03 février 2014

Excursion au Nazinga… et péripéties !



  Excursion au Nazinga… et péripéties !
Hé, oui ! Nous terminons le récit de ce voyage depuis chez nous, rentrés hier soir… La France est froide et grise, trop propre, trop confortable, trop prévisible. Le soleil et la poussière vont certainement nous manquer,  mais plus encore le côté aléatoire du voyage, ce temps qui se suspend pour une durée indéterminée et qui reprend, lentement…
Mais que je vous raconte nos derniers jours là- bas, ils ont été riches en émotion, en péripéties…
Donc, jeudi, on part pour Tiébélé et le Nazinga, deux destinations bukinabées  encore inconnues de nous.  Nous les avions jusqu’alors écartées parce que trop touristiques, donc coûteuses, mais bon, on ne peut toujours suivre les chemins à l’écart !
Le véhicule loué par l’entremise de Bounty nous attend à 7 heures devant la maison.  Un gros Toyota, fièrement campé sur des pneus usés jusqu’à la corde avec un jeune chauffeur ghanéen, qui a été, paraît-il, recommandé au loueur, son chauffeur habituel n’étant pas disponible. Mais il n’y a, même pas un problème, suivant l’expression consacrée ici, il parle anglais, et nous, n’est- ce- pas, on se débrouille  en anglais !
On part, le chauffeur ne connaît pas la ville, ne connaît pas gauche-droite en français, et je lui apprends left-right en anglais par signes. En fait il ne parle que l’ashanti, sa langue guinéenne, avec une dizaine de mots français ou anglais. Et vous, vous connaissez l’ashanti ? Quelqu’un qui parle ashanti ? Non, n’est ce pas, et même là-bas, c’est une langue peu usitée ! Jean-Paul qui se débrouille dans pas mal d’idiomes locaux reste coi ! La communication va être difficile et limitée…
Au bout de 80 km de bonne route le Toy se met à fumer. Plus d’eau ! On en remet…
Première panne









Encore une vingtaine de km, refumée !  
Deuxième panne

 Le chauffeur ne veut pas s’arrêter, on est dans une zone réputée dangereuse à cause des coupeurs de route. On continue jusqu’à un poste  de police, c’est solide les Toy, et on attend un peu, on remet de l’eau… On arrive au ralenti à Pô, petite ville carrefour pour Tiébélé. On s’arrête, le chauffeur entreprend de vidanger le circuit de refroidissement.  On attend patiemment… Dommage, il n’y a pas d’ombre. Enfin, tant pis !
Tiébélé : C’est un village typique gourounsi, 
 
bien conservé, et un des plus touristiques du pays. Il était réputé pour  sa nuée de guides, faux-guides, ex- guides et solliciteurs en tout genre qui assaillaient les voyageurs à leur arrivée et dont il était impossible de se défaire sans verser dîme sur dîme ! Il n’y a plus guère de voyageurs, tout ce petit monde a dû se reconvertir, nous nous acquittons seulement des taxes d’entrée et du prix du guide local, Jean-Paul veille au grain aussi. Le guide nous explique la « cosmogonie » gourounsi, village animiste, des traditions et coutumes qui soi-disant perdurent, et l’on visite les cases au système élaboré de « coupe-tête » anti-visiteur ! Elles sont savamment et joliment décorées, c’est effectivement un des plus beaux villages typiques du pays !
Il aurait pu faire partie des sites du patrimoine de l’humanité de l’Unesco, mais la récente électrification, que les fils du roi n’ont pas su refuser,  a fait capoter le dossier !
 
En route pour le parc de Nazinga ! Apparemment la voiture ne chauffe plus, il faut dire que hors goudron notre valeureux ghanéen roule très lentement. Une cinquantaine de km, d’une piste peu roulante nous emmène au ranch du Nazinga. On a mis 3 heures pour les parcourir, et avec le retard accumulé dans la journée, il est bien trop tard pour effectuer le circuit du soir… On verra les animaux demain matin…
Le ranch du Nazinga est une structure touristique, implantée dans une réserve d’animaux en pleine brousse sauvage. La réserve semble être une délégation de pouvoir public à une entreprise privée, nos questions sur son statut ont reçu des réponses floues, contradictoires… En fait, personne ne sait !
Au petit matin, en route ! On embarque un pisteur et l’on emprunte des pistes de brousse, le soleil se lève, c’est magnifique… On voit plein d’animaux, des antilopes aux noms variés, des oiseaux rutilants aux couleurs flashies, des phacochères se dissimulant dans les hautes herbes, des babouins très occupés à leurs tâches domestiques, mais les éléphants se font attendre…
 
On tourne et retourne, on croise une autre voiture, eux n’ont plus n’ont pas encore vu d’éléphants. On insiste et chouette ! Au bord de la rivière, du côté opposé à nous, une petite harde se bouscule. 
 On descend du véhicule pour mieux voir, on se place pour prendre les photos, quand un grand barrissement nous fait sursauter. Deux jeunes éléphants n’avaient pas suivi le troupeau et foncent le rejoindre ! Ils sont effrayés, nous préférons nous écarter et les laisser passer !
 
