Il est grand temps de vous faire
part de notre voyage dans les îles grecques, grand temps, juste avant de partir
en Jordanie ! Notre calendrier 2022 est d’une densité telle que nous
peinons à nous y retrouver. Mais c’était voulu : En réponse aux incertitudes
et aux aléas de la vie, nous avons précipité le présent !
Donc nous sommes allés en Grèce,
visiter deux îles que nous ne connaissions pas. La Grèce, nous la connaissons
plutôt bien, depuis plus de quarante ans que nous y avons effectué nos premiers
voyages. En camping-car à l’époque.
Nous avons atterri à Santorin,
heureux possesseurs d’un billet d’avion direct Lyon-Santorin, sur une compagnie
à bas prix qui depuis a annulé parait-il de nombreux vols ! Avec notre
petite voiture de location nous avons sillonné la non moins petite île,
Santorin, c’est une destination carte postale, iconique de la Grèce, avec ses
coupoles bleues, ses moulins, son eau limpide.
Et bien c’est la réalité !
Le ciel est bleu, le plus souvent, les très nombreuses coupoles aussi, la mer à
peine troublée par les paquebots géants qui viennent mouiller devant les
falaises ocre avec leurs villages blancs qui s’étagent au dessus. Santorin est
un petit bijou !
En une semaine, depuis notre gîte
de Mégalochori magnifiquement situé dans les vignes, un peu à l’écart de
l’agitation, nous avons visité tout ce qu’un touriste ordinaire se doit de
visiter dans l’île.
Nous sommes allées à Oya, le village emblématique duquel on
a une vue magnifique sur la caldera. Nous avons essayé de nous perdre dans le
dédale des ruelles blanches, mais il est finalement assez difficile de sortir
des sentiers battus. Tout ramène aux rues principales aux innombrables
boutiques vendant des articles d’inspiration locale. Les escaliers se terminent
souvent sur les portes d’un hôtel de luxe, bizarrement accroché à la falaise.
Les porteurs y trimballent en suant les valises des détenteurs de compte en
banque capables de débourser les montants invraisemblables des chambres avec
vue sur la caldera. Oya est d’une beauté de papier glacé, léchée, fardée, la
petite ville semble mise en scène dans son décor de rêve.
La « capitale » Fira
lui ressemble. Plus étendue, elle possède encore des quartiers, mais son
centre, le cœur de la ville perché au-dessus du petit port que l’on atteint par
téléphérique, ou, pour les plus courageux par un long escalier d’un millier de
marches, est furieusement semblable à Oya. Des rues blanches, parsemées
d’églises aux toits bleus, qui sinuent, deviennent venelles, escaliers,
descendent, remontent…
Et des commerces, des commerces, qui vendent
l’attirail indispensable aux touristes : Lunettes, chapeaux de toutes
sortes, huiles solaires et d’olive, vêtements, souvenirs, souvenirs… La
statuette « cycladique » fait fureur en ce moment, avec son visage
stylisé et son nez bien droit, j’admets qu’elle est très décorative, mais son
infinie reproduction la ramène au rang des Tour Eiffel miniatures que l’on vend
à Paris aux touristes étrangers.
La balade en bateau nous a offert
de superbes vues sur les falaises et la caldera. Nous avons, comme beaucoup
grimpé sur le nouveau volcan, un cône apparu il y a seulement quelques siècles,
résurgence de l’ancien volcan, dont l’explosion cataclysmique a détruit l’île
et la civilisation minoenne qu’elle abritait, et forgé les contours de
l’actuelle Santorini. Du ciel, je pense qu’elle ressemble à un œil, avec sa
pupille noire noyée dans un iris bleu émeraude, ou vert bleu, je ne sais pas
bien, avec sa paupière lourdement fardée de blanc… Notre bateau n’étant qu’un
bateau, nous n’avons pas pu vérifier mon hypothèse !
D’autres balades, dans d’autres
villages nous ont beaucoup plu. Pyrgos, par exemple est resté authentique,
encore habité par des grecs et si ses ruelles sont blanches et escaladent la
colline au gré des coupoles bleues,
il y a encore de ci de là, des maisons mal
entretenues, des rues sans commerces, et des gens qui parlent grec.
Nous y étions a un moment loin de
la pleine affluence, je pense que Santorin en haute saison est la fourmilière à
touristes que l’on a déjà pressentie, avec ses routes envahies par les quads de
location, les rues des grands sites dans lesquelles se presse une foule
hétéroclite mais parlant essentiellement anglais. D’ailleurs Santorin est
quasiment une enclave anglo-saxonne en Grèce !
En contrepoint, j’avais choisi de
passer la deuxième semaine de notre séjour à Naxos. Une grande île, facile
d’accès en ferry, réputée plus sauvage et, bien sûr, moins belle que Santorin.
L’ambiance y était radicalement différente. Pratiquement désertée par les touristes
à cette époque, l’île nous a offert ses routes tranquilles, ses plages vides
aux eaux fraîches, ses paysages dénudés et surtout, surtout, l’accueil et la
gentillesse de ses habitants.
Nous y avons retrouvé les sensations perdues de
nos premiers voyages, où les gens vous offrent des fruits ou de l’eau ou
simplement un sourire, pour le plaisir. Là, l’anglais n’est pas de mise,
simplement quelques mots essentiels, les gestes, la bonne volonté et un
baragouinage de plusieurs langues mêlées permettent de se comprendre, à défaut
d’engager une conversation philosophique !
L’île est grande, une voiture est
nécessaire pour l’explorer et les temps de route n’ont rien à voir avec nos
critères habituels. Depuis le gîte complètement isolé que nous avions loué, perdu
au bout d’une piste, mais avec une vue imprenable sur la mer, il nous fallait plus
d’une heure pour aller chercher le pain à Apirantho, LE village du coin, perché
tout en haut d’une succession de lacets dont chacun offrait une vue
éblouissante sur la mer. Là, il fallait poser la voiture, un peu n’importe où,
comme les gens du pays, et grimper dans le labyrinthe de ruelles et d’escaliers
jusqu’à la boulangerie, ouverte 7 jours sur 7, mais complètement invisible si
on ne nous l’avait pas indiquée. Aucune enseigne, ni devanture. C’est une
maison comme une autre, dont s’échappe une bonne odeur de pain au feu de bois
et parfois une vielle dame en fichu noir avec un gros pain doré sous le bras.
Apirantho est un des beaux villages de l’île animé, centre local comme Filoti
et la capitale Chora.
On y trouve quelques échoppes touristiques mais surtout
une vie locale, basée sur l’agriculture et l’élevage. Les gens y vivent de peu,
lentement et en souriant.
Naxos ce sont aussi de petites
églises byzantines, adorables, qu’il faut parfois chercher longtemps, des
montagnes rocailleuses parsemées de maigre végétation, avec des vestiges
d’extraction d’émeri, du vent, le meltem, qui souffle fort et soulève des
tourbillons de poussière. C’est aussi le ciel bleu quand le vent est tombé, le
petit restau de Moutsouna,
au bord de l’eau, dont le patron choie ses rares
clients en leur offrant le dessert et le petit raki en ce moment de douce
tranquillité quand le soir tombe, que la nuit vient, à peine troublée par le
falot et le lent clapotis du bateau de pêche qui rentre au port.
Ces vacances, ont été une
paisible parenthèse, surtout pour notre amie Joe qui nous accompagnait et en
avait grandement besoin. La beauté de Santorin nous a séduit, malgré son côté
catalogue touristique, mais la sérénité et l’authenticité de Naxos nous ont
comblés. Une bien jolie parenthèse que je souhaite à tous de vivre !