16 janvier 2022

Le Caire-Louxor- Dendérah- Abydos


 

    Nous avons finalement choisi de quitter Alexandrie, sa pluie et sa mer grise et de passer une journée supplémentaire au Caire, où nous avons visité le Musée National des civilisations Égyptiennes, tout neuf, tout beau, inauguré en grandes pompes il y a quelques mois au cours d’un fantastique défilé qui a transféré les momies royales de l’ancien au nouveau musée. 

 Nous n’étions pas là pour la parade, mais le résultat est très beau. Pas les momies, qui restent des momies, bien présentées, bien arrangées, bien expliquées aussi, avec leurs boîtes décorées posées à côté, mais plutôt le musée par lui-même. Une conception moderne, par thèmes, qui brouille un peu la chronologie mais qui présente la civilisation égyptienne sous des aspects nouveaux. Nous avons beaucoup aimé ! 

Il y a en particulier une présentation genre sons et lumières qui est très belle ! La balade dans le quartier copte et la visite de l’église Saint Serge ont complété la journée.

Après un petit déjeuner à l’aube, l’avion d’Egyptair, nous a posé à Louxor, en une heure de trajet. Nous voilà pour trois jours, au bord du Nil, au cœur des plus beaux vestiges de l’Égypte ancienne. La fameuse XVIIIème dynastie, y a bâti à profusion, temples et tombeaux pour faciliter son passage dans l’au-delà. Nos guides, nous avons quitté Yosri pour Mohamed, connaissent sur le bout des doigts la généalogie des pharaons et leurs rapports compliqués avec leurs dieux. Nous essayons vaguement de retenir quelques notions de base, Françoise s’essaie même à la lecture des hiéroglyphes simples !

Karnak l'alignement des béliers

    Karnak, gigantesque ensemble, nous a causé un premier choc. Une forêt de  colonnes énormes, serrées, parfaitement alignées, des obélisques pointés droit dans le bleu du ciel, des statues hiératiques, au regard insondables et des cartouches mystérieux qui racontent aux érudits qui les déchiffrent, une histoire vieille de 3500 ans.

 

    Le site est suffisamment vaste pour que les nombreux groupes russes arrivés en même temps que nous, mais repartis bien avant, nous aient à peine gênés. Chance ! Les chinois ne sont pas encore revenus !


    

Le temple de Louxor est très beau lui aussi. Plus petit, avec une belle façade aux six grandes statues, il présente des restes de fresques peintes qui ont résisté au temps, des gravures d’une finesse remarquable et bien sûr des statues de Ramsès II ! Un pharaon très connu qui n’a pas bonne presse auprès de nos guides. D’après eux, ils le nomment l’usurpateur, il apposait son cartouche sur tout ce qui avait été construit avant s’appropriant ainsi les constructions de ses prédécesseurs. Il collait ses statues de partout, imposantes, et a même prétendu être déifié de son vivant, ce qui, avouez le est un comble ! Mais, à sa décharge, il est mort à 98 ans (à peu près) a eu 36 femmes et 195 enfants ! Ce qui, en plus de ruiner la sécurité sociale, peut conférer une mauvaise idée de sa propre grandeur !



    Depuis Louxor une excursion d’une journée nous a emmenés au Nord de la ville, à travers campagne et désert pour visiter deux sites importants, Denderah et Abydos.  La route était longue mais elle nous a permis de voir un peu à quoi ressemble le pays. Un désert proche qui devient un gigantesque chantier, avec des villes nouvelles qui poussent pour désengorger les anciennes et des zones rendues artificiellement à la culture du blé grâce aux eaux des nappes phréatiques profondes censées nourrir la prolifique population. J’ai découvert que la ville de Qena, proche du site de Denderah, que je pensais être un gros bourg commercial est en fait une mégapole de près de 11 millions d’habitants… Comme quoi, mes notions de géographie sont à revoir !


    Denderah, magnifique site qui date surtout de l’époque ptolémaïque, (Cléopâtre et son Jules. Il y a ici la seule représentation de cette belle reine qui a épuisé pas mal d’hommes !) avec des peintures de plafond magnifiquement conservées, des fresques et des bas reliefs d’une admirable finesse de gravure ainsi qu’un cercle du zodiaque qui prouve les grandes compétences astronomiques et mathématiques des anciens égyptiens. Françoise y a enrichi son vocabulaire hiéroglyphique de quelques signes et moi ma culture des dynasties de quelques-unes supplémentaires : Il y en a eu 32 en tout ! Sur plus de 3000 ans ! En fait c’est une des plus longues et des plus riches civilisations que le monde ait connu.