Cette fois nous aurons des souvenirs à montrer ! (Nous avions déjà vu des éléphants à Boromo. Ils avaient envahi un campement vide et comme ils n’étaient pas chez eux nous avions pu les approcher de très près. Malheureusement le vol de notre appareil photo nous avait  empêché de faire partager ensuite ce moment magique !)
On repart du Nazinga. Comme on doit aller à Bobo Dioulasso récupérer Bounty, Jean-Paul nous a concocté une sortie de l’autre côté du parc… En théorie c’est simple, il suffit de connaître les pistes ! Dans la pratique, ça a  été plus compliqué, bien sûr ! 
 
On s’est enfoncé sur une piste de chasse qui s’est perdue dans la brousse. Demi- tour, le Toy peine dans les hautes herbes, une autre piste, d’autres pistes, quelques heures plus tard, enfin, quelques traces d’habitations, on trouve quelqu’un qui nous renseigne vaguement. Oui, la route, enfin, la piste elle est par là… On avance. Une moto vient à notre rencontre, c’est Timothée, un des pisteurs du Nazinga, un « ami » de Jean-Paul. Il nous dit que l’on se trompe, nous fait faire demi-tour, nous raccompagne à un carrefour une dizaine de km plus loin et nous fait prendre une piste que l’on avait jusqu’alors évitée, elle ne partait pas dans la bonne direction. Mais c’est la bonne, sûr, sûr, d’ailleurs, plus loin, on doit rencontrer des clients à lui, qui sont en panne, alors si on peut leur  dire qu’ils attendent… Le « Timothée » nous utilise pour faire ses commissions ! La piste est longue, longue et difficile. Une moto peut passer, mais le Toy est large ! Notre chauffeur s’en sort quand même, lentement, très lentement. Jean-Paul essaie de lui demander d’accélérer, on ne voudrait pas être pris par la nuit. On sort enfin, on trouve les clients en panne, on leur dit d’attendre, là-dessus, les motos arrivent ! Bien plus rapides que nous ! On repart… Pas loin !
Deux kilomètres et craaaac ! Un grand bruit, la voiture s’affaisse sur sa droite… Rotule de suspension cassée, bras de direction tordus… 
 
Je diagnostique l’irréparable à court terme. Mais le chauffeur n’est pas de cet avis. Il tente l’impossible, démonte la roue. Avertis par téléphone, ouf, ici, il passe, les motos du Nazinga, viennent à notre rescousse. On nous emmène au village proche, pour attendre… Le chauffeur trouve un soudeur, un meccano avec quelques outils, repart… Nous on attend, à l’ombre d’un grand néré. L’après-midi s’éternise… 
 
 Il faut prendre une décision ! On appelle Jean-Paul, on lui demande de venir nous rejoindre, que l’on va partir pour Léo, la ville la plus proche, en moto et abandonner là la voiture. La fin du voyage sera écourtée, se fera en bus, on abandonne Bobo et Bounty, tout le monde se retrouvera à Ouaga le samedi. On rejoint donc Léo, de nuit, en moto, on y dort après une douche plus que nécessaire dans une auberge bien propre et le lendemain matin un car nous ramène à Ouaga. Bounty, désolé de nos mésaventures et s’en sentant un peu coupable, nous y rejoint dans l’après-midi. Quelques heures à épiloguer sur les voitures, les loueurs, le chauffeur ashanti, les mœurs commerciales burkinabées et notre avion nous attend. Air Algérie nous ramène en heure et temps voulus, avec nos bagages jusqu’à Lyon. Mais si ! Mais si !

Bribes : Une tranche de vie ! La dame des motos-taxis.



