23 mai 2015

Sud-Lipez et Uyuni


 

Nous voyageons maintenant depuis un peu plus de deux mois. Souvent dans les fins de longs voyages, des voyages où l’on a vu tant et tant de paysages, de sites tous plus beaux les uns que les autres, on se sent un peu blasé, fatigué de tant de nouveautés, d’étrangeté…  Cette fois, c’est loin d’être le cas ! Cette excursion devait être un des points forts de ce voyage et elle l’a été. Quatre  jours d’un long circuit au milieu de paysages toujours étonnants, d’une variété impressionnante. Le Sud- Lipez, c’est un désert froid, au bout de l’altiplano bolivien, une région incroyable.
On y trouve un peu tout ce que la planète recèle comme formations géologiques : Des zones de désert de sable avec de belles dunes dorées, des déserts d’origine volcanique qui ressemblent à la surface d’un grand gâteau couvert de copeaux de chocolat, des montagnes bien sûr, des bassins d’eau chaude dans lesquels on a pu se baigner,
des volcans encore actifs ou en sommeil, des geysers aux fumées soufrées  avec des bassins comme des grandes marmites de sorcières où bouillonnent d’étranges décoctions, et des lacs, des lacs aux incroyables couleurs !

Des eaux rouges, colorées par des oxydations métalliques, des  eaux vertes, d’origine végétales et chimiques, des eaux bleues, noires, des lacs enchâssés dans les montagnes,
 dans les déserts, comme des yeux de toutes les couleurs  plantés droit dans le ciel bleu. Le regard du monde braqué sur l’infini…

De cette variété de paysage, celui qui m’a peut-être le plus marqué, dont je garderai sans doute l’image la plus vivace, c’est le désert de Dali… Une portion du désert de sable ainsi nommé depuis peu en vertu du spectacle vraiment surréaliste qu’elle offre. Une longue pente douce de sable doré, plantée de roches volcaniques aux formes étranges, certaines isolées, d’autres regroupées en d’étonnantes sculptures naturelles.
On se croirait vraiment dans un tableau et l’on s’attend à voir surgir la longue silhouette dégingandée de Don Quichotte errant sans fin dans sa quête improbable…

Du rêve à l’état pur !
Les pistes s’enchainent et le gros Toyota avale du sable, de la rocaille, de la terre battue et même, à la fin des pistes de sel. L’intérieur en est confortable et les paysages défilent sans cesse changeants. Aux arrêts, on s’équipe, car il fait froid ! Bonnets et grosses polaires sont de rigueur, tout se passe à plus de 4000 mètres et parfois près, très près de 5000 ! On a plusieurs fois dépassé le sommet du Mont Blanc,
altitude pour nous symbolique que l’on a essayé d’immortaliser en photographiant l’I phone de Jacques ! Notre chauffeur-guide, Sancho, était très intéressé par cette application I-tech !

Les gites du soir étaient rustiques, glacials mais de bons repas et l’heureuse rencontre des jeunes occupants de l’autre 4x4 de l’agence, qui ont navigué  de conserve avec nous, nous ont bien aidé à occuper les soirées.
 Discussions, échanges allaient bon train autour de l’inévitable bol de soupe et du non moins inévitable plat de riz garni ! Ensuite, assez vite, assez tôt, il fallait se glisser dans le lit glacé, bien habillé, et tenter de ne pas trop se refroidir sous la tonne de couvertures qui vous immobilise dans vos draps comme une chape de ciment.
J’avais la désagréable impression, chaque fois que je me retournais, de soulever mon gros sac à dos ! Autant dire que les nuits ont été brèves, hachées, inconfortables… Sauf la dernière !  Arrivés au bord du Salar d’Uyuni, après une demi-journée de pistes plus monotones,  on s’arrête dans un petit village qui offre beaucoup d’hébergements pour touristes. En fait, les rares villages du Lipez sont entièrement dédiés au tourisme qui est la seule ressource de la région. Notre « hôtel » est en sel, de gros blocs de sel épais, et de fait bien mieux isolé du froid que les maigres murs de brique et toits de tôle des précédents.
 Et luxe suprême, il y a des douches chaudes ! On peut enfin se laver ! L’eau glacée, dans un froid glacial avait jusqu’alors interdit toute velléité de toilette chez tout le monde ! On dort bien dans cet hôtel de sel, on dort bien mais il faut se lever tôt, très tôt afin d’aller contempler le lever du soleil sur le Salar !
Debout en pleine nuit, vers 5 heures, on monte dans le Toy qui chauffe moteur tournant, le capot décapuchonné de son emballage nocturne de protection et on glisse sur le Salar… Pas de piste, le silence, la nuit. Parfois le chauffeur éteint tous ses feux et l’on roule ainsi, en aveugle, sur le grand Salar si lisse, guidé simplement par la vague silhouette d’un lointain volcan. L’impression est assez irréelle ! On arrive à « l’île », presque au milieu du Salar.
 L’impression d’immense solitude se termine, tous les 4x4  des agences se retrouvent là, au même moment. Il y en a une bonne vingtaine, mais nous sommes en basse saison, j’imagine l’affluence en juillet-août !

