Nous devions passer quatre nuits sous yourtes dans deux campements distincts, mais le séjour s’est écourté. Nous avons d’abord atteint le campement de Tash Rabat, c’est un joli site, en haut d’une vallée, à 3200m d’altitude. Il y a là, les restes restaurés d’un vieux caravansérail,
légèrement à l’écart de la route de la soie, on ne sait pas vraiment pourquoi. Il est fermé pour des réparations qui s’éternisent, on ne voit que la vieille bâtisse de pierre. Autour s’égaient les yourtes des différents campements. Il y en a trois. Le nôtre est le dernier, le plus haut. Quand on arrive, le temps est nuageux, la pluie menace, le temps d’une petite balade, elle met la menace à exécution. On a eu le temps d’admirer le site, les troupeaux qui sentant arriver la fin de saison descendent vers des lieux plus cléments, guidés par leurs bergers à cheval.
Notre yourte est chauffée le soir par un antique poêle bourré de gros morceaux de charbon. Le temps de se coucher il fait chaud, très chaud même, mais le feu s’essouffle vite, comme nous à cette altitude, et dans la nuit, le froid s’installe. La bonne couette de nos petits lits ne suffit pas, il faut se vêtir chaudement. Aller aux toilettes extérieures au petit matin nécessite une bonne préparation physique et mentale!
Mais la salle commune où l’on mange le soir propose une ambiance sympa où les groupes échangent. Beaucoup sont des voyageurs aguerris et l’échange d’expériences est toujours riche. C’est là que l’on peut bavarder avec un jeune couple de brésiliens, installés en Turquie qui visitent le Kirghizstan et l’Ouzbékistan par exemple.
La deuxième nuit, sur la demande
de Talant notre guide, quelqu’un est venu recharger le poêle vers 5 heures du
matin. Mais le vent était tombé, il faisait un peu moins froid et notre yourte
est devenue sauna. Sauna que l’on a d’ailleurs découvert avec joie et surprise
dans notre campement, l’après-midi. Se laver à l’eau chaude, quel
plaisir !
Ensuite nous sommes partis pour le Son Kol, un lac de haute montagne, lui aussi perché à plus de 3000 mètres. C’est un grand lac, une trentaine de km de long qui est une zone de grands pâturages d’été. Entouré de montagnes, il se découvre quand on franchit le col, au bout de la longue piste en lacets qui y mène côté sud. Notre campement lui, se trouve sur la rive nord, plus difficile d’accès. La piste franchit de nombreux gués, est bosselée à souhait, il nous faut une bonne heure pour arriver au campement. En route on a eu de la pluie et quelques averses de grésil.
Le temps se dégrade, c’est sûr ! Ce campement est plus rustique. La grande yourte commune est le seul endroit où il fait bon être. Avec nous, il y a une dizaine de touristes venus d’un peu partout, mais arrivés ici à cheval. Ils font des treks de deux ou trois jours. On bavarde beaucoup. C’est sympa et chaleureux. On échange nos WhatsApp, nos mails, on se dit que l’on va se revoir, en France, en Islande, en Allemagne… Bon, on verra ! Le soir la yourte est surchauffée, elle aussi, mais elle restera tiède toute la nuit, et là aussi, au matin, un employé vient remettre du charbon ! Par contre, dehors, il gèle et il a neigé toute la nuit.
Au petit déjeuner, grand conciliabule. Je plains les cavaliers qui doivent redescendre aujourd’hui, ils sont loin d’être tous bien équipés ! Nous décidons de repartir et de modifier le circuit prévu. En voiture, une seule des cinq pistes d’accès est encore praticable. Talant, notre chauffeur-guide, fait preuve de talent au volant, la piste boueuse, détrempée et enneigée, doit se négocier avec habileté. On franchit un autre col et on redescend dans la vallée. Du coup on a exploré une autre vallée, magnifique, et comme on avait du temps, Talant nous a emmenés voir un petit lac, Ak Kol, superbe.
Discret, peu fréquenté, il se niche
au creux des montagnes. On fait le tour à pied de ce petit bijou et dans l’après-midi
on atteint notre dernier gîte du pays à Kyzyl Oï. C’est une jolie maison
d’hôtes, au bord de la rivière, confortable, nous avons des toilettes
intérieures et une douche ! On va être propre pour prendre l’avion
demain !
Cette dernière
partie du voyage, malgré sa rusticité, nous a beaucoup plu. La beauté des
paysages et cette sensation d’immensité, les grands troupeaux en transhumance
qui traversent nonchalamment pistes et routes, des chevaux de partout et des
cavaliers, tout cela nous transporte ailleurs, dans un autre temps rêvé ou
imaginé. Car oui, c’est beau, il faut faire abstraction de certains détails,
bien sûr. Les camions chinois qui eux aussi font transhumance, les carrières et
les mines de charbon qui laissent des traces et de la poussière noire un peu
partout…
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