 Une tranche de vie ! La dame des motos-taxis.
Nous l’avons rencontrée dans le bus qui nous menait à Cinkassé et lui avons demandé si elle connaissait un hôtel dans ce charmant village. Elle nous en a recommandé un et s’est chargée pour nous, non seulement de l’indiquer aux moto-taxis qui devaient nous y emmener, mais également de négocier leur prix !
Elle veut obtenir pour nous le même prix qu’elle aurait obtenu pour elle. Les taximen s’obstinent dans leur refus, discutent, se font menacer par d’autres s’ils font mine d’accepter. Elle les renvoie tous, d’autres viennent ou reviennent. Elle crie, menace, propose, ils s’insurgent, font mine de partir, reviennent. Une dizaine de jeunes l’entourent, tournent autour… Magnifique, elle ne se laisse pas démonter et continue à négocier et à leur dire ses vérités. Dans son beau boubou, elle me fait penser à un matador au milieu de l’arène, qui par la magie des mots et des gestes règle une sorte de ballet rituel autour d’elle… Finalement elle transige à un prix un peu plus haut que prévu. Ce  sera 300/300, ils voulaient 1000 par moto !
Nous la remercions chaleureusement, elle sourit, déplore que l’Afrique ce soit « ça » et s’en va dignement…
Je me suis demandé, si en France, une telle scène serait possible… Une personne seule, en face d’une dizaine de jeunes tentés par la perspective d’un gain, avec des meneurs qui leur dictent leurs lois ? Il y a eu des cris, des paroles fortes, peut-être quelques termes injurieux, mais aucun geste de menace, aucune intimidation, aucun signe de violence. Nous, nous avons peur de nos jeunes, ici, le contrôle sociétal reste si puissant, la peine d’être exclu de sa famille, de son clan si intolérable, que le jeune reste à sa place, inféodé à son aîné…

Retour à Ouaga



 Retour à Ouaga


La villa de Ouaga, quel havre de paix


De retour du Togo, jour de latence à Ouaga… Le retour s’est si vite et si bien passé que c’en était imprévisible ! On aurait pu rester un jour de plus à Kawa !

Le bus de la poste, pile à l’heure, à Niamtougou. Confortable, climatisé ! Du jamais vu !
Que de poussière!

 Bon, il n’est quand même pas étanche à la poussière, ce n’est qu’un bus pas une navette spatiale et quand nous arrivons à Cinkanssé, en fin d’après-midi, on a plus l’allure de Peaux-Rouges, Navajos ou Comanches, je ne sais pas bien, que de bressans égarés dans ce superbe lieu de villégiature. 
La route est très dangereuse

Non, ce ne sont pas des poteries, ce sont des sacs de manioc!
Cinkanssé c’est une rue, qui s’étire sur cinq ou six kilomètres, en partie au Burkina, en partie au Togo. Au milieu la zone frontière, des postes de douanes, de police, plantés de façon un peu anarchique au milieu des innombrables stands, échoppes de bric à brac, qui vendent de tout et de rien comme partout.
Une dame, rencontrée dans le bus nous indique un hôtel « propre ».Il y en a deux : Un « sale » qui visiblement n’est pas pour nous et un propre ! Elle négocie pour nous les motos-taxis pour nous y emmener. Une vraie tranche de vie !
 

L’hôtel est propre, c’est vrai, on y mange bien, mais on y dort mal. Trop chaud ! Le ventilo ne brasse que de l’air poisseux, la planche en pente qui nous sert de matelas ne favorise guère le sommeil. 

le toit d'un taxi brousse!!

Petit matin, on nous appelle deux motos pour franchir le poste frontière. A six heures, les douaniers sont souriants, les policiers sympathiques, les formalités s’enchaînent sans heurt. En face du dernier poste de police une compagnie de bus se propose de nous emmener à Ouaga à 7h30 ! Chose dite chose faite ! Celui-là n’est ni climatisé, ni sur « poumon d’air », mais il part à l’heure et arrive de même ! Deux fois de suite, incroyable, non ?

Bounty arrive de Gorom, on se retrouve à la villa. Il nous annonce qu’il doit partir sur Banfora, un de ses neveux est malade, le devoir l’appelle, il ne pourra nous accompagner dans notre virée dans le sud. Jean-Paul le remplacera !

