21 juin 2022

 


    
    Petra, on a tous en tête l’image emblématique du grand tombeau, « Le trésor » et bien l’instant le plus  sublime c’est quand on le découvre, soudainement, au sortir du sinueux canyon qui y mène. 
    La place devant s’encombre brutalement d’une petite foule de dromadaires, d’ânes et de leurs conducteurs qui vous sollicitent. Mais les visiteurs n’ont d’yeux pour l’instant que pour la merveille qui se dresse devant eux.

    On écoute gentiment notre guide qui nous raconte les nabatéens, habiles constructeurs de Petra, la ville secrète, la ville cachée. Petra se révèle petit à petit, ensemble complexe, un bijou composé de multiples petits diamants enchâssés dans une sublime monture.


    Le premier joaillier est la nature, qui a composé cet amphithéâtre de grès, veiné d’incroyables couleurs. Certaines portions semblent peintes par un artiste virtuose de la palette et de l’abstraction colorée. Du « street art » avant l’heure, dont les nabatéens ont profité. Déco gratuite pour leurs tombeaux et temples, ce qui n’enlève rien à leur mérite à eux, les architectes de la cité. Ils l’ont faite belle et grande, destinée à montrer leur pouvoir, leur richesse. Les nomades qu’ils étaient, caravaniers commerçants, sont devenus de redoutables négociants,
 et ont forcément attiré les convoitises des royaumes voisins. Guerres et conflits, dont j’ignore les détails, ont conduit à leur disparition, absorbés, je crois, par l’empire romain. En fait rien n’a changé dans la région !


    

Ce joyau, nous l’avons visité en deux jours, deux journées pleines d’escaliers, de chemins pentus et caillouteux et de refus polis aux incessantes invitations à :

          - Monter sur un cheval, sur un âne ou un dromadaire

-        - Acheter une babiole d’origine asiatique pour un dinar ou cinq suivant l’objet.

-    - Boire un thé, ou un café, prélude éventuel à un possible achat

         - Acheter une bouteille d’eau, ou deux, c’est encore mieux.

-       - Acheter un caillou veiné. Un dinar. Vu le nombre de cailloux qui trainent, c’est plutôt une aumône au gamin vendeur et donc complètement exclu de notre philosophie.

-        - Monter dans une voiturette électrique… Nous avons cédé le premier jour, malgré le prix exorbitant, pour économiser les derniers kilomètres à mes jambes exténuées. 

Et j’en oublie certainement… Les bédouins, chassés de leur habitat de Petra, y ont gardé droit de commerce, ce qui ne participe malheureusement ni à la beauté du site, ni à son authenticité, encore moins à sa propreté.

 Car pour un site classé à l’Unesco, et il le mérite amplement, les décharges de plastiques et autres déchets, devraient être plus sévèrement contrôlées.Au cours de ces deux journées, nous avons vu tous les principaux centres d’intérêt et même un peu plus, comme la magnifique balade du deuxième jour au Haut lieu des sacrifices, le point culminant de la cité. On y a une vue admirable sur toute la ville. 
Un circuit très mal indiqué nous ramène au petit restau du fond, là où nous avons déjà mangé la veille. Il descend acrobatiquement au fond d’une vallée, où l’on se trouve face à face, inopinément, avec de belles façades de tombeaux, ou une citerne maçonnée et le temple de son gardien. Il remonte, redescend avant qu’une chaise bienvenue propose à nos pieds endoloris un repos bien mérité.
Quelques kébabs plus tard, on se retrouve à remonter péniblement, le long, trop long chemin principal, jusqu’à l’entrée. Les Quatre kilomètres semblent interminables et les tentations d’emprunter un « taxi » de plus en plus pressantes. Mais nous avons résisté !

    Petra est classé dans les merveilles du monde et je la classe dans mes merveilles personnelles, à côté du Macchu Pichu pour la formidable symbiose réalisée entre le paysage naturel et l’ingéniosité humaine. D’autres sites, magnifiques aussi, ne révèlent que l’un ou l’autre de ces aspects.