Cette île est encore un étrange phénomène… Cet un massif corallien qui émerge de cet univers salé, une petite montagne plantée de vieux cactus, que l’on escalade par de petits sentiers caillouteux, pour voir émerger le soleil à l’est. Le spectacle est somptueux ! Magnifique ! Incroyable ! Fantastique ! Irréel !  (Je suis un peu en panne de superlatifs, si vous en avez à me proposer n’hésitez pas à me les donner en commentaires !)
Le Salar se dévoile lentement, d’abord rosé, sa blancheur éclatante  apparaît petit à petit. L’horizon recule, le regard porte loin, loin. Parfois un sommet émerge de la nuit qui se dissipe, les montagnes se dégradent en d’infinis camaïeux. C’est vraiment très, très beau ! Un lever de soleil qui mérite l’effort à faire, le froid à vaincre, les doigts gourds pour manier l’appareil photo. On redescend presque à regrets, mais maintenant le spectacle est figé pour la journée, le décor est placé jusqu’à la nuit… 
On quitte le Salar à la mi-journée, on traverse Uyuni, une ville sans aucun charme, ni intérêt et l’on va voir la dernière attraction de notre circuit : Un cimetière de trains, un immense dépôt de ferraille où rouillent lentement des wagons déchiquetés, de vieilles locos aux carcasses décharnées, qui s’enfoncent lentement dans le sable…
 Encore une vision étonnante, surréaliste, on se croirait dans un film post apocalyptique, je me demande si certains ne s’en sont pas inspirés !


C’est là que l’on se sépare de nos jeunes amis, eux partent d’Uyuni, pour ailleurs, en Bolivie, au Pérou, en Equateur… Que leurs  voyages soient sereins et riches, que leurs routes soient longues et belles, et qu’il nous soit donné encore souvent de faire d’aussi jolies rencontres !


Nous, nous rentrons à Tupiza… Cinq heures de piste, une route qui, paraît-il est une des plus belles de Bolivie qui n’en est pourtant pas avare ! Au début, pourtant ce n’est pas le cas, on longe le Salar et puis on s’enfonce dans la montagne et là, ce sont les paysages du Sud- Lipez qui réapparaissent !

La route est vraiment belle, mais nous sommes saturés de beauté, d’étrangeté, de paysages de rêve, elle ne nous en apporte pas plus… De grands travaux ralentissent parfois notre lente progression…
Dans quelques années une vraie belle route redessinée reliera Uyuni à Tupiza. Elle y perdra certainement une partie de son charme…

Tupiza, dernière étape en Bolivie…

Demain, le 20 mai, en route pour l’Argentine, à Salta, où Luc et Colette nous accueillent de nouveau…

On vous racontera !

16 mai 2015

de Sucre à Tupiza en passant par Potosi



départ de Sajama à l'aube
 
sur la route de Sajama...

Le temps se fait court, notre voyage se précipite un peu,
 
 on raccourcit certaines étapes pour mieux assurer les suivantes, on visite au pas de charge…
 



..... à Potosi
 Ainsi Sucre, une bien belle ville pourtant, que l’on a atteint au terme d’une journée marathon et où l’on devait passer deux jours pleins
 et quitter par un moyen de transport dont rêvait Françoise, le « bus-ferril », un vieux bus monté sur des boogies de train, très lent, très typique, très peu pratique...