Récolte du coton


27 janvier 2014

Kawa

Kawa
La concession de Jérémie
 André nous a récupérés en fin d’après-midi en même temps que Guy et Virginie qui débarquaient par un bus direct de Ouaga. Une petite heure de piste jusqu’à Kawa. Je suis derrière, je ne vois rien… Dommage ! Le paysage a l’air d’être très différent du Burkina. La concession de Jérémie qui nous accueille est 

charmante. Des petites cases rondes ramassées autour d’une minuscule cour avec l’apatam, un abri pour manger et palabrer. Nous aurons peu de temps, trois petits jours, pour découvrir le coin, les gens, voir l’action de Kankele…

Les buttes des champs d'ignames
 Les premiers contacts sont très agréables, la population très accueillante et très reconnaissante de l’action de l’association. Kawa haut est un petit village de brousse profonde, perché dans la montagne, accessible à pied par un sentier qui serpente en montant dans la rocaille et la brousse. Une nouvelle piste praticable en moto permet aussi de l’atteindre. Des carrés de cannes à sucre, des cocotiers, de grands acajous et les buttes des plantations d’ignames nous attendent nichés au sommet de la montagne, veillés par des baobabs tutélaires. La-haut, Kankele a construit une école, quatre puits et des sanitaires tout neufs, de type Ecosan, qui permettent par un système de récupération et de transformation de remplacer les engrais. 
 C’est très bien, très très bien, mais un peu compliqué pour les artisans locaux dont la lecture des plans est approximative ! Heureusement, les malfaçons ne concernent pas le fonctionnement mais des détails réparables. Les toilettes sont sauvées, il ne reste plus qu’à former tout le monde à leur utilisation, ce qui n’est pas gagné ! 

Kawa haut

Kawa haut
On explore aussi les rives de la Binah, une petite rivière qui devient grosse à la saison des pluies et emporte chaque année quelques vies et sur laquelle Kankele espère pouvoir construire une passerelle. On approche plusieurs passages possibles, discutons des alternatives possibles, mesurons approximativement la longueur nécessaire, mais il faudra attendre les compétences techniques pour prendre des vraies décisions. Un troupeau traverse lentement la rivière poussé par son berger peuhl. Les zébus aux grandes cornes en lyre nous regardent d’un air inquiet, se demandant sans doute si leur passage rituel va un jour être troublé par des ferrailles suspendues…

On revient parmi les champs d’ignames et les chaumes brûlées par les feux de brousse.

 Le soleil décline dans la touffeur du soir, les étoiles naissantes se voilent sous un souffle d’harmattan…Soirée bercée par les infos récurrentes de RFI en attendant la fraîcheur nocturne, trop longue à venir.

Nous découvrons ici une nouvelle Afrique, à la fois très semblable et subtilement différente…

23 janvier 2014

Premiers pas au Togo

Premiers pas au Togo…
Nous y sommes ! Rien, évidemment ne s’est passé comme prévu !
A  Ouaga, d’abord : La clé 3G de notre ami logeur n’avait plus de forfait… Alors le blog a un peu attendu, il a attendu jusqu’à aujourd’hui jeudi. Nous sommes à Niamtougou, une ville du nord du Togo, où André doit venir nous chercher.
Ensuite le trajet : Le bon plan africain pour gagner un jour !
Nous partîmes fringant hier matin de Ouaga, comme prévu, par un bus de ligne qui est parti à l’heure avec un siège pour chacun ! Un siège étroit mais bon !
Arrivée à la frontière dans les délais… Cinkassé, une ville, village frontière très moche, tout en longueur. Des motos taxis nous prennent en charge, moyennant un supplément parce que nous sommes blancs, c’est comme cela, les blancs consomment plus d’essence, sont plus lents, plus lourds, et surtout plus exploitables !
Grâce au visa de l’entente pas de problème aux frontières. Nos passeports dûment épluchés, tamponnés nous nous retrouvons du côté Togo. Le plan, simple, est de prendre un bus jusqu’à Niamtougou (environ 200 km) d’appeler André et de rejoindre avec lui Kawa, où nous serons hébergés. Plan simple, pas bon plan !
La gare de la fabuleuse compagnie STS , Société de Transport des Savanes!



