
Terre de Feu…
Quel étrange nom pour une bien étrange terre ! Un émiettement du continent
en une multitude d’îles, d’îlots, sous un ciel où s’égrènent sans fin le gris
des nuages que ponctuent parfois des taches de bleu. Une averse, souvent précédée d’un petit coup
de vent frais vient rafraîchir le promeneur qui s’est un peu trop équipé pour
sa randonnée. Nous terminons notre court séjour à Ushuaïa, quelques jours bien
remplis et très vite passés. La maison d’hôtes, Tango B&B, - pour une fois
je me permets un peu de pub- nous a magnifiquement accueillis. Outre les
chambres sympas et, pour la notre, surchauffée, l’hôtesse s’est chargée de tous
les contacts nécessaires pour nos excursions. Super pratique et confortable…
Elle s’est chargée aussi du change, pour notre bénéfice mutuel, car en ce moment
l’Argentine vit des moments difficiles au niveau financier ! Les cours de
change sont multiples, varient chaque jour et simplement pour un touriste il
faut jongler entre trois taux de change : L’officiel, qu’il vaut mieux
éviter, le taux touriste assez avantageux qui s’applique aux achats par carte,
par exemple et enfin, le blue dollar ou euro, le vrai cours officieux, illégal
mais pratiqué partout. C’est celui que nous a octroyé Vanesa. De l’officiel au
blue, cela multiplie notre pouvoir d’achat par trois ! Ce n’est vraiment
pas négligeable ! Une gymnastique comptable difficile mais nécessaire, et
qui est bénéfique à nos neurones menacés de sénescence.
Bon… Nos
exploits ! Le premier jour, à peine débarqués de notre vingtaine d’heures
d’avion et deux jours de voyage, après nous être restaurés, nous sommes allés
voir la laguna Esmeralda (Le lac Emeraude). C’est une balade assez longue, du
moins pour nous, sur un sentier rocheux et caillouteux qui grimpe vers le
cirque ou se repose un mignon petit lac, tout rond, tout vert, tout joli.

Retour un peu tardif, le lit se faisait attendre depuis trop longtemps, pour
nos corps épuisés! C’était une erreur, mais nous ne l’avons pas regretté car
sinon, nous n’aurions pas vu ce trésor caché. Le lendemain, plus calme, un van
nous a emmené au Parc National. Nous avons pris l’attraction touristique
locale, le « train du bout du monde », tren del fin del mondo, qui
serpente dans une nature qui nous a surpris : Beaucoup de verdure,
d’arbres, de forêts, un paysage de bocages entouré de montagnes acérées encore
couvertes de neige. Et toujours de l’eau, partout. Des ruisseaux, des rivières
qui coulent vives et pures, des lacs transparents et parfois on retrouve le
canal de Beagle, d’eau salée, qui relie les deux océans.
Le train a été construit par les prisonniers
du pénitencier qui avait élu domicile dans cet endroit loin de tout, dans un
environnement des plus hostiles. Maintenant il balade des touristes du monde
entier… Etrange détour de la vie ! Nous avons aussi fait deux petites
balades tranquilles le long de la côte. L’une avec le bureau de poste le plus
septentrional du monde, encore un joli endroit symbolique et l’autre sur un
beau sentier côtier à la végétation pleine d’enseignements pour nos passionnées
de plantes.
Nos jambes
allaient déjà bien mieux le lendemain, avec une excursion prévue seulement
l’après-midi. Nous sommes allés visiter LA ville ! Mais LA ville était
fermée, c’était dimanche ! Peu de boutiques, peu de restaurants ouverts où
tout le monde se pressait avec des queues qui s’étiraient. Nous nous sommes
offert La spécialité locale : Le crabe royal ! Un petit luxe
accompagné d’une bonne bouteille de Torrontes. La vie est belle, mais évidemment
impossible de régler notre petit problème : Acheter et mettre en fonction
une puce locale ! Notre logeuse s’y était essayée sans succès…
Curieusement, en Argentine c’est plus compliqué qu’ailleurs ! On ne peut
pas activer par internet une puce destinée à un étranger car il faut entrer le
numéro de passeport et les lettres ne sont pas admises ! Il faut le faire
à l’aéroport ou dans certaine agences…
Nous avons
enfin réussi, la veille de notre départ, dans l’agence Claro, après en avoir
essayé deux autres, écumé les kiosques de la ville et épuisé, en plus de la
mienne, la patience de plusieurs commerçants !