    Abydos, un autre grand ensemble date lui surtout de la célèbre XVIIIème dynastie, le temple principal est celui de Sethi 1er qui a été complété et surtout récupéré par son fils, le susnommé Ramses II. D’admirables chapelles, aux fresques délicates nous racontent l’histoire d’Isis et d’Osiris son infortuné mari qui fut tué et ressuscité avant d’être définitivement tronçonné en 42 morceaux par son frère l’infâme Seth ! On y voit aussi la table d’Abydos, liste presque complète des pharaons… jusqu’à Sethi, bien sûr ! Il n’a pas réussi à anticiper les 14 dynasties suivantes, mais a oublié, volontairement quelques rois et reines qui n’étaient pas en odeur de sainteté auprès du clergé. Ecartée, Atchepsout le faux roi qui était une femme, écartés Akhenaton qui avait voulu fonder une nouvelle religion ainsi que Touthankamon, je ne sais pas pourquoi !

Comme vous le voyez, nous sommes en pleine imprégnation culturelle. Nous voyons des merveilles que nous ne soupçonnions plus, l’esprit bloqué sur les pyramides, les obélisques et le gigantisme des monuments. Mais nous voilà subjugués par la finesse des représentations et surtout le haut degré de symbolisme qu’elles expriment. Je dois dire que la qualité des guides qui nous racontent l’histoire de ces personnages et de leur monde disparu, est essentielle pour en ressentir toute la richesse.

Sinon, on prend l’habitude de se lever tôt, il fait beau et frais, on mange correctement quoique peu varié et on apprécie beaucoup ce voyage !

Demain, après des visites matinales dans la vallée des Rois et des Reines, on embarque sur la Dahabeyha…

La suite au prochain numéro…


Le désert au retour d'Abydos










13 janvier 2022

Giseh- Alexandrie

 


Le plateau de Giseh… C’est LE site emblématique de l’Égypte, avec ses trois pyramides gardées par l’impassible sphinx, avec la phrase de Napoléon : « Soldats, du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent »… Et bien oui, nous y étions .

Au grand désespoir de toute la petite population qui en vit, nous étions presque seuls sur l’immense site. Les chameliers tournaient en rond, les calèches aux chevaux fatigués restaient garées dans un coin et les vendeurs de pacotille palabraient avec les gardes et la police qui se tournaient les pouces. Mais pour nous, quel plaisir ! Le ciel était bleu, les immenses monuments se découpaient dans le ciel, couronnés par un cercle de rapaces. Ils devaient trouver de bons courants ascendants grâce au petit vent frisquet qui nous avait fait garder nos blousons.




    Majestueux, imposants, c’était l’effet souhaité par les pharaons constructeurs, effet réussi, même 45 siècles plus tard… Oui, je crois que Napoléon s’était trompé, ou il avait arrondi, mais il est vrai que l’on n’en est plus à quelques centaines d’années près ! Khéops, Kephren et Mykérinos… Nul ne sait plus ce qu’ils ont fait ou pas fait de leur vivant, c’est leur passage dans la mort qui a marqué le paysage pour une presque éternité. Au pied de ces monuments, quand on regarde les énormes blocs qui les constituent, pour certains amenés de fort loin au prix d’efforts considérables et d’une grande ingéniosité, on se dit que la mégalomanie de certains de nos dirigeants passés ou présents est bien dérisoire comparée à cette foi capable, réellement, de déplacer des montagnes ! Le sphinx, lui, m’a par contre un peu déçu… Et oui, d’abord il est tout petit comparé aux pyramides. Même s’il est une ou peut-être la plus grande statue jamais réalisée. Et puis il a la pelade… Cela arrive parfois aux très vieux lions, il paraît. Pelade que l’on soigne par un très laid cataplasme de petites pierres de parement, complètement déplacé, et qui, de plus a nécessité la mise en place d’un échafaudage sur tout un flanc de la vieille bête. Bon, il reste mystérieux,  énigmatique et fortement symbolique. D’ailleurs on l’a quand même pris en photo, non mais !

