 
Finalement on y a renoncé et on a quitté Sucre un jour plus tôt avec un bus ordinaire, pour rejoindre Potosi et de là, filer dès le lendemain sur Tupiza pour organiser notre grande excursion dans le Sud Lipez.

Sucre, ce fut pourtant une journée de repos, agréable, avec une douceur retrouvée, une respiration plus sereine, et de beaux quartiers à découvrir. Nous n’avons pas tout vu, certes, mais les multiples visites dans les échoppes d’artisanat nous ont permis de voir des merveilles : Les tissages Jalq’a, des villages des environs de Sucre, qui sont d’une finesse et d’une beauté inégalées. Ils sont aussi, malheureusement pour nous devenus inaccessibles aux voyageurs modestes que nous sommes,  nous avons donc dû nous  contenter de les admirer.

Après cette coupure bienvenue, nous avons dès le lendemain matin, repris un bus pour Potosi, encore une jolie ville avec de beaux bâtiments coloniaux. Sur les quelques heures que nous pouvons  y consacrer nous allons malheureusement en perdre deux à visiter un musée-couvent, inintéressant, du moins pour nous !
 
Certes, la qualité des chasubles et des ornements sacerdotaux exposés est probablement étonnante, les toiles de l’école de Potosi du XVIIème et du XVIIIème, certainement remarquables, mais tout cela nous  a laissé de marbre !
Quand nous avons terminé la longue visite guidée de ce labyrinthe, la nuit tombait,
 
 nous avons empilé nos couches de laine et de polaire, pour nous balader autour du centre très animé de cette ancienne cité minière.

Le matin suivant, devinez ? On saute à nouveau dans un bus, cette fois en direction de Tupiza, on se rapproche du sud de la Bolivie et de la frontière argentine. A peine arrivés dans la petite ville, on prend contact avec une agence dont nous avons eu de bons échos pour organiser notre tour dans le Sud- Lipez et le Salar d’Uyuni. Une heure après, tout est réglé !

On part demain matin pour notre virée de quatre jours… Désert froid et magnifique, mais on a loué des duvets !

Des nouvelles au retour…


13 mai 2015

Bribes...


 Une journée de voyage…

Ce matin, on quitte Sajama à  6h30. On a sur le dos les quatre couches nécessaires pour se protéger du froid. Les petits sacs à dos sont vides afin de recevoir les pelures au fur et à mesure de l’épluchage de l’oignon. Le mini bus part, fait un détour au village frontière avec le Chili pour essayer de trouver d’autres clients, n’en trouve pas et file vers Patacamaya, où l’on arrive vers  8h30. Pas le temps de déjeuner, on monte dans un «collectivos », un autre petit bus, qui se remplit vite et part sur Oruro. Nous sommes serrés dans le petit véhicule, mais la route est bonne, c’est la toute neuve autopista N°1, lisse et rapide. Oruro, 11h00 du matin, dans la gare routière on cherche un bus qui nous emmènerait directement à Sucre, mais ceux-là ne partent que le soir alors on opte pour scinder le voyage et faire une halte à Potosi. Justement, on nous en propose un qui part dans… 5 minutes !  Vite, vite, on achète de quoi grignoter, on court aux toilettes, on saute dans le bus et en route pour 5 grosses heures de route. Une première partie monotone sur l’altiplano infini, des troupeaux de lamas qui s’égrènent sous le ciel définitivement bleu, et puis on aborde des montagnes, une route en lacets qui s’élève encore, des falaises rouges, des canyons, des petits villages avec leurs incroyables murets de pierres, leurs enclos à lamas et les maisons aux toits de chaume. 17h30. Arrivée à Potosi, le bus nous pose un peu à l’écart du terminal principal, … On s’y précipite, on ne sait jamais, s’il y avait encore un départ pour Sucre ? Hé, bien oui, justement, le dernier bus est en partance… On achète vite des biscuits et des  chips, une bouteille d’eau, et en route pour la dernière partie du trajet. La nuit tombe, on descend de l’altiplano jusqu’à Sucre qui est bien plus bas, (2500m au lieu de 4000). Vers 21h00, on arrive à Sucre, le terminal est fermé, mais un taxi nous prend en charge dès notre descente du bus et nous emmène vers l’hôtel que nous avions repéré sur les guides. Ouf ! Il lui reste deux chambres disponibles, on pose les bagages… et bonne nouvelle, les douches sont chaudes !

