VENISE
Venise, nous y avons passé une semaine en mai, mais le blog a attendu... que nos activités nous permettent de nous y consacrer! Et voilà, le théâtre fait relâche, le chant s'est tu et la gravure attend sa nouvelle presse, le temps est venu de revivre en la savourant cette semaine riche en plaisir.
Venise…
Venise c’est surfait, galvaudé, d’un romantisme dépassé,
le triomphe du tourisme de masse, Venise surexploitée est en péril, sent
mauvais, est livrée aux foules indisciplinées et aux moustiques…

Et bien, Venise, nous y sommes
retournés, encore une fois et c’est d’abord BEAU ! Venise est belle, où
que l’on se tourne, quartier après quartier, chaque pont, chaque canal, chaque
place ou placette, chaque ruelle, a sa particularité, son charme, sa beauté
secrète. Ici, c’est un magnifique palazzo, qui se dresse au détour d’une
étroite venelle, là un petit pont qui enjambe un discret canal, une antique
porte vermoulue aux décors rongés par le temps et l’humidité, ici un détail,
comme une petite sculpture nichée dans un mur délabré, là, des
maisons colorées, comme à Burano.
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L’œil se rassasie au fil des
déambulations, sans compter toutes les boutiques d’art aux offres alléchantes
pour les gourmandes de gravures, de papiers rares et les expositions dans des
petites galeries ou de grands palazzo transformés en musée. On a eu la surprise de découvrir un supermarché, niché au cœur d'un superbe théâtre désaffecté, avec peintures murales, plafond décoré, rampes et balustres... Il n'y a qu'à Venise où un supermarché peut se permettre d'investir un lieu historique qui n'importe où ailleurs serait classé.
Alors oui, la foule est là, bien
présente, l’italien n’est peut-être pas la langue la plus parlée à Venise et
dans certains lieux et quelques axes, sa pression amoindrit le plaisir que l’on
peut éprouver. Mais on ne peut reprocher à tout ce monde qui se presse, venant
des quatre coins de la terre, de manquer de goût ! Certes, beaucoup sont
là pour le mythe, pour les images stéréotypées à l’infini : Les gondoles,
la place Saint Marc, le carnaval, la Mostra et la nostalgie d’une riche
histoire séculaire.

Mais ce mythe est toujours vivant et les images de Venise,
s’ancrent aussi bien dans le présent que dans le passé et j’espère dans le
futur. Car ce tourisme de masse si décrié, qui écorne l’image, qui déflore la
belle sérénissime, qui l’abîme dans certains de ses excès est aussi le garant
de son futur. Il apporte une partie des devises nécessaires aux indispensables
réhabilitations, aux gigantesques travaux de préservation qui ont commencé. La
République de Venise était riche de son prestige, de son art et de son
commerce, elle vit maintenant de son tourisme…
Cette fois, nous avons pris le
temps ; une semaine complète de visites, de balades, avec quelques
incontournables réservés à l’avance, les grands sites de la place Saint Marc
comme le Palais des Doges, la Cathédrale et le Campanile. Nous avons ainsi
évité des heures de queue, les billets coupe-file nous permettant d’entrer
précisément à l’heure réservée ! Pour les autres sites et musées, il n’y a
aucun problème, le flot principal de touristes se cantonnant aux alentours de
la place St Marc, dans les rues y menant et au Rialto.
Nous avons non seulement pris le
temps, mais nous nous sommes offert le privilège d’un logement en plein centre,
à deux pas du Rialto et de son marché. À pied d’œuvre pour toutes les visites,
et qui offre une position de repli bien agréable dans la journée pour des temps
de repos. Car à Venise, on marche, on marche surtout !
Le vaporetto ne dessert que des
stations le long du grand canal, finalement nous ne l’avons utilisé que pour
admirer les façades des palais qui défilent lentement, comme à la parade, une
fois dans un sens puis dans l’autre, histoire d’avoir les deux rives bien
fixées dans nos rétines, et aussi, bien sûr, pour aller dans les îles. Notre
visite précédente à Burano et Murano remontait à 1991 ! A l’époque c’était
Murano et ses verreries qui était la plus courue, aujourd’hui, Burano et ses
jolies maisons colorées attire davantage les touristes mais les deux îles et
leur village sont toujours aussi agréables à visiter.
Nous n’avons pas cédé à la balade
romantique en gondole… Les points de départ les plus intéressants sont pris
d’assaut et les gondoles se pressent les unes à la suite des autres dans un
circuit immuable, le tour de gondole devient un tour de manège, bonsoir le
romantisme ! Quant aux gondoles esseulées, perdues dans des quartiers
reculés, elles n’offrent dans leurs parcours que des canaux sans grand intérêt,
aux maisons décrépites… Il faut vraiment avoir envie de s’offrir le luxe d’un
tour en gondole !

