07 novembre 2023

Retour en France






Retour à Chalon...


 

    Nous voilà dans nos pénates, fraîches et mouillées par les queues de tempêtes qui s’abattent sur la France. Je dois avouer que je retrouve avec un certain plaisir le petit pull, le parapluie et le ciel gris. Mais oui ! Après ce magnifique circuit marocain, effectué en grande partie sous le ciel bleu et le soleil implacable, où tout le monde se désole et attend la pluie avec une ferveur mâtinée de fatalisme, après d’immenses étendues arides, je ressens le besoin de l’eau, de ses bienfaits. Donc, la pluie et la grisaille de notre retour me comblent ! Peut-être m’en lasserai-je aussi… si elle dure trop !

    Après la valse des kilomètres nous entrons dans le tourbillon habituel, rythmé par nos activités et les rencontres qu’il faut insérer en un espace temps limité par nos voyages. Que du plaisir, donc, mais qui contraste avec le rythme long du voyage. 


 

     En 47 jours, et 23 étapes, nous avons parcouru environ 8000 km de Chalon à Chalon donc un peu plus de 7000 au Maroc , un circuit complexe, exhaustif et immersif,  le plus souvent sur route et souvent des routes toutes neuves et parfois sur pistes, plus ou moins bonnes. Les pistes vont disparaître de l’univers marocain, du moins celles qui sont utiles localement. Peut-être en laisseront-ils quelques-unes uniquement pour le plaisir des visiteurs amateurs de 4x4 ? 

    Nous avons vu des paysages magnifiques et variés, des montagnes, des oasis, des déserts, des côtes rocheuses, des plages de sable. Nous avons vu un pays qui se transforme, qui mute très vite, avec des disparités flagrantes entre les villes et les campagnes, entre le nord et le sud, entre les grandes exploitations agroalimentaires de haute technicité des plaines, et les traditionnelles fermettes de l’Atlas qui survivent misérablement de leurs maigres troupeaux et des quelques terrasses cultivées, arrachées à grand labeur au sol ingrat.

 Un pays de contrastes extrêmes, où tout le monde vénère le roi, ses actions, son engagement, mais critique son entourage, l’enrichissement et la corruption qui y règne.

    Nous y avons aimé les gens, accueillants, aimables, chaleureux avec qui on bavarde facilement, de tout ou presque tout, il y a quand même des sujets qu’il ne vaut mieux pas aborder quand on est étranger, des questions à éviter… Nous avons bavardé essentiellement avec les hommes, les femmes restent encore souvent confinées à leurs tâches et parlent moins bien le français… sauf dans les villes, bien plus occidentalisées.

    Les plaies du Maroc, la mendicité et le quémandage des enfants et les rabatteurs, sévissent surtout à Marrakech et dans l’Atlas. S’il est difficile d’en faire totalement abstraction, certains rabatteurs à Tineghir se sont montrés particulièrement inventifs dans leur façon de faire et très « collants », on parvient quand même à les oublier et à profiter des paysages et de la vie intense des souks et des marchés. Ces plaies sont la conséquence inévitable de l’extrême pauvreté d’une partie des marocains, exclus de la croissance des villes et des plaines. 

    En conclusion ce fut un très beau voyage, qui nous a beaucoup plu, un des derniers sans doute que nous puissions faire en voiture, avec la liberté qu’elle apporte, la capacité d’improviser, de suivre ses intuitions, la permission de se perdre et de se tromper…

Un voyage libre, sans contrainte et plutôt confortable ! Certaines étapes ont été longues et fatigantes mais les gîtes à l’arrivée, toujours accueillants et reposants nous réconfortaient. Aucun ennui notable à signaler et un pays à recommander pour ceux qui se lasseraient de la pluie et des nuages…

   
Nous repartons bientôt, le 7 décembre, pour une tout autre destination : La Patagonie ! Hé, oui, l’été patagon nous tente ! Si tout va bien, le voyage se prolongera en remontant la côte ouest de l’Amérique du Sud, mais rien n’est sûr pour l’instant, c’est un voyage très ouvert ! En tout cas, continuez à nous suivre sur le blog et n’hésitez pas à diffuser !




28 octobre 2023

Les derniers jours du voyage

 


Et oui ! Notre voyage tire à sa fin ! Mais il nous reste encore quelques beaux moments à vous raconter. Nous avons poursuivi nos tours et détours dans l’Atlas, le Haut, puis le Moyen. Nous y avons retrouvé de l’eau, elle nous manquait ! D’abord avec une journée pluvieuse à Tabant, dans la superbe vallée de Aït Boughenez, puis de l’eau qui coule en ruisseau, en cascades et même en torrent sous le pont naturel d’Im’n Ifri, aux cascades d’Ouzoud et enfin aux sources de l’Oum er Rbia.

