30 mars 2015

Salta-La Quebrada de Humahuaca

Une petite nuit de bus nous a amenés à Salta, où nous avons été reçus chez Colette et Luc Pujol. Ils ont une très belle maison dans les environs de Salta et se sont révélés des hôtes chaleureux, serviables et attentionnés… alors que nous n’étions que des amis d’amis ! Bravo et grand merci à eux !

I buy you Chevrolet, I buy you Chevrolet, just give me some of your love, girl…
Une reminiscence quand nous avons loué une voiture… (Seuls ceux dont les références musicales remontent à la fin des années 60 pourront apprécier !) Oui, c’est une Chevrolet, non, ce n’est pas une voiture de rêve, ni même bien adaptée  à notre usage, mais elle fera l’affaire.

Dès notre arrivée à Salta s’était imposée une pénible réalité : Nous n’étions pas encore sortis de la saison des pluies qui, cette année, joue les prolongations inutiles. Des nuages bas, lourds, des orages qui grondent et, inévitablement, finissent pas éclater, se diluent ensuite en pluie insistante et une grisaille générale.

A bord de notre petite Chevrolet, on quitte Salta par la route 9, une route qui sinue lentement à travers une forêt tropicale luxuriante, étrange en ces lieux où règnent plutôt l’aridité et le minéral. Au gré des rideaux de pluies et des écharpes de brumes apparaissent des arbres fantomatiques couverts de lianes et d’orchidées, et, parfois, dans une fugitive éclaircie se dévoile un lac, dont l’eau semble se confondre avec les nuages…



C’est très beau et bien trop humide… Quand nous attaquons la Quebrada*, le ciel reste aussi bas, aussi chargé. Pourtant les couleurs sont magnifiques, encore une fois la nature révèle ses talents de peintre, et la richesse de sa palette. Nous nous résignons, en ce premier jour de découverte, à essuyer les assauts du ciel… et nos chaussures avant d’entrer dans notre chambre. Pour nous venger, nous nous offrons une chouette soirée dans un restau de Purmamarca avec musique andine en live, et de qualité.

Le lendemain, nous devions découvrir au bout de longues pistes de petits villages oubliés…  Mais en voyant les rios gonflés d’eau écarlate qui se frayaient un chemin, en creusant, ravinant, éboulant tout sur leur passage, et vu les capacités limitées de franchissement de notre véhicule, nous doutions fort… Très fort !
On démarre pourtant, et sur notre chemin, qui suit toujours la ruta 9, devenue grande route au milieu des montagnes arides, on visite chaque village, chaque église signalée… Après Tilcara, tout change : Les nuages sont restés en bas, on émerge au soleil ! Il fait beau, et chaud, cela fait un bien fou !
 
 On attaque la piste trop en retard pour aller au bout, et un rio encore gros nous fait hésiter et rebrousser chemin.  Les pistes nous écartent très vite de la civilisation. On se retrouve en quelques kilomètres au milieu de rien, d’un paysage magnifique qui ne semble exister que pour nous. Des montagnes aux couleurs changeantes à l’infini et cette petite piste cahotante qui mène on ne sait où…

Les kilomètres semblent démesurément longs, deviennent une unité inadaptée, il faut parler en temps, en heures… et même en siècle tant tout semble figé. Pourtant, quand on croit avoir parcouru trop de chemin, égaré au milieu du vide, apparaît un petit groupe de maisons montées en gros blocs d’adobe, et là, quelques pick-up d’un autre âge, des Ford vénérables qui sortent tout droit d’un film d’Hitchcock, un berger qui conduit son troupeau de chèvres le téléphone rivé à son oreille, des femmes encore en costume andins jupes longues et colorées et chapeau noir, d’autres plus jeunes, en jeans et tee-shirt. Le coca y coule à flots comme ailleurs et la télé y déverse son lot de faits divers développés en longs plans en boucle et témoignages de gens qui n’ont rien vu mais ont beaucoup à dire.