Bribes...


Rencontre.

Encore une rencontre dans notre étonnant voyage, une rencontre un peu prévue, pas vraiment fortuite. Cette rencontre nous nous y étions préparés, même si nous ne l’espérions pas, et voilà… C’est fait ! On a rencontré le froid !

On ne peut pas dire qu’il faisait chaud, avant, depuis qu’on s’est élevé. Déjà à Cuzco, les nuits étaient fraîches et humides, et puis au Titicaca aussi, on se couvrait à la fraîche, à La Paz, le soir, on s’habillait carrément, mais là, là, à Sajama… On sort toutes nos couches, on les superpose, on les entasse !

On est haut, c’est vrai, le village est à 4250 mètres d’altitude et ça se sent ! Le jour, tout va bien, le soleil est là, féroce, agressif, on sort la crème solaire, on protège son crane, on a des velléités de bronzage, et puis l’après-midi, le vent de l’altiplano se lève, frais, très frais, on rajoute vite une couche ou deux. Un peu plus tard le soleil bascule derrière les montagnes, d’un coup, la température chute… On rajoute une ou deux couches… Le soir vient lentement, les chambres sont glaciales, la salle de l’hôtel encore pire. On mange, emmitouflés jusqu’aux oreilles… puis on regagne nos chambres sans guère d’alternative possible. On se glisse sous les lourdes couvertures du lit, et on rêve de pays doux, chauds et douillets.

Sajama


 
On a quitté La Paz, la folle ville perchée,
après l’avoir explorée encore un peu, essayé d’autres téléphériques, visité d’autres quartiers… On l’a quitté avec un bus lent, très lent, qui s’escrimait à monter sur l’Alto, comme pour nous laisser des regrets de partir. On avait décidé, bien que le temps nous soit maintenant compté d’aller au parc national de Sajama,  une réserve à l’écart, à la frontière chilienne. On quitte notre bus à Patacamaya, une ville rue, sans aucun charme, pour trouver un mini bus qui doit nous emmener à Sajama. On en trouve un, qui nous avait repérés… Il nous emmène bien à Sajama, rapidement et confortablement, mais à un prix pour touristes ! On s’est fait avoir !



Sajama :
Un petit village, tout petit, au bout de l’altiplano, et tout contre le majestueux mont Sajama, volcan retraité, qui attire en saison beaucoup d’alpinistes qui viennent affronter ses 6500 et quelques mètres. Mais ce n’est pas la saison et le village est désert.
 
Un hôtel subsiste, vivotant avec les quelques égarés comme nous qui viennent se repaître de solitude, de soleil, de désert et …de froid !

L’isolement est total… et la nuit le froid, glacial ! L’hôtel est rustique, sans eau chaude et bien sûr sans chauffage, ici, ils ignorent complètement ce concept pourtant simple et assez répandu dans le monde, le monde où les températures descendent en dessous de zéro !
 
 
Mais on ne se plaint pas, on a choisi et les balades compensent largement ces quelques inconvénients. Un champ de geysers se trouve à une dizaine de kms du village. La propriétaire de l’hôtel, devait nous y emmener, mais finalement nous loue son 4x4 pour y aller. On se promène librement au milieu des petites mares qui bouillonnent,
 riches de tout un dégradé de couleurs, les fumerolles s’échappent de tout un réseau de ruisseaux, et nous sommes seuls, presque seuls au milieu de cette immensité,  car une jeune suisse vient nous demander de la redescendre. La marche ici, est vite fatigante, on s’essouffle rapidement.
 