Je ne parle plus des routes, elles sont toutes magnifiques, toutes sinueuses et lentes à ravir. Les cartographies, papiers ou électroniques sont aux mieux imprécises, au pire, fausses, il n’est vraiment pas facile d’être copilote ! On s’aventure parfois au hasard, avant de s’apercevoir, au bout d’un certain nombre de km qu’il faut rebrousser chemin, la bonne route ou piste étant au prochain embranchement. Les indications que peuvent donner les rares villageois ne valent pas mieux : Ils savent certes, mais de là à l’expliquer ! Un vague geste de la main accompagné d’un flot de berbère et d’un grand sourire ne nous font pas économiser les kilomètres !



Le pont naturel enjambe un bel oued avec de l’eau vive et claire, on descend d’un côté, on remonte par l’autre, le sentier est clair et assez facile. On a réussi à éviter la présence complètement inutile d’un guide… Les cascades d’Ouzoud doivent être très belles en pleines eaux. Grâce aux pluies de la veille, quand nous les avons vues, en fin d’après midi, elles étaient assez en forme mais plutôt boueuses ! L’eau rougeâtre jaillissait et bondissait de bassin en bassin. Là aussi, il y a une belle balade, à travers une oliveraie, qui permet de descendre au pied des chutes et d’en remonter par un long escalier. Là encore nous avons refusé un guide et avons clos nos oreilles chastes aux grommellements indignés et peu polis de ceux qui se proposaient en vain. Certes on s’est un peu perdus en bas, dans le labyrinthe organisé des échoppes, bars, campings rudimentaires qui encombrent les berges du torrent, jusqu’à cacher son cours par moment. Mais, moyennant quelques efforts et LE renseignement utile, on est parvenus à remonter à notre hôtel, juste situé au-dessus des cascades. Un bel établissement, yes, on ne se refuse pas toujours une touche de luxe ! LE renseignement utile nous a été fourni, par un insolite personnage issu des années 68, mi-hippy, mi-marocain, habillé plutôt style indien. Il « tient » un camping, décoré très soixante-huitard, peace and love, guitares rock, fleurs, et hymne à la paix. Sympa !

Les sources de l’Oum er Rbia, sont un peu moins connues mais elles attirent beaucoup de touristes locaux. Il faut dire que c’est une résurgence spectaculaire. De l’eau jaillit de multiples sources (dont certaines traversant des gisements de sel sont salées !), bouillonne et devient un beau torrent. Là, nous n’avons pu éviter le guide qui s’est imposé avec une certaine délicatesse mais un réel savoir-faire ! Bon, il nous a guidé à travers le dédale commercial qui, là aussi, encombre et dénature le site. A peine si l’on peut apercevoir le torrent ! Par moment, certaines terrasses sont construites carrément au dessus de l’eau. Les sources sont captées en bassins et quasiment « privatisées » ! Bref, c’est bien dommage !

On retrouve ici, les mêmes effets que dans bien d’autres pays, Mexique, Jordanie, Egypte où les sites sont surexploités par une foule de petits commerces qui les abîment.

Après les sources, on traverse dans le Moyen Atlas, une région de forêt de cèdres, dans lesquelles flânent des familles de singes, peu effrayées par les rares véhicules. Là, on retrouve aussi des enfants quémandeurs, parfois très jeunes, poussés par leurs mères légèrement en retrait. Ils ne sont pas plus effrayés par la voiture, malheureusement !

Ces familles habitent dans des cabanes de fortune, de bois recouvert de bâches en plastique…On ne sait trop de quoi ils vivent… De rien sans doute !

Courageux, nous avons fui et nous sommes retrouvés, au terme d’une longue étape  au bord de la mer, à Saïdia, une station nichée contre la frontière algérienne. (Non, nous n’allons pas titiller les gardes-côtes algériens en faisant du jet-ski dans leurs eaux !)

La station est calme, très calme, trop calme… Nous sommes hors-saison et tout, ou presque est fermé. Le temps s’est ralenti… Il n’y a pas grand-chose à faire. Nous embarquons après-demain et ces derniers jours sentent la fin de voyage. Des jours sans grand intérêt, faits pour apprécier le retour au bercail. On a quand même découvert une jolie piste, le long d’un cordon lagunaire, juste en face de Nador. Entre mer et lagune, des flamants roses attendent on ne sait quoi perchés sur une patte, une plage étrange, de coquillages empilés en une épaisse couche.

Une jolie piste, histoire de resalir un peu la voiture que l’on venait juste de faire laver, briquer, lustrer ! Elle en avait grand besoin après toute la poussière avalée, du nord au sud, de l’ouest à l’est. Nous avons pratiquement bouclé notre tour du Maroc … La conclusion pour très bientôt !

