On revient enchantés de nos pérégrinations hors route 9,même si l’on n’est pas allé au bout, au bout du bout, et on redescend sur Tilcara, on passe sous le couvercle de nuages qui n’a pas bougé… On y visite un lieu fameux, une reconstitution de site préhispanique, voire préhistorique, « la Pucara de Tilcara ». C’est en partie, en plus de la beauté de ses paysages ce qui a valu à la « Quebrada* de Humahuaca » d’être classée au Patrimoine de l’Humanité.

Et puis, avant de revenir à Salta, on s’offre notre premier 4000. Il s’agit bien sûr d’un col et seule notre brave petite voiture a fourni des efforts ! 4170 mètres pour être précis bien qu’il y ait des divergences sur l’altitude exacte entre les différentes documentations.
 N’importe la route était superbe, le paysage immense, du sommet on aperçoit le grand salar, le plus grand d’Argentine. Mais le temps nous est compté, ce soir on doit être à Salta pour récupérer J&J à l’aéroport. Alors un fois de plus demi-tour à mi-descente et retour sous les nuages !

Quebrada : C’est une vallée… Et aussi, je crois, la route qui y passe, c’est en quelque sorte La Voie !



Quelques photos en plus.... Pour rêver.








 

22 mars 2015

Ischigualasto

Notre premier parc argentin, et une pure beauté. L’étrangeté de ce parc est sa variété, variété visuelle, car du point de vue géologique, comme nous l’a longuement expliqué notre guide en espagnol, il est du trias mésozoïque, période riche en fossiles, ce qui est aussi une des raisons de son classement au patrimoine mondial de l’humanité.

Surtout, au fil de la piste sur laquelle les véhicules se suivent en cahotant, on découvre un spectacle qui se renouvelle sans arrêt. Des concrétions aux formes étranges, une féerie de couleurs changeantes, des cheminées de fées, des perles de pierre, et toujours ces murailles rouges qui nous encerclent, s’éloignent ou se rapprochent au gré du circuit.
 Le paysage est étrange, Ischigualasto signifie Vallée de la Lune, en je ne sais quelle langue oubliée et il porte bien son nom. On se sent ailleurs, loin, très loin, et peut-être même pas maintenant…
Ce sentiment d’irréalité est à peine masqué par le guide qui, volubile, donne des explications sans fin à un public distrait qui n’écoute plus que par les yeux…
Les mots étant impuissants à décrire ce spectacle, je vais pour une fois, laisser davantage de place aux photos…












Aventure à Villa Union


C’est depuis une jolie terrasse de café à La Rioja, que je commence à écrire cet article… La Rioja… Encore ?? Quel est ce voyage, où on revient sans cesse de là où on est parti ? Hé bien, oui, on est de retour à La Rioja !

Mercredi, le 18, nous sommes repartis de Mendoza, et avons enchainé les bus pour arriver à Villa Union tard le soir, sous un ciel d’orage menaçant. Là, nous avons enchaîné les hébergements provisoires, d’abord en arrivant, une nuit dans une « cabanas » très bien, mais qui ne pouvait nous garder, puis deux nuits chez les « cabanas » voisines, qui eux aussi ne pouvaient nous loger davantage. Nous voulions depuis cette base visiter les parcs de Talampaya et d’Ischigualasto, classés tous deux au patrimoine de l’humanité, des parcs à ne rater sous aucun prétexte selon les guides.

Villa Union est le village le plus près de ces deux parcs mais le pays est si grand qu’il y a quand même quelques heures de route à prévoir pour effectuer le circuit. A l’agence locale de voyage, on fait la connaissance d’Aline et de Jordi, avec qui, très vite, nous sympathisons. On va en fait passer les jours suivants ensemble , à goûter, sans beaucoup de modération, les vins argentins de la région, à discuter et refaire le monde tard le soir, et bien sûr, à faire ensemble cette magnifique excursion.