Une vigogne sauvage
 
 On en aura la démonstration l’après- midi ; on se fait véhiculer vers des sources d’eau chaude, qui forment des piscines naturelles et l’on doit en revenir à pied, « caminando »…  Le bain est merveilleux, chaud, très chaud, avec le Sajama et son front blanc qui nous domine… Le retour l’est moins. Pas de chemin marqué, on coupe à travers l’altiplano, droit sur le village que l’on aperçoit au loin. Et on a la désagréable impression que ce loin reste toujours aussi loin. On progresse dans les touffes d’herbe à lama, piquantes, on contourne des zones de tourbe dans lesquelles inévitablement on finit par mettre le pied, le vent se lève et nous cingle le visage… Finalement, on arrive et quand on regarde l’heure, on a la curieuse sensation que le temps ne s’est pas écoulé normalement, la marche nous a paru bien plus longue qu’elle ne l’a été réellement…
 

Une seule  journée nous aura suffit  pour faire le tour de ce qui nous était accessible à Sajama,  on va s’extraire de ce bout du monde et tenter d’aller à Sucre en une journée…

 Et le miracle fut…
Notre appareil photo avait rendu l’âme, du moins le croyais-je, dans la tourmente de notre arrivée dans la forêt. Françoise, elle, avait gardé espoir d’une résurrection. Hé bien, c’est elle, la mécréante notoire qui avait raison. Notre appareil fonctionne à nouveau ! La convalescence a été assez longue, il y a eu quelques rechutes, les photos étaient noires, ou zébrées de traits de lumière du plus bel effet, mais petit à petit les périodes de   rémission se sont allongées, et depuis quelques jours l’appareil semble complètement rétabli. Résurrection vous dis-je, miracle ! Reste à savoir si la période de résurrection va être un peu plus longue que celle du seul précédent  connu !
 

08 mai 2015

La forêt


 
 Depuis hier nous sommes à bord de la Reina de Enin, notre hôtel flottant… Nous avons mis un peu plus longtemps que prévu pour le rejoindre ! Normalement un petit coup d’aile depuis La Paz et c’était joué, mais c’était sans compter les caprices de la météo. On quitte La Paz sous un grand soleil, moins d’une heure après l’appareil se pose à Cochabamba, une escale non indiquée sur le billet. De là une partie des passagers continue sur Sucre, mais nous, on descend et on nous fait changer d’avion…  Bon, on réinvestit un nouveau Boeing, on attend le décollage mais rien ne se passe… Au bout d’un bon moment on nous annonce que le vol est retardé, l’aéroport de Trinidad étant paralysé par la pluie qui s’abat sur la région. Finalement on décolle vers 15 heures au lieu des 9 heures et quelques annoncées. Quand on se pose, on comprend vite, qu’effectivement il a beaucoup, beaucoup plu ! Malheureusement ce n’est pas fini ! Le taxi qui nous emmène au port louvoie entre d’énormes flaques d’eau, franchit des gués, et ses essuie- glaces et la buée ne laissent qu’une faible visibilité, dans le jour qui décline déjà. Au « port »,
c'est-à-dire l’endroit où les pirogues peuvent accoster, une barque nous attend. On descend avec précaution les berges boueuses, on nous prête, heureusement, des ponchos de toile de plastique et l’on part, moteur ronflant vers l’hôtel qui nous attend. Pour une découverte de l’Amazonie, c’est une vraie immersion ! Le ciel se déverse dans la rivière, ou bien peut-être l’inverse, on ne sait pas trop. De chaque côté une muraille verte cerne vaguement le flot d’eau qui nous entoure.
 
Françoise essaie de faire quelques photos… Mais l’appareil ne se remettra pas de ces tentatives. L’électronique noyée va rendre l’âme… Françoise espère qu’après séchage il y aura une résurrection, mais si elle a lieu, comme toute résurrection, elle tiendra du miracle ! Nous arrivons donc trempés au « flotel ». C’est un très curieux engin. Un catamaran, surmonté de deux ou trois étages, des velum pour protéger du soleil, ou de la pluie, des appendices divers, des barques en remorque… le tout planté dans la forêt infinie, au détour d’une rivière… On se croirait dans un dessin animé de Myazaki, au cœur d’un de ses contes magiques.
 

Pour l’heure, on s’essore, on s’égoutte, on prend pied sur ce qui était quelques jours de luxe coûteux dans notre voyage !