Je reviens à
notre après-midi, c’était un joli tour en 4x4, vers le lac Escondido, puis le
Fagnano. Une piste, très délicate par moment nous a fait plonger vers le lac,
par la forêt. Au bout de la piste qui
longeait le lac, parfois en disparaissant dedans, (bon véhicule
obligatoire !) nous avons été régalés d’un pique-nique asado délicieux.
Une belle excursion, à réserver à ceux qui aiment être secoués le long de
chemins improbables.
Enfin, pour
finir, l’excursion incontournable : Le tour en bateau sur le canal de
Beagle !
La foule se presse au port, des queues s’étirent devant les
cabanes des agences qui proposent à peu près toutes les mêmes prestations, puis
devant l’entrée du port pour se répartir ensuite dans les différents navires.
Le nombre de bateaux en mer simultanément est limité, ce qui est bien, mais
évidemment les grands catamarans sont pratiquement pleins. J’étais, il faut
bien l’avouer, un brin sceptique sur ce que l’on pouvait voir dans ces
conditions, mais finalement le spectacle était au rendez-vous. D’abord le
paysage bien sûr, qui défile lentement, la ville, les montagnes, Olivia suivie
des Cinque Hernanos, des pics acérés, de l’autre côté, le Chili, ennemi
héréditaire, avec la petite bourgade de Puerto Williams, le VILLAGE le plus au
sud, à ne pas confondre avec Ushuaïa, la VILLE la plus au sud, mais qui est
quand même, un poil de lion de mer plus au nord que sa trop petite rivale
chilienne !
Des lions de
mer nous en avons vu, beaucoup, qui semblent se prélasser à vie ; ils
émettent parfois une sorte de rugissement rauque et retombent vite dans leur
léthargie… Des colonies de cormorans, nombreuses, bruyantes avec quelques
autres oiseaux dont je n’ai pas compris le nom… Le haut-parleur du bateau dans
lequel s’escrimait une courageuse guide en espagnol et en anglais était souvent
couvert par les conversations locales, par exemple les trois charmantes
argentines assises en face de nous qui se sont chargées d’émettre un brouillage
continuel des explications. Donc nous avons vu des oiseaux, le dernier phare
avant le pôle sud, un petit phare assez décrépit mais qui a eu le privilège
d’être là, d’être la dernière lumière dans le sud. Enfin, nous avons vu des
pingouins… Plein de pingouins ! Pour être franc, je les imaginais plus
grands ! C’est petit, un pingouin mais très rigolo avec son dandinement
plein de dignité. Et la cerise sur le gâteau, quatre baleines joueuses que nous
avons suivies pour notre plus grand plaisir.
Nous avons
découvert une région surprenante, très différente de ce que nous avions
imaginé… Elle nous a beaucoup plu ! La beauté des paysages, nimbés d’une
lumière changeante avec le temps, alliée à la gentillesse des gens et à la
qualité de l’accueil nous ont conquis ! Malgré leurs problèmes, les argentins
savent se montrer chaleureux et prévenants.
Demain nous
repartons un peu plus au nord, à Calafate, le pays des glaciers. Un saut de
quelques heures en avion, là-bas, une voiture nous attend… Nous vous
raconterons nos découvertes et nos impressions, promis ! Et patience,
c’est la vertu première des voyageurs et de ceux qui les accompagnent, même de
loin !