Le vendredi quand le joli Touran VW de l’agence vient nous prendre, le matin est déjà chaud et des nuages d’orage se profilent au loin.
Notre premier guanaco
On file sur Ischigualasto, le plus loin des parcs, l’autre site est prévu pour l’après midi. Cette visite est magnifique, une richesse et une variété de formes géologiques étonnantes…
(Une visite tellement belle, qu’elle mérite amplement un article et plein de photos pour elle toute seule !)
 L’orage éclate à la fin de la visite, le parc est fermé derrière nous, la piste devenant vite impraticable. On fonce sur Talampaya et là on apprend que la visite du canyon est suspendue, le rio a grossi, on ne peut plus passer… On apprend aussi que la route de retour à Villa Union est coupée, un rio ayant emporté la chaussée provisoire d’une partie de la route. (Depuis cinq ans, la vraie route a été emportée et on passe à gué, à côté, le plus souvent à sec, il est vrai !)

Quand on arrive sur les lieux, on se rend  vite compte de l’ampleur des dégâts !
Des engins sont déjà à l’œuvre, mais on imagine mal pouvoir passer avant longtemps ! Évidemment, c’est la seule route possible… Pourtant on va avoir droit à une belle preuve d’efficacité. Le gros bull va et vient, crée un barrage provisoire, comble les énormes failles de la chaussée, l’aplanit et trois heures plus tard les premiers véhicules commencent à passer, un par un. Nous sommes assez loin, malheureusement, et juste au moment de nous engager, la situation devient trop critique, le barrage menace de céder, nous sommes à nouveau bloqués. On observe la lente poussée de l’eau, un quart d’heure plus tard la digue cède, l’eau s’engouffre, arrache tout le travail effectué… On attend que s’écoule le flux furieux.

Le bull a une roue crevée, il faut réparer. Un tracto- pelle prend courageusement le relais, amène petit à petit des collines de sable pour refaire le barrage. Le rio s’apaise enfin. Tout le monde surveille le ciel, espérant qu’il n’y ait pas d’autre orage. Le bull reprend son ouvrage et pousse le sable accumulé, le barrage reprend forme, cette fois un peu plus haut, un peu plus large… Pendant ce temps l’autre engin, une nouvelle fois, tente de remblayer la chaussée en contrebas. Las, il s’enlise, menaçant même de verser complètement ! Et bloquant le passage ! Notre espoir retombe en même temps que lui… Mais le gros bull, imperturbable et mené de main de maître, poursuit son travail, le barrage s’élève, s’aplanit, devient route, certes un tantinet incertaine, mais route quand même !

Encore quelques finitions et nous sommes les premiers à passer sur cette nouvelle voie ! Ensuite la route est dégagée,
nous retrouvons nos cabanas où nous fêtons joyeusement cet épisode avec nos nouveaux amis en vidant quelques bouteilles et commentant abondamment ce que nous avons vécu !
Le lendemain reste incertain… On regrette de ne pas avoir pu visiter Talampaya, mais attendre ne sert à rien, on décide de rejoindre La Rioja, puis Salta aussitôt que possible.
On passe le samedi matin à se renseigner…A  essayer de se renseigner. Heureusement l’espagnol de Jordi est bien meilleur que le nôtre ! Les bus du matin ne sont pas passés, la route, les routes sont de nouveau coupées. Évidemment pas de connexion internet depuis que les premiers orages ont eu lieu, depuis notre arrivée en fait ! A la gendarmerie, on nous assure, si ! si ! Que la route de la Rioja sera de nouveau ouverte vers 11h00 et que le bus de l’après-midi pourra passer. Voyant que nous sommes français, le gendarme aimable nous invite à venir voir les carcasses calcinées des hélicoptères qui se sont fracassés tout près d’ici ! Un bien triste spectacle que ces tôles froissées, noircies, qui forment d’étonnamment petits amas...

A 16h 30, comme promis, le bus de 15 heures démarre…Aline et Jordi, qui filent ensuite sur Mendoza et Valparaiso, le prennent aussi, la route de San Juan, plus courte leur paraissant plus incertaine.
 