On se remet devant un bon repas,  le charme des cabines et la qualité de l’accueil nous mettent du baume au cœur sans toutefois ôter la chape d’humidité qui nous imprègne.

Le personnel nous propose diverses possibilités d’activités, d’excursions, de découvertes en fonction, bien sûr du temps qu’il va faire. Mais celui-ci s’améliore, indéniablement. La pluie diluvienne de la veille a laissé place à une sorte de crachin breton, qui devant son incapacité à nous mouiller vraiment finit par rendre les armes. Le ciel reste gris, mais nous verrons apparaître, dans l’après-midi de rares rayons de soleil. Le matin une longue balade en pirogue nous fait découvrir faune et flore du coin. Beaucoup d’oiseaux, des hérons et des martin- pêcheurs fréquents au bord du Doubs (Mais à quoi ça sert d’aller si loin pour voir les même bestiaux que chez nous !), mais aussi des cormorans, des rapaces et plein de beaux, grands arbres… L’après-midi on réitère, mais cette fois on s’enfonce dans d’étroits chenaux qui se perdent dans cette terre qui n’est ni terre ni eau.
Des lacs, des lagunes, s’ouvrent, se ferment, on passe d’une rivière à l’autre, d’un bras à l’autre. Parfois, le long d’une berge, un espace découvert, plus ou moins déboisé, avec une petite chaumière, une velléité de culture, de plantation, vient rompre la monotonie de l’immensité verte. On s’enfonce dans un chenal, la petite barque louvoie, effectue des contorsions, elle s’insinue au cœur de la végétation, dans un passage plus bas, plus étroit, on baisse la tête pour éviter d’être giflé par les branches qui essaient de nous barrer le chemin. Françoise pousse un cri, ses lunettes ont disparu, happées par la main malicieuse d’un petit singe jaune, ou plutôt jetées à l’eau par une branche revancharde. On cherche, on fouille, on repasse, on scrute…Sergio, notre jeune guide plonge, fouille à tâtons l’eau boueuse, il faut finalement entendre raison, les lunettes sont bel et bien perdues…
 Françoise n’a plus que ses lunettes de soleil ce qui n’est pas l’idéal pour lire le soir, ni même pour distinguer au loin un dauphin rose émergeant subrepticement de l’eau sous un ciel gris et menaçant… De retour à La Paz nous essaierons de lui trouver une solution provisoire.

Ce matin, mercredi 6 mai, nous partons à la pêche aux  piranhas. En route, nous passons à « l’office » de l’hôtel, ce qu’ils appellent leur bureau. C’est un coin de la grande rivière, encombré de troncs et de branchages, où bizarrement il y a un brin de connexion téléphonique.
Puis on pénètre encore une fois dans le labyrinthe vert, pour lancer nos cannes. Les piranhas voraces dévorent les morceaux de viandes avant qu’on ait le temps de les ferrer. Vu mes talents de pêcheur je n’avais guère d’illusions sur mes chances de réussite, mais seuls nos accompagnateurs réussiront une modeste pêche, que l’on a mangé à midi.  C’est bien bon le piranha, c’est comme de la petite friture, mais en plus gros !

L’après-midi, c’est découverte de la forêt, de ses plantes et de leurs vertus thérapeutiques supposées. Au cours d’une balade boueuse, dont nos vêtements et nos chaussures, nos uniques chaussures, reviendront dans un triste état,  nous nous enfonçons dans la silva. Sergio nous arrange le passage à la machette et commente les plantes, les arbres…Il m’a beaucoup rappelé, en bien plus jeune, les tradipraticiens africains, leur foi dans une phytothérapie ancrée dans la tradition, leur méfiance du modernisme à tout prix, de la société de consommation. Plus éduqué, notre jeune guide se veut écologiste, ouvert au monde, il gagne sa vie avec les voyageurs qui passent, et a des rêves de jeune homme moderne,  mais se sent quand même séduit par des modes de vie autarciques au cœur de cette forêt qu’il aime et qu’il défend.

Le soir, à la brune, on ressort une barque pour tenter de voir des caïmans, ou des alligators on ne sait pas trop… C’est une superbe promenade sous les étoiles qui parsèment les nuages. L’eau est noire, l’eau est partout, des lucioles scintillent parfois, le silence est ponctué par les sauts des poissons qui retombent bruyamment dans l’eau.
 