23 octobre 2023

- L’Atlas

 





Après les magnifiques gorges de Toghra et Dades, nous nous sommes dirigés vers Midelt, avec l’intention de faire la très réputée piste du cirque de Jaffar. 

Las, au bout d’à peine 25 km, le temps qui menaçait a carrément viré à la pluie. Le début de piste, encore facile, s’est fait boueux, les nuages noirs n’annonçaient rien de bon. Nous avons fait demi-tour et rejoint Imilchil sagement par la petite route. Cette fois nous savions que passer par cette piste dépendait largement du temps qu’il ferait. La pluie, enfin arrivée, a exaucé les vœux de tellement de marocains qu’il serait un peu futile de notre part de maugréer pour un changement d’itinéraire ! D’autant plus qu’à Imilchil, une petite bourgade nichée à plus de 2000 mètres d’altitude, on nous a dit que la veille, il y avait eu de fortes pluies, qui avaient certainement raviné et rendu très délicats certains passages de la piste… Bon ce n’est pas tout à fait un renoncement, juste la voie de la raison..


Depuis, nous sillonnons le Haut Atlas, puis le Moyen, par de toutes petites routes, qui redeviennent  parfois , pour des tronçons plus ou moins longs, les pistes qu’elles furent il n’y a pas si longtemps. Goudronnées ou pas, elles sont lentes et sinueuses, escaladent les montagnes les unes après les autres à grands renfort de virages et de rampes raides, serpentent dans les vallées qui éclairent d’un brin de verdure les pentes rocheuses. Les villages s’y étirent en ruelles étroites qui s’animent soudain en un marché coloré où se pressent les hommes encapuchonnés dans leurs austères burnous et les femmes emmaillotées dans leurs multiples couches. On se fraie lentement un passage, entre les pick-up japonais hors d’âge, surchargés de caisses de pommes ou de denrées diverses, les minibus essoufflés, « Transports mixt » qui sillonnent les routes en quête de passagers ou de marchandises à convoyer, les camions livreurs de gaz et de moellons, les ânes aux bats chargés de bois ou de fourrage en sacs et les badauds, nombreux, qui semblent toujours prendre un malin plaisir à entamer une conversation plantés au milieu de la rue ou reçoivent un coup de fil  urgent à ce moment là.

Sur les routes et dans les hameaux oubliés, les gamins, encore en vacances, profitent de vos ralentissements pour quémander un dirham. Ces gamins surgissent de n’importe où, de nulle part, attendent dans un virage sans vie ou au sommet d’un col apparemment désert et quémandent, parfois avec insistance et l’approbation des adultes. Avec les rabatteurs en ville, c’est la plaie de la région. On ose à peine s’arrêter, on vérifie la présence de mioches, on tend l’oreille en quête de voix enfantines, c’est dommage… L’extrême pauvreté de la vie agro-pastorale en est bien sûr la cause première, avec aussi, une certaine habitude qui s’est installée sans doute confortée par la compassion irresponsable de certains touristes. Le désenclavement en cours, avec de belles routes goudronnées pour faciliter la circulation ne change rien à la réalité économique.

Mais l’Atlas est une région magnifique, aride et austère dans sa partie la plus haute ou des troupeaux de moutons et de chèvres subsistent chichement et s’abritent des rigueurs du temps dans des bergeries quasi invisibles tant elles se fondent dans la rocaille. Plus bas, dans le Moyen Atlas, l’agriculture reprend ses droits et occupe chaque parcelle cultivable. Terrasses et petits carrés de céréales, de légumes et de vergers sont soigneusement irrigués, au goutte à goutte car l’eau reste rare en période sèche, bichonnés à la main. Houes et binettes sont encore les outils de mise. On ramasse les pommes, les noix, le fourrage que l’on entrepose le long de la route en attendant le ramassage. Car ici, on a aussi l’impression que tout le monde attend. Assis au bord du chemin, sur une pierre ou un sac avachi, les gens attendent. Comme les enfants, on en trouve de partout, dans des endroits improbables, les gens attendent… Quoi ? Un moyen de transport le plus souvent, pour eux, ou une marchandise qui doit être prise ou livrée. Cela est aussi mystérieux pour moi, que les signes de la main qu’ils font pour dire bonjour, pour demander un charroi, indiquer une direction ou  demander l’aumône !

Depuis Imilchil nous avons enchainé quelques centaines de km de virages, de vues époustouflantes, de villages perdus, de cahots et de beau goudron et il nous en reste encore à nous mettre sous les roues… Alors à bientôt pour la suite.