Au passage on voit que le barrage a été renforcé, le tracto-pelle sorti de sa fâcheuse position et nous arrivons à la gare routière de La Rioja vers 20h30. On a bien roulé ! On s’achète des billets pour Salta, départ demain, dimanche soir, on boit un dernier coup tous ensemble, et après un petit tour en taxi, on arrive à l’hôtel Avenida dans lequel il reste une chambre ! Ouf ! On ressort, et on se paie un bon repas de …bœuf ! Bien sûr ! Retour à l’hôtel, où miracle de la semaine, la connexion fonctionne, un peu de courrier, le blog sera pour le lendemain.
Aujourd’hui, dimanche, les journées de voyage qui ne servent à rien, ou si peu… Une journée à attendre, la visite de la ville se bornant à faire cinq ou six fois le tour de la Place Centrale, très jolie, très agréable, mais bon… La ville est morte, dimanche oblige, on passe encore un peu de temps à trouver un restau ouvert, on passe de café en café et j’en profite pour désankyloser un peu l’ordinateur…
Demain Salta et rencontre avec Luc, un ami d’André et Lou qui nous ont mis en contact…

Mendoza, le retour…

Nous voilà de retour à Mendoza ! Vous êtes surpris, n’est-ce pas ? Vous vous dîtes, pourquoi cet aller retour ? L’un d’entre eux avait-il oublié sa brosse à dents à l’hôtel ?


 Mais non, on vous avait promis des photos de Mendoza, promesse non tenue à cause d’une SD carte récalcitrante, alors, pour vous pour tenir notre engagement moral, nous voilà de nouveau au Petit Hôtel, si, si, c’est son nom, et comme promis nous pourrons y joindre de BEEEElles photos.
 

 

Ce retour nous a permis de plus de refaire la route des Andes dans l’autre sens, et c’est aussi beau qu’à l’aller.


Bon, pour tout vous dire, on avait espéré faire une boucle au Chili et rejoindre l’Argentine plus au nord, par un col improbable, tellement improbable qu’il n’y a aucun bus qui y passe. Il nous a donc fallu nous résoudre à l’aller retour et depuis Mendoza, rejoindre Villa Union, où nous serons ce soir tard. Aujourd’hui, comme hier d’ailleurs, sont des journées bus, des journées de liaison. Les distances sont toujours longues, mais les bus sont confortables et les paysages défilent sans à coup. La liaison Mendoza- La Rioja, ce sont d’interminables lignes droites au milieu de la pampa, les contreforts de la Cordillère à l’horizon, et quelques pueblos perdus au milieu de nulle part. On se demande si la ruta nacionale 141 ne concurrence pas rudement sur ce plan la highway 50 au Nevada ! (Cela, c’est pour vous inciter à lire ou relire notre blog précédent !) Départ ce matin 8 heures, arrivée à la Rioja vers 17h00, on attend le bus pour Villa Union, départ prévu vers 19H00 pour une arrivée à 23H30… Ensuite il nous faudra trouver un hôtel…

Hé oui ! Voyager c’est se lever tôt et se coucher tard, et aussi se laisser guider par le hasard, l’improvisation. Nous pourrons, je l’espère, nous reposer un peu à Villa Union, où nous allons rester deux ou trois nuits avant de filer sur Salta. Au programme, les visites des parcs Talampaya et Ischigualasto, un peu compliqués à atteindre, il faudra voir… et trouver !

Pour ceux qui aiment la chronologie… Aujourd’hui c’est le mercredi 18 mars, il est 18h00 heure locale, nous profitons de l’attente dans la gare routière de La Rioja pour faire nos petites écritures, mais la publication, elle, sera soumise aux restrictions de l’accessibilité à internet !

Depuis l’écriture de cet article plein, plein de choses à raconter, car nous avons été privé d’internet plusieurs jours… Mais pas d’impatience, vous saurez tout, bientôt, lorsque j’aurai eu le temps d’écrire dans un autre coin de gare routière, ou calé dans un fauteuil de bus, les doigts cherchant les bonnes touches entre deux cahots de la route !