 Des yeux brillent sous le feu de la torche, ce sont de petits caïmans, qu’Ariel qui nous guide ce soir, attrape d’un geste vif derrière la tête pour nous les montrer de près. Les grands caïmans qui laissent de profondes traces sur les rives sont restés invisibles…
Le paysage est immensément calme. On rentre à La Reina, amarrée au confluent des deux rivières, seules quelques lampes la signalent et lorsque le générateur sera éteint tôt dans la soirée, la nuit régnera entièrement.

Bribes...


 Les lunettes de Françoise.

Il y a lunettes et lunettes… Certaines ont de la chance d’autres pas. Celles de Françoise entrent délibérément dans la seconde catégorie. Il n’y  a pas pire destinée, pour une paire de lunettes normales, bien élevées, que d’échoir à Françoise au détour d’une échoppe d’opticien. Il leur faut s’attendre alors à en voir de toutes les couleurs, même des vertes et des pas mûres ! Pour elles, foin des boîtes douillettes, de la vision  tranquille d’un livre sur le coin du canapé, ou de la télévision qui ronronne, non, elles sont posées sur le nez, oubliées et pourtant indispensables, livrées à toutes les vicissitudes des multiples activités de leur propriétaire.  Certaines ont ainsi servi  de protection lors de travaux de meulage, de sablage, prouvant ainsi que les verres antireflets modernes s’opacifient aussi vite que les anciens sous l’impact d’abrasifs puissants, d’autres ont vu leur résistance mécanique testée lors d’un impact violent avec le gentil chien lancé à pleine vitesse. Il s’avère que plus la monture est légère, moins elle résiste… Étonnant, non ? La plupart ont été égarées momentanément, Françoise ayant l’habitude de les poser n’importe où, sans y prêter attention, et bien sûr étant incapable de les retrouver ensuite puisqu’elle ne les a plus sur le nez !

Une paire, a eu la chance d’être retrouvée alors qu’elle avait été perdue, dans la brousse, à la frontière du Bénin et du Burkina, lors d’un arrêt pipi à la tombée du jour. Heureusement, Françoise lorsqu’elle marque son territoire prend des repères ! Le bus arrêté sitôt le constat de perte effectué, c'est-à-dire un ou deux kilomètres plus loin, un élan de solidarité a poussé beaucoup de passagers à venir participer aux recherches. Les repères retrouvés, les lunettes l’ont été aussi !

Cette fois, les lunettes perdues en Amazonie ne seront pas retrouvées, du moins pas par nous, car qui sait… on peut tout imaginer !

02 mai 2015

Entrée en Bolivie

 



Nous sommes à La Paz depuis quelques heures. C’est une grande ville grouillante, animée, bruyante que nous commençons tout juste à explorer. Nous y sommes arrivés depuis Copacabana par l’altiplano. Là-haut s’étend une banlieue, l’Alto, plus peuplée que la ville et encore plus étendue, et d’une aussi désolante laideur que les villes dont je parlais au Pérou. On peut donc étendre ma triste réflexion à la Bolivie aussi. Pourtant, les premiers jours à Copacabana nous avaient rassérénés. C’est une jolie petite bourgade campée au bord du lac entre ses deux collines. Calme et sereine dès la nuit tombée, peu de véhicules, on s’en est vu pour trouver des taxis, c’est dire ! De là on est parti visiter l’Isla del Sol, à trois heures de bateau environ,
 
le  pendant bolivien des îles péruviennes, en face. On débarque au port nord dans la matinée et on nous récupère dans l’après-midi au port sud, la majorité des gens faisant la balade dite des crêtes, recommandée par les guides. Le chemin, soi-disant inca, monte en pente assez douce, passe par des ruines incas que l’on n’a pas visitées, trop pauvres après ce que l’on a eu la chance de voir, et suit la crête de l’île, offrant des paysages magnifiques sur le lac. L’île est plus aride que Taquilé, bien moins verdoyante et on y remarque moins le travail de l’homme.