18 juin 2022

la Jordanie




    Depuis quelques jours nous sommes en Jordanie, un pays que nous nous étions promis de visiter depuis longtemps. Depuis, qu’un vieil ami, grand voyageur, nous avait raconté sa découverte de Petra, en venant du désert ! Depuis, comme partout ailleurs, les choses ont bien changé en Jordanie et le tourisme s’y est grandement développé, mais nous sommes un peu hors saison et les sites que nous visitons sont plutôt tranquilles. En effet avant de découvrir Petra et la Wadi Rum, nous avons sillonné le nord depuis la capitale Amman et avons apprécié tout ce que nous avons vu.

    Une journée a été consacrée aux châteaux du désert, le Kasr Al Kharrana puis un peu plus loin le Kasr Amra, plus célèbre

.

 A part le fait qu’ils soient situés dans le désert, en plein désert à l’époque, ce qui est étrange, je les ai trouvés … plutôt petits ! En fait c’était plutôt un caravansérail pour le premier, et un pavillon de chasse et de plaisir pour le second orné de fresques non équivoques. Nous avions aussi programmé la visite d’une réserve, celle de Shaumari. A oublier ! Une balade dans un véhicule type safari pour nous montrer des oryx derrière des grillages ! Certes, c’est pour les réintroduire, mais sur le papier la visite proposait bien davantage… Journée de mise en bouche donc…

    Le lendemain, nous avons eu un coup de cœur, un vrai coup de coeur pour le site gréco-romain de Jerash. 


Pour les amateurs de ruines que nous sommes, celles-là étaient si belles qu’elles n’en étaient presque plus ! Il restera un des plus beaux sites que nous connaissons et après réflexion, nous en connaissons beaucoup !




    
Nous avons enchaîné avec une forteresse croisée, tout au nord du pays, à Ajloun.
Là encore, d’impressionnants restes, surtout beaucoup de souterrains, qu’un vieux guide nous a fait parcourir en nous parlant dans un anglais incertain et étrangement chuinté. Nous allons nous rendre compte que beaucoup de jordaniens le parlent ainsi… Cette visite nous a beaucoup rappelé celle du krak des chevaliers, il y a bien longtemps, en Syrie. Les croisés ont jalonné leur parcours de ces énormes forteresses ce qui ne les a pas empêchés d’être boutés hors des lieux saints sans coup férir, par Saladin le grand ! Et puis un autre site gréco-romain, celui d’Umm Qais, duquel on peut voir le lac Tibériade en Israël, et l’Irak de l’autre côté…

 On est au cœur d’une région étrange, bouleversée par des décennies de conflits et qui n’arrive pas à régler ses problèmes. Pourtant comme nous le disait un des guides, nous sommes tous le même peuple et toutes ces frontières sont artificielles.

    Ensuite, nous avons quitté Amman, sans l’avoir beaucoup visité, mais je crois qu’elle n’offre que peu d’intérêt. C’est une grande ville sans âme, qui grandit, grandit et a largement dépassé ses collines originelles pour envahir le désert environnant. A part la forteresse qui se dresse depuis belle lurette au sommet de l’une d’elles, rien n’est vraiment ancien dans cette ville. La grande mosquée date de 1989 !

    J’aurais dû, mais je ne l’ai pas fait, voir, ou revoir les fondements de la religion chrétienne avant l’étape suivante. On a parcouru des hauts lieux religieux, comme le mont Nebo, dont je n’avais jamais entendu parler… Et vous, chers lecteurs ?



Mais il y a eu aussi des paysages de désert magnifiques, 

des aperçus vertigineux sur la Mer Morte, un wadi aux sources chaudes Ma’ In (c’est finalement moins étonnant que dans certains autres pays !) et une arrivée dans les montagnes de la réserve naturelle de Dana un très beau site, aux profondes vallées, avec une chambre d’hôtel accrochée à la paroi qui offrait une vue imprenable sur le précipice qui s’ouvrait à nos pieds.