17 mars 2015

La route des Andes et Valparaiso



Notre magnifique bus de « l’Andesmar » nous prend en charge au terminal de bus de Mendoza. A nos yeux ce terminal tient plus de l’aéroport moderne que de la gare routière. Il est immense, propre, calme, bien organisé… Décidément, les voyages en Afrique nous collent un peu trop à l’esprit !
 
La route s’élève tranquillement depuis les vignobles plantés de Malbec, jusqu’aux premiers contreforts puis plonge droit sur la Cordillère. Des paysages de montagne d’une incroyable diversité s’offrent alors à nous. La palette  de formes et de couleurs est d’une richesse qui comble les yeux !

On passe de parois si blanches que l’on aurait cru de la neige, à un jaune d’or brillant, sans oublier toute la gamme des ocres, jusqu’à un  rouge  du  plus bel effet sous le soleil et le ciel bleu qui le fait chanter. Sur notre droite, l’Aconcagua, fier et puissant, se couronne de blanc et nous domine de loin…
 
 

C’est vraiment une belle route, une très belle route où l’on aurait souvent envie de s’arrêter pour contempler, faire une petite photo… Mais le bus file, indifférent, imperturbable, il file vers le but qu’il s’est fixé. Au loin Valparaiso nous attend.
 

Alors la route s’abîme vers l’étroit Chili en une séries de lacets vertigineux ; on retrouve vite des vergers, des champs et la terre se repeuple, les maisons apparaissent, se serrent, l’océan se découvre bientôt et voilà la ville.

Valparaiso, quatre petites syllabes qui chantent dans nos têtes, nos cœurs, Valparaiso un nom mythique à faire rêver. On imagine encore les grands cap-horniers toutes voiles dehors, les tavernes de marins tatoués…
juste en dessous de notre hôtel Casa Verde Limon
 
 Il ne faudrait jamais confronter les mythes à la réalité… Les mythes s’écroulent et la dure réalité reste. Valparaiso n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut : Il en reste une ville déglinguée, au charme désuet qu’il faut aller chercher dans certains quartiers, une ville sale et indolente qui se réveille le soir et plonge dans l’ivresse de l’alcool et de la musique. Elle se réveille au matin jonchée, souillée des déchets de la triste fête. C’est alors, dans les rues désertées, le règne des chiens errants qui fouillent sans vergogne en bandes folâtres les poubelles des hommes.

 

Les marins tatoués n’hantent sans doute plus les bouges, alors la ville elle-même s’est tatouée. Chaque pan de mur, chaque devanture se sont couverts de graffitis, de tags et de peintures. Le street art règne en maître et est devenu le logo de Valparaiso.
 



 
 

Bribes...


Valparaiso cité déchue…

Nous y sommes arrivés un vendredi soir…  Beaucoup de  commerces étaient déjà fermés pour le week-end, devantures baissées et les rues n’étaient que de mornes alignements de tôles inévitablement recouvertes de toutes sortes de graffitis, reflétant des talents divers. Dans les rues jonchées d’ordures et de déchets divers, erraient des groupes à la recherche d’on ne sait quoi…

La nuit tombait, nous cherchions en vain de quoi nous nourrir, cette première vision de la ville était inquiétante, une atmosphère glauque un peu comme dans les films post-apocalyptiques. Le retour à l’hôtel et notre première nuit n’ont pas contribué à modifier ce point de vue. A l’hôtel se côtoient des clients d’origines diverses mais dont la moyenne d’âge est d’une indécente jeunesse. Nous y sommes, comment dire… un peu en décalage ! Un groupe de jeunes américains mène grand tapage autour de bouteilles de vin chilien, et tous sortent participer à une sorte de concert d’impros dans la rue devant l’hôtel et sur la placette qui fait face à l’entrée. Un jumbee scande interminablement la nuit, un saxo tente parfois de l’accompagner, une guitare, un harmonica, des voix s’y mêlent. Au fil des heures, elles s’éraillent, s’alcoolisent. Au petit matin la scansion folle s’arrête enfin, les jeunes rentrent bruyamment, ils sont seuls avec eux-mêmes, dehors ne subsistent que quelques voix inarticulées tentant vainement de dominer celles du concert des chiens errants qui vient de prendre la relève. Quand nous sortons un peu plus tard, la place, la rue, le quartier sont couverts de bouteilles vides, de verre brisé, de canettes, contenant en tous genres, sacs plastiques, papiers gras. Les chiens par dizaines fouillent prudemment ces restes humains et parfois lèvent la tête et se mettent à aboyer…