La place Saint Marc
Quand on débouche sur la place
par la tour de l’horloge, c’est toujours un choc. Immense et magnifique de tous
côtés. L’imposante cathédrale à la façade si délicatement sculptée, se prolonge
par le Palais des Doges aux fines arcades. Leur faisant face, le campanile
domine et pointe vers le ciel, et dans l’autre partie de la place s’étirent
sans fin les arcades des Procuraties dans lesquelles se dissimulent maintenant
d’innombrables boutiques et bien sûr quelques prestigieux cafés, l’illustre
Florian, dans lequel nous nous sommes sagement abstenus de consommer, ne
serait-ce qu’un café. Il est à noter que l’on trouve toujours de la place au
Florian, contrairement aux nombreuses autres terrasses, étrange, non ?
La cathédrale
Le monument le plus courtisé de
Venise, incontournable, énorme et magnifique. Nous avions acheté longtemps à
l’avance nos billets coupe-file afin d’éviter l’interminable queue qui
s’enroule le long des échafaudages masquant une partie de la façade du palais
des Doges.
Quand on entre dans la basilique, on a le souffle coupé par ses
dimensions gigantesques et la profusion des décors, chacun étant une œuvre
d’art en soi. Mosaïques, fresques, peintures, retable en or, de l’or en veux-tu
en voilà ! La dernière étape de la visite nous amène sur la terrasse
dominant la place St Marc, un panorama à ne pas manquer ! A gauche, la
piazzetta San Marco et tout au fond le campanile de l’île San Georgio, à droite
la Tour de l’Horloge et, en face, la grande place, immense, bordée par les
arcades des Procuraties, majestueuse malgré un enclos stockant des matériaux en
son centre !
Le Palais des Doges
Autre grand lieu de la place, lui
aussi pris d’assaut par la foule disciplinée. Nous l’abordons par une entrée
discrète, à l’arrière car nous commençons la visite avec une guide censée nous
faire découvrir les faces cachées du palais. Avec elle, nous visitons en effet
les prisons, anciennes, modernes, les bureaux ou les modestes fonctionnaires de
la République s’occupaient de leurs dossiers, commerce, transactions et procès,
jugements. Elle nous parle beaucoup de Casanova, on visite sa cellule de détention,
mais aussi de l’histoire de Venise, du rôle des Doges dont le faste apparent
cache un pouvoir très faible. Ce sont les divers Conseils qui dirigent la
ville, Conseils parfois traversés de vifs conflits entre grandes familles, avec
coups d’éclats, alliances improbables, revirements, trahisons et parfois
assassinats… On se croirait presque chez nous.
! On traverse le Pont des Soupirs sans presque
s’en apercevoir, d’une prison à l’autre, et l’on rejoint le cours normal de la
visite avec une succession de salles immenses et magnifiques, toutes plus
richement décorées les unes que les autres, avec une mention particulière pour
la plus grande, celle du grand Conseil, si grande, si haute, si belle que même
la foule qui s’y répand paraît clairsemée.

Le Scuola Grande di San Rocco
Un bien beau bâtiment, une école
d’art de la Renaissance, auprès de laquelle celle que fréquente Françoise à
Chalon sur Saône paraît … ridicule ! Une très grande salle, au rez de
chaussée abrite essentiellement des œuvres du Tintoret, l’ample montée
d’escalier avec des œuvres de Titien et du Tintoret, et l’immense salle de
l’étage entièrement peinte, murs et plafond par…
Et bien oui, encore le
Tintoret !
En fait c’est un temple dédié au peintre vénitien. C’est beau,
même si on n’est pas très sensible à la peinture renaissance italienne,
imprégnée de religieux. On reste confondu par la somme de travail que cela
représente, temps et patience. Sans compter les torticolis, car peindre au
plafond, ce n’est pas confortable, tous ceux qui ont essayé de le faire chez
eux, même simplement tout en blanc, le savent bien !
Le musée Peggy Guggenheim
En voilà une qui avait du goût,
la Peggy Guggenheim ! Car la richissime galeriste s’est concocté un petit
bijou de palais, empli d’une collection de haute tenue. Que du beau et du bon,
et foin de la Renaissance, ici, à part les murs, tout est du XXème siècle. On
s’est régalé !
Musée Pinault
Le richissime homme d’affaires a
lui aussi du goût sans doute, mais moins proche du nôtre ! Des deux sites
prestigieux qu’il a investi, le premier, le palazzo Grassi ne nous a plu ni par
sa restauration qui ne laisse plus voir grand-chose des décorations d’origine,
ni par son expo, des photos de mode du XXème siècle. Le second, les entrepôts
de douane de la Punta Dogana, un lieu immense et bien mis en valeur, nous a
présenté une expo d’art conceptuel… J’avoue que certains concepts m’échappent
complètement, Françoise y est un peu plus réceptive.
Musée Ca’Pesaro : Un beau
palais avec au premier étage une expo contemporaine surtout d’artistes italiens
et quelques œuvres plus connues, Chirico, un Klimt malheureusement en voyage
lors de notre visite. Au 3ème étage, une très riche et sans doute
très belle exposition d’art japonais pour les amateurs éclairés. Au final, une
visite un peu décevante à nos yeux…
Musée Palazzo Mocenigo : On
l’a visité sans en avoir vraiment envie, par défaut, parce que d’autres étaient
fermés et qu’il nous restait un peu de temps. Et bien, nous avons été
agréablement surpris ! Il présente l’histoire de Venise à travers les thèmes du
parfum, des tissus et costumes. C’est un beau palais, aux fresques bien
conservées, aux murs richement décorés de tableaux de style… vénitiens et les
collections présentées attractives et instructives. Le tout est mis en valeur
par les installations d’une artiste moderne Anna Moro-Line. On n’a pas du tout
regretté cette visite !
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Au-delà de toutes ces visites, ce
que nous avons préféré c’est nous balader au gré des rues et ruelles, de nous
égarer un moment dans leur lacis, de découvrir sans fin de nouveaux ponts, des
canaux déserts et de nous heurter à des impasses dont les murs décrépits
laissent émerger des bouquets de verdure ou de fleurs. Faire son marché au
Rialto, dans les étals de poissons et de légumes, siroter un verre en terrasse,
au bord du Grand Canal, regarder le soir tomber au pied du Rialto quand
s’apaise la frénésie… Venise a gardé une ambiance, un charme irrésistible
qu’entament à peine les hordes de touristes et reste une destination à découvrir
et même à redécouvrir. Ce que nous avons fait, pour notre plus grand plaisir.