Les compagnies de bus locales vont toutes à Lomé, elles acceptent volontiers que l’on descende en route, mais il faut payer le trajet complet. Négociations, marchandages, n’y font rien, elles n’ont que le billet pour Lomé et partent toutes à 15 heures ! On achète nos billets, et on attend 15 heures. 2 heures ce n’est pas long. On mange dans un maquis près de la station de bus, on cherche un banc à l’ombre… 15h30, 16h00… Un voyageur costumé chic qui nous avait aidés pour les motos taxis et qui a choisi une autre compagnie, vient nous faire causette. Lui aussi attend. 18h00, le car démarre enfin…pour aller prendre du carburant ! Il attendait d’avoir suffisamment de passagers pour payer le gazole. Retour à la case attente. Il faudrait quelques passagers de plus pour dégager quelque minime bénéfice, je suppose ! Je m’impatiente un peu… Je vais le dire. Bon ! Bon ! On y va, allez, montez, les passagers, montez ! L’invite, en français, ne suscite aucun mouvement… Les passagers attendent le coup de klaxon, vers 18h30, pour monter enfin dans le bus. Le chauffeur, en dernière minute redescend pour nettoyer son pare-brise ; on ne sait jamais ! Enfin, à 19h00 on démarre vraiment. Arrivée prévue à Niamtougou, vers 23h00. Il nous y faudra passer la nuit ! L’aide chauffeur me dit qu’il y a des hôtels, que l’on s’arrêtera pas loin… Mais on n’y est pas encore !
La route est en construction, quelques morceaux neufs de bon goudron, le reste en piste de déviation ou du vieux goudron avec des nids de poule que Françoise a qualifié de nids d’ânes vu leur taille. Vous avez déjà vu des nids d’ânes, c’est grand, n’est-ce pas ? Et profond ! Le car zigzague entre les plus dangereux, louvoie entre bosses et creux, tout en doublant les énormes camions cause essentielle de cette route défoncée. Sur les morceaux roulants, il prend de la vitesse, vibrant de toute la puissance de son moteur poussé à fond et double, double, à la limite de la chaussée, rétro contre rétro. Et puis, à nouveau freinage, déviation, poussière qui se lève et cache les étoiles. Les phares des camions percent difficilement l’épais nuage rouge. Des feux de brousse ponctuent le paysage et ajoutent une odeur âcre. C’est un jeu vidéo, difficulté quatre ! Des lumières bleues, un feu d’huile de lampe dans une bassine… Tiens c’est une douane volante ! Enfin, elle vole bas, mais fort ! Nos chauffeurs ne s’en sortiront pas sans un bakchiche… Voilà le maigre bénéfice envolé ! On reprend la route. Un passage rapide. Le car déchire la nuit de ses tôles vibrantes. A l’intérieur les passagers somnolent au sortir d’une conversation tonitruante sur la politique du Burkina. Les hauts-parleurs diffusent en boucle une musique gourmantché lancinante.
Un grand fracas à l’avant. Le car vacille, louvoie, mais le chauffeur arrive à contrôler et à stopper le bus. Tout le monde descend. Les hommes s’alignent et commencent par se soulager !
A l’avant le pare-choc, une demie- calandre, et le berceau qui porte la roue de secours pendent à terre. Des fixations ont lâché, trop vieilles, trop sollicitées par cette route difficile. Ou bien, le vieux bus, las, fatigué, a baillé à s’en décrocher la mâchoire…
L'Auberge Ana Fontaine
On décroche le tout, rangé en force dans les soutes déjà bien pleines. Le bus repart avaler de la route sans maxillaire inférieur. On attaque une côte. C’est un passage célèbre dans le secteur, un cimetière de camions. Leurs freins européens ne résistent pas à la poussée des 8O tonnes des remorques et le ravin recueille les épaves qui s’empilent. On ne verra rien, il fait nuit, le défilé se passe sans encombres on redescend sur Niamtougou… On nous pose à la station Total, en nous disant d’y demander une auberge… Il est près de minuit, tout le monde dort… La station est fermée. Un jeune qui traîne dans le coin, (partout il y a des jeunes qui traînent !) s’offre à nous indiquer l’auberge. Elle est à cinquante mètres. On frappe, on appelle, on crie… Au bout d’un moment une fille ensommeillée vient nous ouvrir et nous ouvre une chambre.
Ouf ! L’eau fonctionne ! C’est le plus urgent. On est sales et fatigués. On s’endort en faisant abstraction du beau rat qui cohabite avec nous et que Françoise a vu se faufiler sous le lit. Finalement, chacun reste à son étage et il ne ronfle pas.
Ce matin, au réveil l’auberge est vide, on cherche vainement quelqu’un… Le boutiquier d’en face nous fournit un petit déjeuner et va chercher le patron chez lui. Ils sont gentils, l’histoire du rat les fait beaucoup rire. Il y a un cyber tout à côté, je vais pouvoir poster les blogs déjà écrits, voire même écrire et publier celui-ci ?
André ne viendra nous chercher que cet après-midi. Peut-être avant 16 heures, ou alors après sa réunion de 16 heures…

C’est l’Afrique… Je vous l’ai déjà dit, ici, le premier art pour voyager c’est de savoir attendre ! Quant au bon plan pour gagner un jour… Déjà bien qu’on en ait pas perdu deux !