Les jours suivants, nous explorons la ville, partons à l’assaut des multiples collines, montons d’innombrables escaliers, découvrons des « paséos » charmants, aux maisons multicolores. Notre impression première se modère. Valparaiso est une vieille dame, malmenée par la vie, elle s’est flétrie, abimée et elle tente, en repeignant ses murs aux couleurs du street’ art de se redonner une nouvelle jeunesse. Mais ses maisons se ruinent, leurs façades décorées cachent des intérieurs délabrés squattés par d’innombrables mendiants, ou bien accrochées aux collines, leurs tôles battent au vent du large, comme des bateaux d’antan en partance pour un ultime voyage. Par îlots subsistent quelques maisons bien retapées, des bâtiments historiques à l’architecture austère, que l’on montre aux touristes, ceux qui viennent avec des guides dans des minibus aux vitres teintées. Pour les autres, pour nous, on le sait bien le fard, même outrancier, ne répare pas les outrages du temps.

Mais il nous reste, et ce n’est pas rien, cette incroyable exposition vivante, colorée qui a envahi une ville morte, il reste ces cohortes de jeunesse bigarrée, venue de toute part, pour se repaître d’une nostalgie étrange ; entre beat génération de Kerouac, et monde hippie de 68, il flotte ici comme des remugles du flower power. J’ai vu un slogan, taggé sur un escalier : « we are not hippies, we are happies »… Je me suis demandé ce qui était le plus vrai, de la négation ou de l’affirmation, et pourquoi il fallait le dire si fort, comme pour s’en convaincre soi-même. Les deux ne sont d’ailleurs pas antagonistes, j’ai même, il y a longtemps, connu des hippies heureux !

Je finis d’écrire cette bribe, sur la table commune de l’hôtel, coincé entre deux danoises qui apprennent l’espagnol sur des petites fiches, quelques américains et allemands rivés à leurs tablettes et leurs smartphone, les français sont en vadrouille.

14 mars 2015

Premiers pas…

Nous découvrons l’Argentine à Mendoza, une grande ville plate qui s’étire dans la plaine et les vignobles au pied de la Cordillère que l’on aperçoit au loin, nimbée de nuages, juste avant d’atterrir. Une ville sans grand intérêt d’ailleurs, moderne, aux rues tracées au cordeau, une ville rectiligne et orthogonale… mais riche d’arbres et d’espaces verts, de squares et de places, d’immenses avenues bordées de platanes majestueux, des palmiers qui se cachent au détour d’un jardin, une ville où l’on a pris plaisir à se balader sans but. Une ville à flâner et à sourire aux gens qui vous sourient eux aussi. « On dirait le sud, la vie dure longtemps… » , un soupçon de nonchalance, un zeste d’élégance décontractée,  une ville d’Europe détendue, l’ambiance nous plaît… Nous ne faisons qu’y passer, il n’y a rien d’autre à y faire, mais c’est un passage agréable et nous y repasserons, à notre retour de Valparaiso.
(Pas de photo pour cet article... Elles ont été prises, mais nous avons eu un problème de lecture de la carte SD... Hé oui! Ça arrive! )