    Début de voyage prometteur, n’est ce pas ? Il  nous a déjà offert une variété de paysages et de sites que je n’aurais pas crue possible pour un si petit pays. Sans compter quelques jolies rencontres aussi, car les gens y sont accueillants et facilement  causant, mais notre niveau d’arabe est si bas qu’il n’aide guère ! Par exemple, lors de notre balade autour de Dana, accompagnée par un guide bédouin, nous avons rencontré un vieux berger édenté, (il était un peu plus âgé que nous, ce qui n’est pas peu dire !) qui, tout en bavardant, s’est fait soigner par Françoise une vilaine coupure à un doigt. Désinfection et pansement correct ont remplacé le bout de plastique entortillé autour de sa blessure ! Il nous a raconté qu’il s’était arraché lui-même les dents, avec une ficelle, chaque fois qu’elles le faisaient souffrir ! Un vrai dur à cuire avec  une bonne tête ! Et une vie à l’ancienne, que beaucoup semblent regretter. Notre chauffeur, Naïm, qui sert un peu de  guide aussi, et qui parle un français qui ne comprend pas tout, essaie de persuader sa femme du bonheur qu’elle aurait à devenir bédouine au fin fonds du désert. Elle ne me semble pas prête à franchir le pas, elle qui s’est prise d’amour pour Amman, la grande ville occidentalisée…






















08 juin 2022

Cyclades Santorini et Naxos

 

 



    Il est grand temps de vous faire part de notre voyage dans les îles grecques, grand temps, juste avant de partir en Jordanie ! Notre calendrier 2022 est d’une densité telle que nous peinons à nous y retrouver. Mais c’était voulu : En réponse aux incertitudes et aux aléas de la vie, nous avons précipité le présent !




    Donc nous sommes allés en Grèce, visiter deux îles que nous ne connaissions pas. La Grèce, nous la connaissons plutôt bien, depuis plus de quarante ans que nous y avons effectué nos premiers voyages. En camping-car à l’époque.





    Nous avons atterri à Santorin, heureux possesseurs d’un billet d’avion direct Lyon-Santorin, sur une compagnie à bas prix qui depuis a annulé parait-il de nombreux vols ! Avec notre petite voiture de location nous avons sillonné la non moins petite île, Santorin, c’est une destination carte postale, iconique de la Grèce, avec ses coupoles bleues, ses moulins, son eau limpide. 


Et bien c’est la réalité ! Le ciel est bleu, le plus souvent, les très nombreuses coupoles aussi, la mer à peine troublée par les paquebots géants qui viennent mouiller devant les falaises ocre avec leurs villages blancs qui s’étagent au dessus. Santorin est un petit bijou !

    En une semaine, depuis notre gîte de Mégalochori magnifiquement situé dans les vignes, un peu à l’écart de l’agitation, nous avons visité tout ce qu’un touriste ordinaire se doit de visiter dans l’île.


 Nous sommes allées à Oya, le village emblématique duquel on a une vue magnifique sur la caldera. Nous avons essayé de nous perdre dans le dédale des ruelles blanches, mais il est finalement assez difficile de sortir des sentiers battus. Tout ramène aux rues principales aux innombrables boutiques vendant des articles d’inspiration locale. Les escaliers se terminent souvent sur les portes d’un hôtel de luxe, bizarrement accroché à la falaise. Les porteurs y trimballent en suant les valises des détenteurs de compte en banque capables de débourser les montants invraisemblables des chambres avec vue sur la caldera. Oya est d’une beauté de papier glacé, léchée, fardée, la petite ville semble mise en scène dans son décor de rêve.





    La « capitale » Fira lui ressemble. Plus étendue, elle possède encore des quartiers, mais son centre, le cœur de la ville perché au-dessus du petit port que l’on atteint par téléphérique, ou, pour les plus courageux par un long escalier d’un millier de marches, est furieusement semblable à Oya. Des rues blanches, parsemées d’églises aux toits bleus, qui sinuent, deviennent venelles, escaliers, descendent, remontent…

Et des commerces, des commerces, qui vendent l’attirail indispensable aux touristes : Lunettes, chapeaux de toutes sortes, huiles solaires et d’olive, vêtements, souvenirs, souvenirs… La statuette « cycladique » fait fureur en ce moment, avec son visage stylisé et son nez bien droit, j’admets qu’elle est très décorative, mais son infinie reproduction la ramène au rang des Tour Eiffel miniatures que l’on vend à Paris aux touristes étrangers.

