville ne présente guère d’intérêt
à part ses belles murailles classées et qui ont bien abimées… Mais l’Unesco réparera,
non ?
L’après-midi, toujours avec Ahmed une jolie balade dans l’oasis. Des
explications sur les espèces, les plantations… et aussi la découverte d’une
sorte de zone de loisirs, qui appartient au frère d’Ahmed ! Il a eu l’idée
d’aménager son terrain en différents petits lots, certains avec un salon, d’autres
avec un petit bassin, qu’il loue à la journée.
Les gens y viennent pique-niquer
en famille, ou en bandes d’amis. Une troupe de copines y était, entre filles,
les pieds dans l’eau… Une sorte de « sortie sacoche » comme on dit au
Québec !
La maison traditionnelle d’Oumesnat
A côté de Tafraout, notre gîte
est au cœur du vieux village d’Oumesnat. Une maison restaurée, avec beaucoup de
soin et de goût. Le village, presque abandonné, accroche ses maisons en ruine au
flanc de la montagne. Pour atteindre l’auberge, il faut marcher sur un petit
chemin rocailleux, monter, descendre, remonter… Ce n’est pas long, mais on a
demandé à notre hôte de porter la valise… Et oui, on vieillit, la honte s’efface
devant l’effort ! Une fois installés, c’est confort : Les montagnes
en face et la mosquée pas loin. Le muezzin, ici, ne se contente pas de diffuser
l’appel à la prière, le soir quand la nuit tombe, sa voix amplifiée emplit le
village de la litanie chantante des versets du jour.