Bribes

Hablo espaῆol…
Premiers pas en Argentine, mais surtout, premiers mots. On s’en doutait, on le savait même, on l’avait lu, on nous l’avait dit, même si, confusément, on le niait, mais c’est vrai, indubitable : Ici, les gens, tous les gens, parlent espagnol… sauf nous !
On a fait des efforts, pris des leçons, répété les phrases toutes faites, on était même fiers de nous, mais sur le terrain c’est, comment dire… Un peu juste ! Les argentins sont gentils, ils répètent, lentement, en simplifiant, et on finit par les comprendre. Nous aussi on parle lentement, une langue simple, très simple même, les raisons en sont différentes ; on cherche encore les mots dans notre maigre vocabulaire, on les assemble dans une syntaxe minimaliste, on les prononce avec un large sourire et un soupçon d’inquiétude… La phrase va-t-elle produire son effet ? Être comprise ? Car, en général, c’est le but d’une langue : Produire un échange, véhiculer des informations…
Pour le moment, on se contente du minimum touristique, manger, boire, dormir, se déplacer, on va y arriver, on y arrive ! La communication s’établit, balbutiante, inachevée, complétée par la mimique latine que l’on maîtrise naturellement. On refoule les mots d’anglais qui montent trop spontanément aux lèvres, ici, les gens n’apprécient pas trop les gringos et on cherche, on essaie et finalement, si si ! Claro ! On nous comprend ! Bien sûr, pour les débats d’idées, les échanges philosophiques  contradictoires, on va attendre notre cours d’approfondissement.

04 mars 2015

La carte!!

Comme promis à l'épisode précédent, voici une carte, très prévisionnelle de notre futur itinéraire...
A suivre...ou à modifier au gré des circonstances, des possibilités, des envies!


Vu l'échelle, pour plus de précisions, vous serez bien obligés de nous lire!
La suite de là-bas, peut-être de Mendoza, notre première étape!

02 mars 2015

Bientôt l'Amérique du Sud!!



Nous y voilà presque ! Nos rêves prennent forme, déjà, le voyage chemine en nous, nous imprègne, nous envahit. Bientôt, dans quelques jours, quelques jours d’impatience et d’affairement, nous décollerons pour ce voyage niché en nous depuis déjà pas mal d’années. Il nous a fallu le mûrir, l’économiser, l’imaginer, le négocier…
L’Amérique du Sud !! Tout un continent, un vaste, un immense continent. Au début, une soif insatiable nous étreint, on veut tout, tout voir, tout parcourir, ne rien négliger. On pose des destinations sur le papier, des calendriers de possibles, puis on commence par restreindre, on rechigne à rétrécir, on concède petit à petit, on devient réaliste, presque, on garde une part, une petite part de trop et naît le projet final, celui que l’on va tenter de réaliser.
On a gommé les extrêmes pour harmoniser un large projet central… (Non, ce n’est pas un programme politique dont je vous parle, mais bien de NOTRE voyage !)
Exit, Ushuaïa et la Terre de Feu, Chiloe et les iles du Sud, exit la Pampa et Buenos Aires, oublié le nord du Pérou et ses vastes forêt amazoniennes, délaissé complètement tout le nord du continent et cet autre immense pays qu’est le Brésil… On ne peut pas aller partout !
Les Andes argentines, des sommets, des canyons, des villages perdus, puis le Chili et l’Atacama, si désert, un peu de côte sauvage, histoire de voir le Pacifique et l’on remonte au Pérou, Macchu Picchu, Titicaca, on saute en Bolivie, une petite excursion en forêt pour ne pas être en manque de moustiques, et l’on retourne sur l’Altiplano, haut, froid et désert, mais si beau parait-il… Une longue boucle à faire rêver, aux noms qui chantent dans l’imaginaire, une longue boucle qui commence et se termine par des échappées, l’une sur le Pacifique à Valparaiso (Juste Françoise et moi, au début) l’autre vers les chutes d’Iguazu, près de la côte Atlantique…
On vous montrera la carte, promis, on vous montrera des photos, je vous raconterai….
Au gré de nos haltes, de notre temps et de nos accès internet !
Si vous voulez bien me suivre….