Jacques et Jo ont choisi une autre balade, en principe plus courte, mais dont les grimpées étaient finalement plus rudes ! Contrairement à nous, eux ont préféré cette île à Taquilé …

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vendredi 1er mai.

Depuis hier on se balade dans La Paz… Ce matin on a affrété un taxi pour se rendre à « Valle della Luna »  encore une autre vallée de la Lune, un site étrange de cheminées de fées près de La Paz. C’était beau, dans un grandiose cadre de montagne…
 
 
Mais nous avons la chance de connaître la Cappadoce, en Turquie, et Bryce Canyon aux USA, qui sont bien plus beaux et grands… On commence à devenir difficile, on a trop de points de référence, de comparaisons possibles, alors on fait la fine bouche.
 
 Mais La Paz, elle, est une ville étonnante et nous n’en avons encore pas vu de comparable !

Elle est bâtie dans un immense amphithéâtre montagneux que l’on découvre brutalement quand on arrive de l’altiplano. Elle se décline en strates sociales, les plus pauvres en haut, les plus riches en bas. Tout en bas, il y a les gratte-ciel du quartier financier, des affaires. Au milieu, là où nous logeons, le quartier historique, et aussi le centre gouvernemental et administratif, avec  les plus belles bâtisses, de style colonial. En fait, c’est une ville récente, peu de constructions datent d’avant le XIXème siècle.
 
Mais ce qui en fait son charme, c’est l’immense animation qui y règne. Les rues sont transformées en un immense étal, de petits stands qui vendent tout et n’importe quoi.
 
Ce marché se construit dans la matinée, où les vendeurs arrivent portant d’énormes sacs, où poussant dans les rues pentues des diables lourdement chargés, s’installent jusqu’au soir et remballent leur marchandise vers neuf ou dix heures. Entre ces stands louvoie une foule immense, bon enfant, qui s’arrête pour grignoter une douceur, boire un jugo ou une sucrerie, manger une comida debout dans la rue, chez une bonne indienne campée en costume traditionnel devant ses marmites fumantes et qui propose du poulet, bien sûr, des truites, mais aussi des chicharrons ( confit de porc, d’agneau ou …de poulet !) accompagnés de papas (pommes de terre ) sous différentes formes et de l’inévitable riz blanc. L’Amérique du Sud n’est pourtant pas productrice de riz, c’est bizarre cette prédominance du riz dans l’alimentation, non ? Ne serait-ce pas encore une stratégie subtile des chinois pour s’implanter dans ce continent où pour le moment ils n’ont que peu d’emprise ? En tout cas il est difficile d’éviter dans les menus ce fameux petit grain qui nourrit le monde !

Certains s’attroupent devant les écrans télé qui retransmettent des matches de foot aux commentateurs hystériques, ou des novellas débiles, mal jouées mais qui passionnent pourtant. D’innombrables stands proposent aussi des disques, tous les disques et les passent le plus fort possible sur un matériel pour le moins hétéroclite dans une cacophonie assourdissante. Ajoutez-y la ronde incessante des collectivos, petits bus de ville qui vous ramassent n’importe où pour vous amener à la destination indiquée sur leur pare-brise surchargé d’inscriptions et de décorations. Beaucoup sont des petits Toyota, mais il circule encore pas mal de vétérans des US, de vieux Dodge repeints et couverts de gadgets, des Ford, des Chevrolet, j’ai même vu un Fargo qui grimpait vaillamment une forte pente avec un bruit de moteur depuis longtemps oublié. Il devait avoir pas loin de mon âge…

L’air de La Paz, malgré l’altitude n’est donc pas si pur que ça. On  y respire, comme dans beaucoup de grandes villes du monde, beaucoup de vapeurs d’essence, d’effluves diverses ; la différence c’est que l’on y respire souvent par la bouche, nos nez d’européens ne suffisant pas à assurer une ventilation suffisante à cette altitude et que l’on se retrouve vite avec gorge irritée, pharynx enflammé, bronches encrassées… On se nettoiera dans le sud Lipez, c’est encore plus haut mais il n’y a pas de circulation !

 


 Nous avons eu quelques difficultés de connexion à La Paz, ce qui nous a mis un peu en retard. La publication depuis un café est laborieuse!