    La balade en bateau nous a offert de superbes vues sur les falaises et la caldera. Nous avons, comme beaucoup grimpé sur le nouveau volcan, un cône apparu il y a seulement quelques siècles, résurgence de l’ancien volcan, dont l’explosion cataclysmique a détruit l’île et la civilisation minoenne qu’elle abritait, et forgé les contours de l’actuelle Santorini. Du ciel, je pense qu’elle ressemble à un œil, avec sa pupille noire noyée dans un iris bleu émeraude, ou vert bleu, je ne sais pas bien, avec sa paupière lourdement fardée de blanc… Notre bateau n’étant qu’un bateau, nous n’avons pas pu vérifier mon hypothèse !

 

    D’autres balades, dans d’autres villages nous ont beaucoup plu. Pyrgos, par exemple est resté authentique, encore habité par des grecs et si ses ruelles sont blanches et escaladent la colline au gré des coupoles bleues,


 il y a encore de ci de là, des maisons mal entretenues, des rues sans commerces, et des gens qui parlent grec.

    Nous y étions a un moment loin de la pleine affluence, je pense que Santorin en haute saison est la fourmilière à touristes que l’on a déjà pressentie, avec ses routes envahies par les quads de location, les rues des grands sites dans lesquelles se presse une foule hétéroclite mais parlant essentiellement anglais. D’ailleurs Santorin est quasiment une enclave anglo-saxonne en Grèce !

    En contrepoint, j’avais choisi de passer la deuxième semaine de notre séjour à Naxos. Une grande île, facile d’accès en ferry, réputée plus sauvage et, bien sûr, moins belle que Santorin. L’ambiance y était radicalement différente. Pratiquement désertée par les touristes à cette époque, l’île nous a offert ses routes tranquilles, ses plages vides aux eaux fraîches, ses paysages dénudés et surtout, surtout, l’accueil et la gentillesse de ses habitants.


 Nous y avons retrouvé les sensations perdues de nos premiers voyages, où les gens vous offrent des fruits ou de l’eau ou simplement un sourire, pour le plaisir. Là, l’anglais n’est pas de mise, simplement quelques mots essentiels, les gestes, la bonne volonté et un baragouinage de plusieurs langues mêlées permettent de se comprendre, à défaut d’engager une conversation philosophique !

 

    L’île est grande, une voiture est nécessaire pour l’explorer et les temps de route n’ont rien à voir avec nos critères habituels. Depuis le gîte complètement isolé que nous avions loué, perdu au bout d’une piste, mais avec une vue imprenable sur la mer, il nous fallait plus d’une heure pour aller chercher le pain à Apirantho, LE village du coin, perché tout en haut d’une succession de lacets dont chacun offrait une vue éblouissante sur la mer. Là, il fallait poser la voiture, un peu n’importe où, comme les gens du pays, et grimper dans le labyrinthe de ruelles et d’escaliers jusqu’à la boulangerie, ouverte 7 jours sur 7, mais complètement invisible si on ne nous l’avait pas indiquée. Aucune enseigne, ni devanture. C’est une maison comme une autre, dont s’échappe une bonne odeur de pain au feu de bois et parfois une vielle dame en fichu noir avec un gros pain doré sous le bras. Apirantho est un des beaux villages de l’île animé, centre local comme Filoti et la capitale Chora.

 

On y trouve quelques échoppes touristiques mais surtout une vie locale, basée sur l’agriculture et l’élevage. Les gens y vivent de peu, lentement et en souriant.

    Naxos ce sont aussi de petites églises byzantines, adorables, qu’il faut parfois chercher longtemps, des montagnes rocailleuses parsemées de maigre végétation, avec des vestiges d’extraction d’émeri, du vent, le meltem, qui souffle fort et soulève des tourbillons de poussière. C’est aussi le ciel bleu quand le vent est tombé, le petit restau de Moutsouna,




 au bord de l’eau, dont le patron choie ses rares clients en leur offrant le dessert et le petit raki en ce moment de douce tranquillité quand le soir tombe, que la nuit vient, à peine troublée par le falot et le lent clapotis du bateau de pêche qui rentre au port.

    Ces vacances, ont été une paisible parenthèse, surtout pour notre amie Joe qui nous accompagnait et en avait grandement besoin. La beauté de Santorin nous a séduit, malgré son côté catalogue touristique, mais la sérénité et l’authenticité de Naxos nous ont comblés. Une bien jolie parenthèse que je souhaite à tous de vivre !