    Au Caire, nous sommes aussi allés à la rencontre d’un peu de monde. Les sites touristiques étant désertés, il nous a fallu nous balader dans le vieux Caire pour voir du monde. Et là, il y en avait ! Au milieu de l’incessante circulation, bruyante, chaotique, anarchique, les gens vivent, commercent, sourient, discutent fort et osent même traverser les rues ! La sharia El Mouiz, artère principale du vieux Caire islamique, s’orne de multiples mosquées, certaines façades sont magnifiques, de toutes les époques, des madrasas, un hammam, et beaucoup de wakala, qui étaient dans le temps, des sortes de fontaines publiques où l’on pouvait venir puiser l’eau.  Cette balade nous a tellement plus que l’on a déprogrammé certaines des visites d’Alexandrie pour pouvoir la prolonger, par exemple dans le quartier copte qui est lui aussi très intéressant, d’après les guides. 

La journée s’est terminée par la visite d’une partie du Musée Egyptien.

Le vieux. Car il y en a un neuf ! Mais il n’est pas encore ouvert… Depuis 2015, cela traîne, on ne sait pourquoi… Problème de bakchich ? Problème technique ? Il ne faut pas se moquer, chez nous aussi, certains grands chantiers ont pris beaucoup de retard ! En tout cas, ce musée, un peu poussiéreux, à l’ancienne, recèle des trésors, des merveilles. Les anciens égyptiens ne savaient pas seulement entasser d’énormes blocs de pierre, ils étaient aussi capables et ô combien, de travailler dans la finesse, dans la sublime délicatesse. Des gravures, des bijoux, des parures, des décors de sarcophages d’un travail admirable. Nous y avons passé un long moment. Il y a même, exposé, une partie du trésor de Toutankhamon, que nous n’avions pas eu l’occasion d’admirer à Paris ! Le reste est déjà installé dans le nouveau musée ou en voie de déménagement.







La visite d’Alexandrie, le lendemain, ne nous laissera pas d’impérissables souvenirs. Est-ce la pluie qui nous a contrariés, ou, plutôt, la pauvreté relative des sites ? Des catacombes romaines assez communes, un théâtre romain étriqué, une colonne de Pompée plantée au milieu d’un champ de ruines, un fort du XIVème siècle…. Seule la nouvelle bibliothèque Alexandrina nous a ravis. Elle a à peine vingt ans et se pare de tout l’éclat architectural de sa jeunesse. Un magnifique ouvrage moderne, dû à des architectes norvégiens qui ont su allier magnifique modernité, sobriété des matériaux et symbolique des ères passées.


Du coup, nous allons repartir un peu plus vite d’Alexandrie, et gagner une journée de plus au Caire !

La suite prochainement…A bientôt



















Bribe

 

le bakchich

Le pourboire est une caractéristique élevée au rang d’art dans le monde égyptien. Le bakchich n’y est pas seulement monnaie courante, il y est de règle. Il n’y est pas non plus de monnaie sonnante et trébuchante car il est fait de petits billets soigneusement pliés, que l’on glisse d’un creux de la main à une autre. Aucun service n’y échappe. Il est universel et s’applique à tous. Avec notre guide Yosri, nous allons dans une pâtisserie, dont il veut nous faire goûter les merveilleux petits gâteaux. La serveuse reçoit un petit pourboire… Un des flics omniprésents près des sites touristiques contrôle la voiture, il a droit lui aussi à son obole. Le gardien de la mastaba décorée à qui l’on donne une vingtaine de livres (environ un euro) peut ainsi se faire une très belle matinée, en douce, s’il y a une centaine de touristes qui en font autant ! Yosri nous explique que les pourboires multiplient la base salariale d’un facteur de quatre à dix suivant les métiers et les endroits où ils sont exercés. Évidemment les emplois du secteur touristique sont les plus concernés, mais aucune activité n’y échappe.  Nous allons nous y faire, mais c’est encore moins dans nos habitudes que le marchandage !

12 janvier 2022

Egypte

 

Saqqarah


    Presque partis… Un voyage placé jusqu’au bout sous le signe de l’incertitude ! Partira, partira pas ? Rien ne dépend de nous, malheureusement, sinon le choix serait déjà fait depuis longtemps, mais nous sommes placés sous l’effet conjugués d’une double contrainte médicale. Une pandémie qui, vague après vague, altère le monde que l’on connaissait. Elle grignote les plages libres, ronge les fondations que l’on croyait solides, oblige à se prémunir, à élever de dérisoires murailles de sable. D’autre part une maladie qui s’installe, avec laquelle il faut composer et qui impose son agenda. Nous aurions aimé partir plus tôt, à l’automne par exemple, mais une radiothérapie a pris la place des balades le long du Nil… On se couvrira davantage, le soleil sera plus clément, qu’importe : l’essentiel reste de pouvoir partir, découvrir et rêver. L’Egypte… On se devait d’y aller, nous nous étions réservé ce voyage pour nos vieux jours. Et bien, nous y sommes !


Pyramide Romboïdale à Dahshur


le Sphinx à Memphis

    Les pyramides, bien sûr et les tombeaux des pharaons, les grands temples d’Amon, croisière sur le long fleuve en dahabeyya, tous les plus beaux sites et aussi une escapade dans le désert lybique. J’ai trouvé une agence à Louxor qui a accepté de me bâtir le voyage que j’avais dessiné. Enfin j’espère, car le moins que l’on puisse dire est que notre contact là-bas reste dans un flou artistique. Tout est dans la confiance et quelques messages Whatsapp ! Pas de contrat, pas de planning détaillé, ni de description des prestations…Surprise ! Nous ne partons plus sacs à dos, nos dos n’y résisteraient plus, mais il reste dans cette impréparation, un soupçon d’aventure et d’improvisation qui me plaît et m’inquiète à la fois ! On vieillit, n’est-ce pas ?



Pyramide Rouge de Snéfrou à Dahshur

Pour la première journée, on s’est offert un symbole : des pyramides ! Pas encore les plus grandes, les plus célèbres, mais des vraies, un peu plus au sud, plus anciennes, des essais, des brouillons en somme. La pyramide rhomboïdale du site de Dahshur, accompagnée de celle de Snefrou… Dans celle-ci, nous avons visité le tombeau. Une plongée sous la masse de pierre dans un étroit tunnel. Cassés en deux dans l’escalier, on est très heureux de déboucher dans le tombeau ! Lui au moins est haut, très haut de plafond ! Une sorte de pyramide à l’envers… Ensuite, il faut remonter…

Puis le site de Sakkarah. Célèbre pyramide à degrés, tombeau du pharaon Djeser. Là encore, c’est tout un ensemble monumental, avec d’autres pyramides, des mastabas (tombeaux de notables, non pyramidaux, mais parfois richement décorés), un hall d’entrée en colonnade, un petit musée… On ne visite que certains lieux, ceux qui sont ouverts, ou qui ouvrent moyennant un bakchich.

Descente dans la Pyramide rouge 

 Pour autant, bakchichs ou pas, la découverte de l’Egypte antique est passionnante ! La finesse de gravure des hiéroglyphes dans le tombeau sous la pyramide écroulée d’Ounas, la beauté de certaines statues en albâtre, d’objets sculptés en pierre il y a 5000 ans nous a stupéfiés. Et nous ne faisons que commencer notre apprentissage de cette longue civilisation ! Nous ne nous sommes pas donné comme but de devenir des experts en égyptologie et de savoir par cœur les noms des souverains des 25 dynasties, ni de savoir déchiffrer les cartouches hiéroglyphiques de tel ou tel pharaon, mais on ne peut s’empêcher d’essayer de comprendre ces symboles et ce qu’ils exprimaient. Une conception du monde et de la vie. Surtout celle espérée dans l’au-delà, éternelle, car ce qu’ils ont laissé en témoignage de leur civilisation, sont des tombeaux, des nécropoles et quelques monuments religieux destinés à favoriser le passage d’une vie à l’autre…

 

 


Pyramide de Saqqarah

Musée d'Imhotep musée Jean-Philippe Lauer

Jean et Yosri notre guide


    Comme d’habitude, on vous tient au courant et on vous fait partager au fur et à mesure nos découvertes, nos enthousiasmes, je ne veux même pas entendre parler de nos déboires, au fil des connexions wifi et de nos temps libres…